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Elégie pour Laviolette - Pierre Magnan
vendredi 21 mai 2010 par Xavier Lainé

Enquête en terre d’humanité

A propos de  Elégie pour Laviolette , de Pierre Magnan, publié chez Robert Laffont

L’inspecteur Laviolette avait été laissé pour mort. Laissé seulement, car il n’en était rien.

Le voilà revenu d’un au-delà terrible, et ce n’est point un miracle. Non, celui-ci ne se situe pas dans cette résurrection, mais ailleurs.

Laviolette est, aussitôt sorti de son linceul, chargé d’une nouvelle mission, contraint de délaisser Popocatépetl et le sang des Atrides pour Gap et son isolement montagnard.

L’enquête plonge aux racines des êtres, défie les modes contemporaines d’une brigade criminelle qui ne jure plus que par les bases scientifiques. Car le scientisme ambiant domine tout, y compris le judiciaire. Il s’en trouvera s’en doute pour nous condamner, non par contumace, mais par anticipation, au nom d’une génétique qu’on affirme imparable quand elle ne connaît rien de ce qui fait l’humain.

Laviolette s’inscrit en faux dans ce paysage. Lui, avec son nez épaté et ses gros godillots ferrés, se contente d’errer et de flairer. Il entre en relation, achète son pain là où il est encore bon, avant que le  pauvre boulanger  ne meure,  assassiné par la clientèle oublieuse qui se foutait que le pain soit bon. Elle n’en mangeait plus parce qu’on lui avait fait accroire que le bon pain était mauvais pour la santé et qu’il valait mieux manger celui qui avait un nom ronflant, dont le fabricant avait hâtivement appris le métier dans quelque école et qui s’aidait d’un système électronique pour l’alerter sitôt que la fournée était cuite, ce qui ne demandait plus de se lever à trois heures du matin. 
Laviolette, comme son géniteur est de cette espèce d’hommes, désormais rares, qui ont le bon goût de garder les yeux rivés sur l’humain.

Rien en saurait venir si l’inspecteur n’avait cette intuition phénoménale que l’humain est bien plus complexe que les apparences le laissent supposer.

Il a le regard acéré de celui qui, l’âge venant ne s’en laisse plus conter.
Pierre Magnan nous le ressuscite avec délectation. Non sans, dans une préface scarifiant les mécaniques huilées de l’édition, plonger sa plume dans le vitriol de ce temps où écrire, doit se plier sous les fourches caudines des académismes non déclarés.

Celui instillé sous la houlette du nouveau roman n’est pas le moindre.
Et c’est avec jubilation qu’on emboite ce pas nonchalant qui mène l’ami Pierre à raconter ses débuts savoureux, et l’intrusion de cet objet non identifié bas-alpins sur les scènes parisiennes de la culture.

La délectation s’arrête aux larmes versées lorsque, tout à coup, il nous faut réaliser que, depuis, rien n’a changé. Si le monde tourne autour du nombril des nuits parisiennes, l’essence de la littérature, elle s’en est depuis longtemps échappé vers un ailleurs qui trouve de plus en plus difficilement sa place, tant les portes sont verrouillées par les amis des amis.

On ne pourra alors que remercier Pierre d’avoir mis son pied, avec les souliers ferrés de Laviolette, dans la fourmilière.

Manosque, 21 mai 2010

Xavier Lainé

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