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La Chinoise - J-L Godard
lundi 30 novembre 2009 par Berthoux André-Michel

La chinoise

La chinoise ou que reste-il de Mai 68



« Pour nous l’appartement où on était, et ben, le marxisme-léninisme c’était un peu comme les moutons »



Réalisé un an avant les évènements de mai 68, La chinoise est souvent considéré comme un film prémonitoire. Mais quand on le revoit 40 ans après, l’engagement politique de tout une partie de la jeunesse de l’époque filmé par J-L Godard fait sourire et c’est tant mieux. La chinoise garde toute sa fraîcheur car son réalisateur n’a pas voulu en faire un documentaire-fiction avec le sérieux que nécessite le genre. Il montre au fond toute l’immaturité de ces jeunes face à un phénomène qui les dépasse. La Chine est vue comme un pays enchanté, un peu comme Thomas More décrit son île Utopia. Cette fascination, empreinte d’exotisme, pour la révolution culturelle qui fut on le sait maintenant meurtrière, fait tenir aux personnages des propos complètement décalés d’avec la réalité. Le cinéaste nous les rend néanmoins sympathiques. Le cadre exigu où se fomente cette mini-révolution, un petit appartement, semble bien étroit pour y faire rentrer toute la démesure de leur ambition et l’espoir infini que représente cet immense pays.


Les préoccupations cinématographiques de Godard demeurent toutefois, car J-LG est avant tout un créateur de forme : la volonté affirmée de déstructurer la narration, le recours au montage « cut » qui élimine tout artifice dans la transition entre les scènes ou les séquences, le souci permanent d’inventer de nouveaux modes de mouvement de la caméra (voir le travelling latéral ou le panoramique qui remplace le trop conventionnel champ contre-champ, boudé par Godard dès son premier film), le rôle essentiel de la couleur dans la composition plastique de l’image avec la quasi obsession de la couleur rouge (déjà fortement présente dans A bout de souffle, puis dans Le mépris) sans pour cela faire forcément référence à la couleur révolutionnaire (Antonioni aussi l’utilise beaucoup, voir par exemple Le désert rouge ou encore son film à lui sur la jeunesse contestataire Zabriskie point), l’insert de photos, dessins, tableaux, bandes dessinées, affiches ou coupures de presse et la forte présence de l’écriture qui devient un élément progressivement inséparable de la forme créée par Godard (Les histoires du cinéma représentent en quelque sorte un aboutissement de ce style novateur).



Jean-Pierre Léaud et Anne Wiazemsky


Mais que serait un film de Godard sans la parole. La parole « brouillée » par la musique et pourtant toutes deux indissociables l’une de l’autre. Les personnages se parlent mais ne communiquent pas vraiment, leur discours est le plus souvent un discours rapporté. Les questions personnelles demeurent sans réponse si elles ne sont pas baignées par la musique. Quand Guillaume (Jean-Pierre Léaud) s’étonne que Véronique (Anne Wiazemsky) puisse écrire et écouter de la musique en même temps, celle-ci la stoppe et lui demande : « Tu m’aimes Guillaume ? », « Oui, bien sûr, je t’aime », lui répond-il. Mais alors qu’elle rallume le tourne-disque, elle lui avoue : « Parce que moi, j’ai bien réfléchi, je ne t’aime plus ». A cet instant précis, elle lui fait la démonstration qu’il peut entendre et très bien comprendre les raisons de cet aveu tout en écoutant de la musique du moment que le récepteur (c’est-à-dire lui-même) est directement impliqué émotionnellement. Pour moi, cette séquence est très godardienne. Elle est à la fois émouvante car les personnages ne sont plus en représentation mais dans la vraie vie, celle où se joue leur rapport amoureux, et à la fois « comique » bien sûr puisque l’on découvre peu après que Véronique ne pensait pas ce qu’elle disait. La tristesse de Guillaume que l’on ressentait nous apparaît dès lors un peu ridicule. Nous avons été également trompés. C’est le côté cartésien parasité par l’humour sobre à la Buster Keaton de Godard qui est ici à l’oeuvre. Dans cette scène transparaît toute la sensibilité du personnage (du réalisateur ?), sa peur d’être rejeté et quitté par celle qu’il aime. Soudain la dramatisation d’un aspect inessentiel de la vie quotidienne au regard du destin grandiose des nations révolutionnaires prend une ampleur démesurée dans l’esprit de Guillaume. On s’aperçoit que le détachement émotionnel dont il semblait faire preuve jusqu’à présent tel un fidèle serviteur de la cause révolutionnaire n’était que pure façade. Il n’est pas comme ce puriste Kirilov, l’un des « possédés » de Dostoïevski qui finira par se suicider. Seul compte au fond pour lui l’amour de Véronique sinon tout s’écroule et que signifierait alors une révolution sans elle. On verra également que le discours révolutionnaire empreint de naïveté de Véronique sera largement discrédité par la rationalité implacable du philosophe dans le train (Francis Jeanson dans son propre rôle). C’est cette fragilité que j’aime chez les personnages de Godard, fragilité sans laquelle ses films seraient peut-être et notamment celui-ci déjà oubliés ou tout au moins vu comme un documentaire sur les aspirations datées d’une jeunesse qui n’existe plus.


En revoyant Pierrot le fou et La chinoise à peu de temps d’intervalle, j’y ai vu beaucoup de tendresse. Les jeunes que filme Godard sont remplis d’espoir, ce sont des êtres qui aiment démesurément, des cinéphiles, des lecteurs passionnés qui citent Céline ou Mao, des adolescents délinquants ou révolutionnaires qui loupent tout, leur vie, leur histoire d’amour, leur révolution et pourtant ils nous donnent une leçon de vie car ils nous apparaissent infiniment humains dans leurs tendres maladresses.


André-Michel Berthouxmai 2006

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