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Un devoir ? - Penvins

Ecrire entre les lignes.

jeudi 25 mars 2010 par Georges-André Quiniou

Lorsqu’une alternative ne nous offre pas d’issue – ou lorsque nous ne savons pas lui trouver cette issue – cela prend la forme d’un dilemme, c’est-à-dire d’un enfermement dans une problématique dont il devient impossible de sortir. C’est d’une problématique de ce genre dont Penvins fait le centre de son court roman, Un devoir ?

Le point d’interrogation du titre suggère d’ailleurs bien qu’il s’agit avant tout d’un choix, en réalité d’un choix de vie : que serait ce devoir, notre devoir ? Est-ce réellement un devoir ? Ce serait trop simple s’il s’agissait seulement du “devoir conjugal” auquel il est fait explicitement allusion dans le déroulement de l’intrigue : un prêtre met en demeure son ancienne catéchumène, qu’il avait abusée enfant, de continuer à remplir son devoir conjugal à l’égard d’un mari qui la trompe avec sa belle-sœur. Une trouble histoire de pédophilie et d’adultère, donc, étouffée au fin fond d’une paroisse vendéenne et qui, au prix de longs déchirements de conscience, conduit une jeune femme à la folie puis à la mort. Un beau sujet, déjà, mais ce serait trop simple. Car le dilemme est autre pour Jean-Paul, le protagoniste principal vers qui convergent toutes les lignes de force du roman ; il est double. Dilemme sentimental d’abord puisqu’il hésite entre deux femmes : la sienne, Lou, et la jeune sœur de celle-ci, Eléonore. Dilemme existentiel ensuite pourrait-on dire puisqu’il est constamment partagé entre les exigences de son art – la peinture – et les confortables facilités que lui offre la reprise de la pharmacie de son beau-père. Tiraillé ainsi entre deux images de lui-même – être Van Gogh ou un simple notable de province –, Jean-Paul ne saura pas choisir. Où était son véritable « devoir », son devoir à l’égard de lui-même ? Savoir choisir son image de soi, n’est-ce pas précisément cela s’assumer ? Sur ce point il n’est pas le seul concerné, c’est en cela que me semble résider l’intérêt essentiel de ce livre.

Ce texte qui, quantitativement, pourrait constituer une nouvelle mais qui, parce qu’il embrasse la totalité d’un destin familial, prend les dimensions d’un véritable roman témoigne d’une maîtrise technique aboutie. Le choix narratif des points de vue croisés des différents personnages (en fait des "monologues intérieurs" à la manière des Tropismes de Nathalie Sarraute) devient l’équivalent formel de l’enfermement dont ils souffrent, chacun muré dans sa passion, ses désirs, ses obsessions ou ses secrets refoulés. L’intrigue se développe par une sorte de jeu de champs/contre-champs, figure dont on sait bien qu’au cinéma elle suggère davantage l’opposition et le heurt des univers intérieurs qu’une communication véritable.

Cet enfermement, c’est aussi celui que leur imposent les conventions et la morale hypocrite d’une société à laquelle ils n’ont pas la force d’échapper. Le drame provincial ici, au-delà de ses péripéties somme toute assez banales, repose sur cette idée que nous sommes tous piégés, que la vie elle-même est un piège dont seules des personnalités d’exception pourraient peut-être se libérer (d’ailleurs les termes évoquant ce thème-là réapparaissent fréquemment dans le texte : piège, complot, filets, cage...). Jean-Paul manque sans doute de courage, comme nous tous, pris entre son art et sa pharmacie, hésitant entre sa femme et sa jeune belle-sœur. Seule Lou, sa femme, trouvera le courage de briser ses chaînes, elle ira jusqu’au bout de son combat, accomplissant peut-être son véritable devoir, mais on sait à quel prix.

Que ces événements soient historiquement situés, au début de la seconde guerre mondiale, n’enlève rien à leur portée universelle, cela fournit au contraire l’occasion d’une très belle métaphore : le fait que Jean-Paul soit contraint de franchir la ligne de démarcation entre la zone libre et la zone occupée pour rendre une dernière visite à sa femme dans la clinique où elle est allée mourir ne peut que renvoyer à l’ultime leçon qu’il tire lui-même de cette histoire : « Nous n’aimons pas la vérité. Elle est trop dure à vivre. Trop différente de nos rêves. Nous ne sommes plus capables de franchir la frontière entre les deux mondes. »

Comme tout véritable écrivain, Penvins écrit entre les lignes ; et entre les lignes il ne fait que nous parler de cette incapacité là…



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