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Parasites de Murakami Ryû
mardi 21 avril 2009 par Céline Mangin

Le roman japonais a déjà prouvé, précédemment, qu’il était mieux qu’un autre capable de sculpter la silhouette de la démence, la façonner si méticuleusement qu’il parvient à en faire ressortir ses angles les plus difficilement saisissables par un subtil travail de la plume. En voici, avec Parasites, une nouvelle illustration, faisant corps avec un monde moderne confronté à un mal-être juvénile aux conséquences tragiques. Et qui n’a d’autre choix que de s’y interroger plus minutieusement.

Cette fois, il ne s’agit aucunement de la peinture d’un déséquilibré tracé par la main d’un esprit sain. Le malade, Uehara, nous fait pénétrer au cœur même de son cerveau torturé. Nous sommes ses yeux, ses pensées, ses gestes. Une substitution effarante. Car le plus infime des détails de la nature, d’un paysage, la plus commune des personnes se métamorphose sous son regard maniaque. Ils deviennent une cible potentielle à tuer, un lieu adéquat à l’accomplissement d’un sacrifice ou un objet susceptible de laisser libre cours à ses pensées morbides. Uehara nous happe à notre insu dans les entrailles de sa folie.
Et c’est impuissants que nous suivons sa spectaculaire descente aux enfers, son crescendo délirant. Impuissants que nous observons le monde tourner autour de lui presque ordinairement sous un angle de vue perverti. Stupéfaits que nous imaginons le degré d’horreur que va atteindre l’issue, forcément fatale.

Tantôt parasite, tantôt l’Elu, Uehara est persuadé qu’une cause physique ou métaphysique, ou peut-être un mix des deux, explique sa différence, son rejet de la société, sa réclusion. Il tente de comprendre son état, ses pulsions morbides ou obscènes, son besoin de vomir sa haine aux visages de ses proches. Et de lui donner sens, voire de l’excuser. Cette raison est son obsession. Son obsession deviendra la raison d’un déchainement de violence finalement presque absurdement compréhensible.

Ce n’était qu’un ramassis de pustules, un troupeau de pions sagement disposés et ordonnés, ignorant cette réalité vraie qui consisterait à leur éclater le crâne d’un coup de batte de base-ball et à faire gicler leur cervelle.

Bringuebalés entre explications scientifiques, lecture de blogs, récits de vie ou anecdotes légendaires, nous nous égarons nous-mêmes dans les méandres de ses changements de narrateurs, de styles, nous nous prenons les pieds dans le filet fictif surplombant une réalité bien difficilement identifiable.

Guidés par un “je” abruti par les médicaments, assailli par ses démons, ses visions abjectes, ses émotions disproportionnées et appréhendant la vie comme un puzzle dont on assemble les pièces disparates pour créer sa propre vérité, le fil du texte nous apparaît décousu. La bichromie réalité et illusion embrouillée.

Et c’est dans cette confusion que réside la puissance de l’écriture de Murakami Ryû.

Seul regret : ne pas pouroir baigner entièrement dans la langue japonaise afin de s’imprégner de ces images brutales, ces comparaisons curieuses, ces références crues, de les absorber littéralement. On reste frustré de devoir se cantonner à une traduction certainement fidèle mais écorchant visiblement à quelques endroits l’épure originelle.

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