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Pages de garde de Pascale Lemler

Ouvrage paru chez bf éditions en 2009

mardi 3 novembre 2009 par Françoise Urban-Menninger

L’ouvrage inclassable que vient de publier Pascale Lemler s’inscrit tout entier dans un titre qui renvoie à la page blanche. Car que sont les "Pages de garde" sinon ces feuillets vierges placés au début et à la fin d’un livre relié. En guise de couverture pour son livre, l’auteur a choisi une superbe reproduction d’un ouvrage relié et intitulé "Belle gardes" datant de 1819, soulignant ainsi son titre en lui offrant une deuxième peau.

Le mot "garde" interpelle d’emblée l’imaginaire du lecteur et aiguise sa curiosité. Entre les deux pages de garde, n’allons-nous pas entrer dans la confidence d’ un secret qui déborde l’épaisseur du silence ?
Pascale Lemler nous le confirme dans le poème "Page de garde" "où jamais rien ne s’écrit" mais qui laisse deviner "les voix oubliées".
Ce sont ces "voix oubliées" que l’on perçoit dans le livre-poème de Pascale Lemler. Ces voix enfouies dans les pages de son inconscient sont de chair et de sang, elles irriguent le corps même de l’auteur qui les porte jusque dans son verbe. La voix de "Papapa" (Pa-papa) qui erre dans "un monde sans clarté" revient inévitablement car "d’autres ont pour charge de les porter".
Dans ce petit livre, Pascale Lemler ne semble avoir d’autre choix que celui de prêter sa voix à ceux et à celles qui "vont ensemble brûler dans les fours".
Car c’est bien dans l’indicible et dans l’inouï que Pascale Lemler va donner la parole à ceux des membres de sa famille qui ont disparu dans les cendres de l’Holocauste. A travers les mots de son enfance qu’elle noue et dénoue, elle devient "l’infans" "pleine d’absents" et écrit "des mots qui ne sont pas vides de sens". Ainsi même les vieilles comptines telles "Le père Lustucru" ou le fameux "Pirouette, cacahouète" recèlent et livrent les plus sombres secrets.
Les jeux de mots si musicaux , les ritournelles, gage d’innocence, se révèlent être les mots de passe qui permettent à l’auteur de franchir le miroir.
Pascale Lemler telle l’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll nous entraîne alors au-delà des mots, dans cette nuit inversée où le mal et l’innommable ont scellé le silence dans la bouche d’ombre.
L’écrivain, dans un texte lumineux et poétique, car seule la poésie peut appréhender l’indicible, ramène au jour une parole essentielle qui la réconcilie avec elle-même dans le même temps qu’elle réunit vivants et morts dans la pleine lumière d’une langue taillée dans le vif de l’âme. L’auteur nous dit :" En ce trou de mémoire, avant le début, après la fin d’une histoire, dans le silence qui la précède de celui qui la suit, les générations se confondent". Quand les souvenirs affluent, l’horreur prend forme, elle a le visage d’un enfant mort étouffé par le poids des plus grands, celui de son père sauvé par le doudou en chiffon de son fils qui aura fait office de masque à gaz.....
Le livre de Pascale Lemler n’est pas un livre de plus sur la Shoah ou une parenthèse bouleversante entre deux pages de garde, il appartient déjà à notre mémoire collective car le lecteur n’oublie rien des mots, des images et des comptines qui continuent à le hanter jusque sur les rives de sa conscience tout en soulevant sous l’onde les remous de sa propre histoire.

Françoise Urban-Menninger

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