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Personne - G Aubry
vendredi 13 novembre 2009 par penvins

L’impression toujours gênante qu’un roman a été récompensé pour des raisons extérieures à la littérature. Le thème, la notoriété du héros tout cela joue très certainement dans l’enthousiasme des jurés du Fémina et de la presse pour le roman de Gwenaëlle Aubry. L’accent de vérité a toujours été un ressort du roman, se faire prendre pour le réel, et lorsque l’on travaille sur un personnage qui a existé à partir de textes qu’il a lui-même écrit – G Aubry utilise le matériau laissé par son père – on n’est plus dans la fiction, même si bien évidemment l’on peut rester dans le champ de la littérature.

Cette mise en forme, je devrais plutôt dire ce texte autour des textes puisque les extraits apparemment n’ont pas été remaniés et que le récit qui est fait n’a parfois qu’un lointain rapport avec les extraits cités, obéit à une injonction du père de l’auteur : A « romancer » - une sorte de devoir de mémoire, ceci est tellement vrai que Gwenaëlle Aubry avoue : Je n’ai rien fait d’autre, finalement, écrivant ce livre, que prononcer son nom. Donner naissance au père mort. Rembourser la dette en le libérant de son masque persona (en latin) lui redonner accès à ce qu’il était réellement.

Noble cause bien entendu et qui ne peut que rencontrer l’approbation du public, qu’on lise sur internet les critiques sur ce livre on a le droit à émouvant, très beau roman, roman bouleversant… on est sur le registre de l’émotion et des bons sentiments.

Cela voudrait-il dire qu’il s’agit là d’un mauvais texte ou d’un texte sans importance ? Sans doute pas. En littérature comme le rappelle Beigbeder dans son dernier roman : L’histoire n’est qu’un prétexte, un canevas ; l’important c’est l’homme qu’on sent derrière. Autrement dit l’auteur. Dans ce récit il y a deux auteurs, la fille et le père, étrange non ? Le texte de base c’est le père, mais c’est la fille qui accouche du texte final, celui qui devient lisible pour un large public. Et de ce point de vue le texte tel qu’il nous est livré nous donne une image sensible – complexe c’est à dire non caricaturale – à la fois de ce qu’il était et de ce qu’il pouvait ressentir. En choisissant de nous livrer les extraits du texte de son père dans l’ordre qui lui convient, en ne nous livrant très certainement que ceux qui lui paraissent significatifs, Gwenaëlle Aubry s’approprie l’œuvre du père, donne vie non seulement à l’enfant qu’il était, elle ne cesse de répéter qu’il a toujours été un enfant de cinq ans, mais aussi à celui qu’il avait commencé d’engendrer lui intimant l’ordre d’en poursuivre la gestation : A « romancer ». Tout cela pose beaucoup de questions. […] comme l’attestation entre lui et moi d’une complicité sans âge, étrangère à l’hérédité. Et ce que l’auteur nous dit entre les lignes des hommes qu’elle rencontre et qui ont l’âge de son père vient souligner cette ambiguïté.

Comme s’il y avait un seul auteur, Gwenaëlle Aubry lorsque son père meurt retrouve son passé, comme si auparavant elle n’avait existé que par lui. D’une certaine façon les deux auteurs ne font qu’un comme peuvent ne faire qu’un, un enfant et sa mère, Gwenaëlle ne faisant alors que reprendre le travail commencé par son fils rejoindre cet enfant au regard désespérément confiant, l’accompagner, le protéger. D’ailleurs elle le dit elle-même : il a, sa vie entière, été un fils plus qu’un père.

Il reste par delà cette relation ambiguë d’un père et de sa fille, relation inversée par l’infantilisation du père, la mise en scène de la grande difficulté de vivre d’un homme souffrant de psychose maniaco-dépressive que ce texte volontairement non linéaire, par touches successives, sans jamais chercher à savoir d’où vient ce mal, sans jamais non plus s’attarder sur la description des événements, esquisse à travers un portrait impressionniste autour d’un vide, d’un personnage qui refuse d’être ce que l’on voudrait qu’il soit : quelqu’un c’est à dire un homme, un adulte que l’on définit par son rôle, par des codes, des hiérarchies, des masques et que l’on ne sait apprécier pour l’enfant qu’il est réellement.

Un roman dérangeant qui nous parle de ce que l’auteur appelle la folie, c’est à dire la non acceptation de la normalité. Voilà sans doute le vrai sens de ce livre par delà « l’émotion » que certains auront à le lire.

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