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A propos de L'entretien du désespoir, René LAPIERRE
Editions Les Herbes rouges, Montréal, Québec.


Ce livre qui analyse très finement la logique de l'injonction inhérente à la société de consommation et de l'objet, ce " il faut " qui fait obéir par la simple et massive et systématique représentation du pire, de la souffrance, du désastre, ce " il faut " jouir des objets car il n'y a rien d'autre, que ce pire en puissance, il faut rattraper le temps perdu, il faut être heureux avant de mourir, en profiter avant, pour la dernière fois, il faut faire partie des initiés, des privilégiés, regardez comme les démunis sont malheureux, ce livre donc ne cesse de suggérer une sorte d'instance occulte, matricielle, qui a un pouvoir de mort, de désastre, pour mieux se présenter comme ayant un pouvoir total, unique, de vie, de consolation, de sédation, sur ceux qui sauront le mieux téter ce qu'elle, elle seule, produit car elle sait tout ce qui est vital, jouissif, pour chaque obéissant consommateur.
Le plein pouvoir est donné à cette instance occulte, pouvoir totalitaire, en même temps que chaque humain, transformé en consommateur relié ombiliquement à la matrice aux objets en turn-over rapide, admet son impuissance, sacrifie sa subjectivité c'est-à-dire sa capacité de résistance et donc sa liberté.
Cette instance occulte, capable de produire du rêve réalisé pour empêcher les humains de rêver, de désirer, capable de les hypnotiser, de les stupéfier, par des objets exceptionnels, par le spectacle de privilégiés en train d'en jouir, et la promesse qu'il restera de ces objets se démocratisant à la portée de tous, donc capable de les retenir à jamais sans qu'ils puissent en revenir, sinon à résister en reconnaissant en eux-mêmes cette joie d'être libres et quittes de tous ces objets de la logique de l'injonction, cette instance occulte donc apparaît à travers un capital insatiable, une rapacité qui se présente comme un je désire que tu désires consommer encore et encore sans aucune possibilité de sevrage afin que moi je profite de plus en plus, moi l'instance occulte bien plus que vous tous en état de flottaison fœtale ineffable dans ce bain de profits certains.
Voici, dans cette instance totalitaire parce que matricielle, dans cette instance occulte dont personne n'est censé pouvoir faire le deuil et donc se sevrer, dans cette instance productrice d'objets à avaler sans critique dans un réflexe de déglutition primaire, la vie prédatrice de la vie, la vie qui ne veut pas laisser naître ses fœtus consommateurs, la vie qui empêche la vie de s'apercevoir de ce que cette vie prédatrice coûte à la vie de l'humain, cet humain qui se sacrifie en renonçant à sa subjectivité, à sa capacité de dire non à l'instance qui sait tout ce qui est bon pour lui, qui produit et programme tout ce dont il a besoin, qui se fonde sur une entropie galopante produisant toujours et encore de nouveaux objets afin de court-circuiter la résistance des consommateurs, leur retrait anorexique face à l'objet toujours là qui se masque derrière la nouveauté.
La vie prédatrice de la vie ne tolère aucune lenteur, qui serait signe que l'humain, se détachant du consommateur, commence à se sevrer, à s'engager dans un processus de rejet immunitaire afin que l'humain puisse s'ouvrir le monde tel que le monde de la production intensive et emballée ne peut plus totalement occulter, devancer sans cesse. L'humain, dans un lent processus de rejet immunitaire de l'instance matricielle se croyant protégée par une immunité à toute épreuve car dans un consensus sans critique, l'humain dans un retrait anorexique, commence dans la trouée à apercevoir des choses non programmées, des paysages qui ne sont pas dans les dépliants de vacances de rêves, d'affaires à ne pas rater, à être appelé par des images qui n'appartiennent plus à la production par une instance qui, en embuscade derrière les entreprises de l'économie mondiale, sait tout ce que les habitants de la planète désirent et le leur promet en fiction et en quelques miettes le leur donne à portée de mains tandis que la part la plus conséquente est pour elle qui baigne dedans. L'humain, différant la jouissance immédiate, refusant de tout avaler, repoussant ce qui s'offre comme un sein totalitaire, envahissant comme des métastases, désire autre chose, ce qui est bien sûr inacceptable pour l'instance prédatrice, dévorante, qui menace d'abandonner, qui fait donner jour après jour la représentation du pire, qui appelle à la rescousse les créateurs, les artistes, pour qu'ils mettent en scène cette souffrance certaine des démunis, ce désastre fatal des non obéissants. L'objet qui se met sans cesse devant l'humain pour lui intimer l'ordre de consommer, d'avaler de façon primaire, immédiatement, d'en être stupéfié, désire que tu désires ça, uniquement ça, et ça t'avale. Comme une plante carnivore.
Prodigieuse invitation à la résistance que ce livre! A ne pas abdiquer sa subjectivité!

Alice Granger