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Puisque c’est ça la vie - Michèle Lajoux
vendredi 23 avril 2010 par penvins

Le Cherche-midi - 2010

On nous avait caché cette littérature, on avait fait comme si elle n’existait pas, une littérature simple, sans prétention, qui parle des gens ordinaires. Une littérature qui se contente de mettre en scène sans chercher à faire de la littérature. En quelque sorte le Degré zéro de la littérature, la base rien d’autre. Une histoire qui quelque part se prétend fiction où le narrateur prend des libertés avec ce qu’il a vécu, le recompose plus ou moins de sorte que le lecteur ait l’impression de lire une fiction tout en sachant parfaitement que l’essentiel est ‘vrai’.

Michèle Lajoux raconte ici l’histoire d’une petite fille que la mère n’a pas aimée, elle qui désirait un garçon. Cela pourrait être larmoyant et ennuyeux, ce n’est ni l’un ni l’autre, c’est au contraire toujours intéressant, plein de rebondissements comme la vie. On y trouve, comme on pourrait sans doute trouver dans toutes les familles un grand-père lubrique et cela est raconté avec une grande simplicité presque comme si ce n’était rien.

C’est sans doute ce qu’il y a de plus étonnant dans ce livre, cette maîtrise de la langue, jamais aucun écart, jamais aucune chute dans le pathos, rien que des faits énoncés au présent comme une sorte de politesse, une volonté de ne pas ennuyer le lecteur avec de petits problèmes personnels ou peut-être une façon de minimiser ce qui a tant d’importance qu’il faut le cacher dans le récit de toute une jeunesse et faire croire que « c’est ça la vie » avant de s`en aller vers un autre destin.

De cette petite fille on pourrait presque dire qu`elle n`a pas eu d`enfance, pourtant ce qui nous est raconté c`est justement cette enfance somme toute heureuse, ces bribes de bonheur au bord du précipice avec cette scène symptomatique lorsqu`Angeline marche sur les remparts de la ville avec d`un côté un simple trottoir et de l`autre le vide, ce même vide dans lequel se jettera sa meilleure amie après une déception d`amour homosexuel.

Angeline donc ne chutera pas, elle tiendra bon et choisira une vie ordinaire. Elle préfère, pour un temps, retrouver la banquette du salon, les piles d’assiettes sales qui s’entassent dans l’évier, les cris, les disputes, le désordre, la révolte et la vie, puisque telle est sa vie. Avant de s’éloigner La fuite la sauve. Elle veut tout oublier, y compris son nom. Tout est dit.

C’est bien de cela bien sûr qu’il s’agit, l’éditeur parle d’une démarche initiatique, la couverture présente une petite fille jouant à cache cache les mains sur les yeux dans un coin de mur, comme si pour vivre il fallait absolument oublier, en écho à l’auteur qui écrit : Angeline est délivrée. Il ne parlera jamais, elle peut enfin l’oublier. Mais cet oubli ne pouvait se faire sans que le secret soit d’abord consigné dans un livre pour que soit brisé le pacte implicite du secret. C’est peut-être tout le sens de ce roman apparemment sans histoire que de permettre à Angeline de partager ouvertement avec sa mère ce que celle-ci refoule depuis si longtemps, il y a en tout cas dans ce roman une richesse que l’on ne soupçonne pas à la première lecture et qui est dite, mais avec suffisamment de légèreté pour ne pas en faire un roman vindicatif mais au contraire pour intéresser le lecteur de bout en bout.

Ainsi, loin de la littérature officielle, existe-t-il une littérature tout aussi intéressante, même si ses ambitions sont plus modestes, et qui peut tout aussi bien être un sujet de réflexion pour le lecteur qui redoute la langue des « professionnels de l’écriture soutenus par les grandes maisons ». On doit remercier cet éditeur un peu moins prestigieux que Gallimard ou Grasset de nous l’avoir fait connaître et souhaiter à cet ouvrage le succès qu’il mérite.

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