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L’ordre des choses - Dominique Kopp
mercredi 10 février 2010 par penvins

Les Allusifs, 2005

Il y a de petites merveilles chez les petits éditeurs, il suffit d’aller les chercher, ce roman-ci en est une. Pas plus de 70 pages pour ce premier roman pour adulte d’un auteur qui a déjà publié pour la jeunesse et c’est un vrai petit bijou… De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’un paysan qui vit avec la Mère depuis que le Père est mort, qui malgré sa quarantaine n’est toujours pas marié et qui va acheter une femme pour résoudre son problème en passant totalement à côté de ce que cette femme a elle-même vécu.

On pourrait croire à l’histoire d’un paysan sous l’emprise castratrice de sa mère mais c’est beaucoup plus que cela. Parce que l’auteur nous dit comment cette mère s’est attachée à son enfant, mais aussi parce qu’elle raconte l’histoire du côté de la femme venue de l’Est. Une histoire banale qui en fait une victime indirecte de la guerre mais surtout de l’égoïsme et de la cruauté des hommes.

Si on lit le roman un peu vite on peut passer à côté tant les choses sont dites avec pudeur. Le machisme à l’état pur, l’incompréhension la plus totale entre les hommes et les femmes. Le cynisme des hommes confrontés à la guerre et au malheur, la douleur des femmes. Celle de la Mère qui la conduit à se comporter en femme de pouvoir, celle d’Ileana qui quittera son pays et ne dévoilera rien de son fils abattu par un sniper et encore moins de la façon dont elle a été vendue par un mari peu soucieux de son malheur.

Deux malheurs tellement différents, celui de nos campagnes où les hommes ne trouvent plus de femmes et celui de ces pays confrontés à la pauvreté et à la guerre civile où le sort des femmes dépend entièrement de la volonté des hommes.

Il faut lire ce roman avec précision pour se rendre compte de ce qui se passe tant l’écriture est dense et le récit subtilement mené. L’ordre des choses c’est à la fois celui imposé par la Mère qui entend bien être patronne chez elle, qui faute de pouvoir aimer les enfants qu’elle a désiré s’accroche à son rôle de maîtresse du foyer jusqu’à refuser qu’aucune femme vienne s’installer chez elle, c’est aussi celui du sort réservé aux femmes dans ces pays gangrenés par la guerre civile et qui ne sont plus que du bétail tant pour les hommes de chez elles que pour ceux qui en Occident s’imaginent pouvoir en disposer sans même s’interroger sur leur passé.

L’ordre des choses c’est cette évidence qui fait que l’on ne se pose pas de question, jamais ni Madeleine, la mère, ni Raymond, le fils, ne sauront qui était Ileana ni même ne se douteront que Mihaï avait un frère jumeau. L’ordre des choses c’était sans doute aussi que le couple Ileana/Raymond aille à sa perte et c’est ce qui s’est passé.

Le titre semble dire que rien ne peut bouger, que le malheur était écrit mais on peut aussi lire que le malheur s’est inscrit dès lors que Raymond n’a pas affronté la Mère qui a beau jeu ensuite de lui faire savoir qu’il ne pouvait en être autrement.

Quand vous aurez fini de lire ce petit roman vous y penserez encore, c’est un signe !

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