Arthur Rimbaud
Franck Bouysse
Michel Houellebecq
Georges-André Quiniou
Michel Houellebecq
Delphine De Vigan
Pauline Delabroy-Allard
Lionel-Edouard Martin
Georges-André Quiniou
Dominique Rolin

18 ans !




Accueil > LITTERATURE > Le renard était déjà le chasseur - H Müller

Le renard était déjà le chasseur - H Müller
dimanche 29 novembre 2009 par penvins

Prix Nobel de littérature, ce n’est sans doute pas par hasard, et pourtant ce livre comme L’homme est un grand faisan sur terre ne se découvre pas facilement. La première édition en allemand de ce livre date de 1992, trois ans après la chute du régime de Ceausescu, cinq ans après que l’auteur a émigré en Allemagne ce qui explique sans doute qu’il est plus facile d’accès que le précédent. Mais il faut une grande attention pour dénouer l’histoire qui se raconte ici. L’histoire a-t-elle d’ailleurs la moindre importance ? C’est l’atmosphère qui règne dans ce village qui est le vrai sujet du livre. Une atmosphère faite de pauvreté, de privations et de méfiance généralisée : Des dahlias poussent […] Ils regardent dans les cuisines et les chambres, dans les assiettes et les lits. Méfiance justifiée puisque qu’Adina découvrira bientôt que l’on entre chez elle à son insu.

Le plus intéressant c’est le style d’Herta Müller, un style sans narrateur tout en description qui peut faire penser au nouveau roman et qui évite soigneusement tout jugement de valeur laissant les faits suffire à discréditer l’insoutenable dictateur Ceausescu. Le recours systématique à la métaphore, le refus du réalisme malgré la complexité des personnages qui laisse croire qu’ils ont bel et bien existé, tout cela donne au texte une dimension poétique qui ne peut s’interpréter que comme une distanciation sans laquelle il aurait été impossible de dire l’horreur quotidienne de vivre sous un tel régime. Il y a d’abord l’état de délabrement de l’économie : Souvent, il n’y a pas d’électricité dans la ville, les lampes de poche font partie des mains. Il y a surtout la tyrannie qui s’exerce même sur les enfants notamment lors de la cueillette des tomates et qui se retrouve lors de la fouille des sacs à la sortie de l’usine. Fouiller dans le sac avec la main, pour le concierge, c’est saisir chaque visage. Il peut faire passer les visages du blanc livide au rouge. Ils ne s’en remettent pas. Bien pire celle qui consiste à faire boire l’ouvrier qui vient de perdre sa main dans une machine pour l’accuser ensuite d’avoir été saoul !

Dans une atmosphère aussi lourde il semble que le seul moyen pour les individus de s’échapper aussi bien du côté du pouvoir que du côté du peuple, ce soit le sexe. De ce point de vue le texte d’Herta Müller est parfois drôle notamment lorsque la femme de l’officier apprécie au degré de flottaison de ses testicules s’il s’est vidé les couilles avant de rentrer à la maison ou lorsque Mara, Anca et Maria regardent, en se poussant du coude, depuis la fenêtre des combles de l’usine, les hommes sortir de la douche. Mais ce qui est frappant c’est la fréquence avec laquelle Herta Müller relate des scènes sexuelles soit subies – du côté du pouvoir on ne se prive pas de profiter de ses avantages – soit consenties. Comme si le dernier bastion de liberté se trouvait là, la dernière soupape de sécurité. Comme si également il y avait là un refoulé qui tente de s’exprimer.

Herta Müller est un auteur qui ne se livre pas facilement aussi regrette-t-on de voir si peu d’œuvres traduites en français, sans doute ceci explique-t-il cela, la traduction d’une telle œuvre posant certainement de nombreux problèmes mais en contre-partie l’accès au public francophone ne pourra se faire que par la multiplication des traductions et des œuvres traduites. Par ailleurs il semble qu’il n’existe pas - en français - d’étude de ses romans ce qui est bien dommage. Messieurs les éditeurs vous avez là un véritable auteur et le prix Nobel vous ouvre des possibilités commerciales, faites un effort !

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?