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L’Imitation du bonheur - J. Rouaud
jeudi 13 novembre 2008 par André Donte

Après avoir consacré cinq livres remarquables à sa famille et à sa formation, et publié des textes moins importants où la réflexion se mêlait aux observations personnelles, Jean Rouaud affiche, dans son nouveau roman, l’intention de passer le cap de la fiction non-autobiographique. Se sachant guetté au tournant, il prend le parti d’exposer avec humour ses difficultés, et même d’en tirer les deux tiers de son texte, ce qui pourrait relever du faute de mieux chez quelqu’un d’autre, mais donne lieu chez lui à un savoureux état des lieux du roman d’aujourd’hui, qui se lit comme le récit d’une aventure (intérieure) aussi passionnante que celles de ses protagonistes.

De fait, en incluant parmi ses personnages Zola (dans le rôle de « l’inspecteur » de la littérature qui se veut scientifique), Proust (en emblème du vrai romancier) et un cinéaste dont les réactions face au sujet que le narrateur lui offre montrent bien que l’entreprise de Rouaud n’est pas vraiment « grand public », l’auteur met en scène les diverses tendances et formes de récit avec lesquelles on est obligé de compter pour écrire de la fiction. Quoique son humour les tienne à distance, on sent bien les tiraillements qu’il subit en cherchant la façon de faire qui serait à la fois inédite et acceptable dans le contexte littéraire actuel, pour raconter l’histoire de Constance Monastier, « la plus belle ornithologue du monde », et du « communeux » Octave Keller.

Le romanesque à l’ancienne lui étant naturellement interdit, le narrateur choisit de s’adresser à son héroïne tout le long du récit (un procédé inspiré du Nouveau Roman dont il se rit par ailleurs), ce qui lui permet de lui expliquer en quoi notre époque ressemble à la sienne ou s’en distingue. On apprécie d’autant plus cette astuce narrative qu’elle introduit dans le texte une réflexion intéressante sur les origines des phénomènes socio-politiques du monde d’aujourd’hui.

Et l’impression que produit l’écriture de Rouaud dans la majeure partie du livre est des plus plaisantes : la manière légère et virtuose dont sa phrase passe d’un épisode narratif ou d’une idée à l’autre, le découpage ingénieux du texte en paragraphes espacés dont la moitié environ correspondent à des incises entre parenthèses, le rythme tantôt enjoué, tantôt mélancolique de ses périodes, l’originalité de ses va-et-vient entre deux époques, tout cela fait de L’Imitation du bonheur un roman qu’on se réjouit d’avoir entre les mains. Sur le fond de la littérature courante d’aujourd’hui, ce roman apparaît comme l’un de ceux qui méritent qu’on salue leur ambition et leur part de réussite : la fiction de Rouaud relève d’un niveau auquel la plupart de ses confrères n’aspirent même pas.

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