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Clint Eastwood... ou quand la critique baisse sa garde...
mercredi 31 mars 2010 par Serge Uleski

Clint

Et les bras, face au réalisateur-acteur.

Nous voilà manchots !

***

Clint Eastwood Jr, dit « Clint », né le 31 mai 1930 à San Francisco.

Acteur de séries télé à ses débuts, avant de poursuivre sa carrière dans le Western Spaghetti – genre cinématographique pédant et creux qui n’a, soit dit en passant, de Western que les costumes et de Spaghetti que l’absence d’anti-pasti ; films qui sont aux sarcasmes et à l’humour ce que les sabots de bois sont à la danse classique -, sans oublier quelques « Inspecteur Harry » d’un niveau guère supérieur aux productions de Michael Winner « Un justicier dans la ville » avec Charles Bronson pour tenir le rôle et la lanterne d’un cinéma obscurantiste comme jamais…

Face aux trois films que sont Million Dollar Baby, Invectus et Gran Torino (en ce qui concerne ce dernier, on a eu très peur : imaginez un film qui aurait pour titre "Opel Kadett" !) de Clint Eastwood, héros de la critique cinématographique française...

Et pour la nommer :

- Jean-Marc Lalanne, des Inrockuptibles (et comme un malheur n’arrive jamais seul, on le trouvera aussi sur France Culture) : le "Attendez j’veux direeeeee !" de la critique que toutes les mères aimeraient avoir pour gendre (et les pères aussi ; et surtout ?)

- Michel Ciment, de la revue Positif et son grand âge (on ne devrait jamais vieillir !) : beaucoup lui sera donc pardonné ; même si on pourra toujours regretter qu’il n’ait pas su se retirer à temps pour éviter tout ridicule…

- Sans oublier les dilettantes, tâcherons et pantouflards du « masque et la plume » venus cachetonner sur France Inter au frais du contribuable...

Confronté à ces trois films, entre autres films du réalisateur, comment ne pas voir dans ce cinéma... un cinéma Oncle Sam, un cinéma box office, un cinéma manichéen, cinéma kleenex aux ressorts et aux enjeux mille fois assénés, aux scénarii éculés – en effet : pas un seul personnage, pas une seule situation qui ne nous aient pas déjà été présentés et servis par Hollywood depuis 1945…

Comment qualifier le cinéma de ce réalisateur dont les productions sont invariablement encensées par une critique hypnotisée face à cette figure omniprésente ?

Cinéma apolitique ?

Cinéma… pathétiquement réactionnaire ?

Pas même ! Car le cinéma d’Eastwood n’offre aucune perception critique de notre époque et aucune analyse prospective.

Figé dans le passé le cinéma d’Eastwood ?

Soyons clairs : dans la forme mais plus encore dans le fond, le cinéma d’Eastwood est tout simplement passé à côté de son époque. Pour le réalisateur, le temps s’est mystérieusement arrêté dans les années 50 car, tout dans son cinéma nous renvoie à cette période et à tout ce que Hollywood a été incapable de s’autoriser à produire et à penser, pour peu qu’il ait été un jour question pour ses producteurs d’accoucher d’une pensée autre que conformiste, une pensée qui ne soit pas destinée à un public bien incapable d’envisager une alternative pour cet Art privé d’auteurs et d’artistes, année après année.

***

Godard, Truffaut and Co…

Quand les rebelles ne sont jamais que des domestiques en mal de nouveaux maîtres à servir !

Une nouvelle vague au vague à l’âme approximatif et au cinéma de terrain… du même nom : terrain vague donc.

Godard découvre Eastwood ; Truffaut Hitchcock.

Conspuer le cinéma des années 30,40 et 50, cinéma dit de « papa » comme a pu le faire la « nouvelle vague » pour mieux s’empresser quelques années plus tard de célébrer Hitchcock et Eastwood…

Comble du ridicule, sinon de bêtise, c’est Godard, fan inconditionnel qui, en 1998, tête baissée, plein d’humilité, remettra intimidé un César d’honneur à son idole : un Eastwood condescendant comme ce n’est pas permis puisque ce dernier se croira obligé de nous expliquer combien les inventions de Godard ont influencé le cinéma mondial... le sien excepté.

Imperméable le cinéma d’Eastwood !

Pas touche donc !

***

Avec un film tel que "Le mépris", Godard nous montrera avec brio à quel point sa génération n’a pas les outils intellectuels ni culturels pour penser un auteur grec de la stature de Homère, indépendamment de cet autre auteur qu’est Moravia, Godard réduisant l’Odyssée à une histoire de crise du couple ; et la présence de Fritz Lang ne sauvera rien et pas davantage le pastiche musical de Delerue venu tout droit de Mahler !...

Autant pour cette soi-disant avant-garde cinématographique qui s’appuie sur le top 50 de la musique romantique pour faire « son cinéma », et alors qu’un réalisateur comme Kubrick, qui n’a jamais eu à cracher sur la tombe de quiconque pour exister, tout occupé qu’il était à servir et à parfaire, film après film, son métier et son Art, sera bien plus avisé : en 1969, il ne se contentera pas seulement des Strauss - Richard et Johann ; il nous présentera dans 2001, l’Odyssée de l’espace, un compositeur contemporain majeur : György Ligeti, roumain/hongrois naturalisé autrichien, né en1923 et mort en 2006.


Après Godard et Eastwood...

C’est au tour de Truffaut ; un Truffaut qui découvre Hitchcock et son cinéma cocktail Martini–dry avec cerise et nœud pap, ce qui convenait très bien à la tenue vestimentaire de ce même Truffaut - costume, chemise, cravate en cadre moyen d’une entreprise très moyenne ; un Truffaut qui aura le mauvais goût de nous proposer une "... nuit américaine" dans un terrain vague situé à la périphérie de la ville de Nice...

"Nuit américaine" façon « Friches industrielles » ?

D’une laideur photographique et scénique sans nom ce film, et plus encore lorsque l’on ose penser à ce que l’association « nuit et Amérique » est capable de faire surgir dans l’imaginaire de tout cinéphile qui se respecte...

Cette bourde, sinon cette bavure artistique, résume à merveille tout le cinéma de la vaguelette qu’aura été ce mouvement, son amateurisme, son absence de maîtrise technique, son cinéma sans souffle qui ne dira jamais rien d’autre que ce qu’il nous donnera à voir et à entendre ; cinéma « … que c’est pas la peine » comme disait Piala…

Nouvelle vague dont les films, à de très rares exceptions près, n’arriveront jamais à la cheville du meilleur du cinéma français des années 30, 40 et 50 ; sinon chez Cassavetes mais… à dix mille kilomètres de là ; ou bien, longtemps, longtemps après : pensez donc ! Il nous faudra attendre 20 ans "Les fantômes du chapelier " et "La cérémonie" de Chabrol.

***

Mais… revenons à Eastwood.

Comment expliquer un tel engouement de la part de la critique française ?

Et bien c’est simple : soyez grand (1m95) et mince, de nationalité américaine de préférence, âgé de plus de 75 ans ; réalisez un film tous les ans pendant un demi siècle et c’est gagné !

Positif et les Cahiers feront de vous… un maître chez les maîtres (et leurs esclaves ?!) avec l’Everest pour piédestal.

Et gare à ceux qui contestent ce choix !

La critique cinématographique en est donc là aujourd’hui ; tout comme le cinéma français pris en otage par des « fils et filles de » - acteurs, actrices et réalisateurs sans bagage existentiel ou culturel -, et des petites frappes ou flics repentis nourris de télé et de pseudo-cinéma (celui des années 70 et 80, avec Delon comme acteur-producteur... le pire du cinéma français, assurément !), et pour lesquels notre 7è Art n’est que… sons et images, bruit et cauchemar, pour des productions désincarnées parce que… sans culture et sans Histoire (entre autres... Olivier Marchal ; Josée Dayan ; et un certain Richet auteur d’un Mesrine affligeant)...

Cinéma rase-mottes, privé d’immanence et de transcendance, incapable de donner à voir et à entendre autre chose que ce qui nous est donné, là, sur l’écran…

Car, même dans un registre populaire, l’Art cinématographique doit rester une métaphysique ; ou pour le dire autrement : ce qui est donné à voir et à entendre doit toujours être plus grand, bien plus grand que moi... réalisateur, ou bien moi… spectateur.

Force est de reconnaître que l’on en est loin, très loin : de plus en plus loin.

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Messages

  • Quel tissu d’âneries ! Vous vous croyez drôle là où Eastwood ne se croit rien. Il fait. Et le dit très clairement en Une des Cahiers pour "Million dollar baby" : "Je le fais, c’est tout". Je serais tenté de vous invitéer à opter pour cette philosophie là. Elle vous rendra moins aigri, j’espère. Oui, Eastwood réalise un film par an depuis pas mal de temps maintenant et il cartonne. C’est finalement surtout ça qui vous gène. Faites en autant, vous verrez bien !
    Oui, Eastwood réalise des mélos. Comme Almodovar, comme Douglas Sirk à son époque. Je site volontairement ceux-là car ils sont les seuls à vraiment pouvoir se mesurer à Eastwood. Et alors ? C’est un péché que de faire des mélos ?
    Enfin, car j’ai autre chose à faire que de reprendre point par point votre tissu d’incongruités : avez-vous seulement tenté de les lire, les critiques que vous fustigez ? Je parle de Positif et des Cahiers, bien sûr, pas de Première ou Studio, ces Gala et Voici à peine améliorés. Et si vous commenciez par ça ?

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