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La Vérité sur Marie - J-P Toussaint
mercredi 6 janvier 2010 par penvins

Il faudra bien un jour s’interroger sur la fonction du nouveau roman, ce plaidoyer de la littérature pour la littérature comme on dit l’art pour l’art. Circulez il n’y a rien à voir. Le dernier roman de Jean-Philippe Toussaint de ce point de vue est une réussite, un roman résolument moderne où la chair est très présente, un roman du désir et de l’affrontement des corps où ce qui ne peut se dire de vive voix s’exprime à travers la manifestation violente de la nature, que ce soit l’orage, la révolte du pur-sang ou l’incendie autour de la maison de Marie sur l’île d’Elbe. On pourrait résumer le roman de façon assez simple : Marie a quitté le narrateur, son amant meurt, pour que le narrateur puisse la retrouver, il faut que disparaisse ce qui l’attache à lui, les chevaux.

L’essentiel est peut-être là, dans le sujet. Le milieu. Celui dans lequel se passe l’action, appartement dans les quartiers du centre de Paris (face à la banque de France !), milieu hippique, villa sur l’île d’Elbe, les lectrices du 16e ou de Saint-Germain des Prés ne seront pas perdues, d’autant que l’on ne parle que de ce qui fait l’essentiel de toute vie bien à l’abri, le sentiment amoureux !

Schéma minimaliste mais qui, si on le compare à celui de Fuir, permet de dégager des constantes : Il y a Marie (La vierge Marie) que le narrateur a quittée, il y a la mort du père – ou de la figure du père – qui oblige/autorise/interdit de revenir vers Marie, puis il y a le retour vers Marie. Ce retour vers Marie pose problème et ne peut se faire simplement, parce que la mort est là, la mort du père de Marie dans Fuir, la mort de la figure du père, de celui qui dompte l’étalon, dans La vérité sur Marie.

Le rythme d’un livre à l’autre reste le même, une première partie plutôt rapide dont l’action est interrompue par la mort, dans ce livre il s’agit de la mort de l’amant de Marie, dans Fuir il s’agit de la mort du père de Marie, mais au fond il s’agit toujours de la mort du père, Jean-Baptiste de Ganay se révélant, par la suite, dans le flash-back que constitue la deuxième partie, être un « donneur d’ordre », celui qui d’emblée s’impose comme le maître et tout particulièrement le dompteur de l’étalon, celui qui contrôle la puissance sexuelle.

La deuxième partie - donc après la mort du père - au centre du livre, est jouée sur le mode de l’accélération et de la fuite, le narrateur est totalement dépossédé de l’action au profit de la figure du père, dans Fuir il s’agit de Zhang Xiangzhi ici de Jean-Baptiste de Ganay, dans un cas celui qui a pris possession de Marie, dans l’autre celui qui pousse le narrateur hors des bras de Marie. Il est intéressant de noter que dans l’un et l’autre livre cette partie est placée sous le signe de la drogue, très explicitement dans Fuir, plus subtilement dans La vérité sur Marie – il s’agit cette fois du soupçon de dopage qui plane sur l’étalon. Cette partie où se répondent drogue et vitesse, au centre du livre - de la vie - ne serait-elle pas aussi celle de la jouissance ?

Vient enfin la troisième partie, celle du retour vers Marie, de la régression – de la petite mort également ? – l’essentiel de cette troisième partie se déroule dans la mer où Marie nage nue, scène interrompue par celle où le narrateur écoute les pas de Marie sans la voir comme s’il entendait les sons depuis l’intérieur d’un utérus, Marie est nue dans la mer provoquant le narrateur, son maillot au bout du bras, il ne se passe rien. Pour que les amants se retrouvent, il faudra que Marie dise qu’ IL n’a jamais été son amant sans préciser qui est ce IL ! il faudra surtout cet incendie de la garrigue et du centre équestre comme en écho à l’orage de la première partie, déflagration, destruction de l’univers du père, mise à nue de la terre pour qu’enfin les amants s’enlacent. Dans Fuir la scène est différente, mais il y a également la présence forte de la mer et le roman se termine par cette phrase incroyable : Marie pleurait dans mes bras, dans mes baisers, elle pleurait dans la mer.

Tout cela est écrit dans un style parfois époustouflant, toujours précis qui offre de très belles pages. Circulez il n’y a rien à voir, pas si sûr ! mais ce qui est à voir n’est-il pas formidablement banal et terriblement contemporain : se débarrasser du père, replonger dans l’eau originelle ?

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