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Note de lecture:


Point de côté
de Josyane Savigneau


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A propos de Renée Camps, Jean-Noël PANCRAZI
Editions Gallimard.


Belle et très intéressante investigation sur ce que mère veut dire que ce roman de Jean-Noël Pancrazi.
Mais ce roman montre bien que cette focalisation de la famille sur l'espace maternel comme un retour intra-matriciel advient avec la sortie, après le divorce des parents, du personnage paternel hors de la vie de la famille, et également avec la fin de la vie coloniale, fin de l'Indochine et fin de l'Algérie. C'est sur la base de la fin d'une vie familiale avec papa et maman en Algérie que se développe la vie à Perpignan avec maman seulement. La disparition du père structure l'espace d'un retour à un temps plus ancien, plus archaïque, de la relation mère-fils. La séparation du père et de la mère introduit à l'histoire d'une autre séparation, plus originaire, plus matricielle, qui, elle, va se jouer à ciel ouvert tout le temps de la vie de cette mère qui apparaît comme un compte à rebours inéluctable.
Se débrouillant seule avec ses deux enfants, à Perpignan, et en faisant le pari d'y réussir à la perfection, cette femme, Renée Camps, va se confondre, va se réduire, à être jusqu'à la fin de sa vie une sorte de matrice certaine pour son fils, tout repose sur elle comme dans un temps gestationnel. Avec la séparation d'avec son mari, le temps de Renée Camps s'est arrêté à cette fonction matricielle. Et cela se voit dans l'espace de l'appartement qu'elle habite, le caractère immobile, impeccable comme elle-même est soucieuse d'apparaître sans faux plis, un espace qu'elle meuble avec des acquisitions qu'elle préfère à des voyages qu'elle ne fait pas. Importance de l'espace dans ce roman. La mère matricielle de plus en plus elle-même enfermée dans cet espace certain comme l'éternité, un tombeau certain, l'espace de la séparation. Là où la mère matricielle doit un beau jour rester tandis que son fils est donné à la lumière, au soleil, comme c'est bon le soleil mon fils ! je te donne ce que je n'ai pas en tant que matrice, l'amour donne ce qu'il n'a pas, la mère matricielle reste en aval, dans cet appartement que le fils laisse en l'état après la mort de sa mère.
Dans ce roman, il y a d'une part la tolérance infinie de la part de la mère à fonctionner d'une manière totalement matricielle, parfaite dans sa fonction, dans sa personne et dans l'espace qu'elle organise pour l'éternité, et d'autre part aussi l'étrange intolérance du fils à cet état de symbiose avec elle, qui le fait vite se tenir loin justement parce qu'il est si proche, si à l'intérieur. Le fils est antigénique par rapport à sa mère, dans cette organisation gestationnelle, parce qu'il est à l'intérieur jusqu'à ce qu'il soit, du point de vue de cette mère, donné à la lumière, ce qui ne peut se faire que dans une sorte d'involution, de déchéance, de la matrice qui est la seule chose qui doit se décomposer pour vraiment donner à la vie.
Bref, ce roman se concentre à juste titre sur la fin de la vie de Renée Camps pour mettre en relief l'aspect immunitaire indispensable à la mise au monde. On dirait que le rejet immunitaire présidant à la naissance ne peut avoir pour cible que la matrice, le placenta. L'indice que cette femme, Renée Camps, s'est confondue après son divorce dans une fonction matricielle, dans une étrange involution, une sorte spéciale de sacrifice, c'est la maladie qui l'atteint bien avant l'âge de la retraite, qui atteint ses articulations, qui l'immobilise peu à peu sans espoir de guérison, l'amylose, dont on a la tenace impression qu'il s'agit d'une sorte de maladie auto-immune. Une sorte étrange de suicide, ce suicide dont à plusieurs reprises au cours de sa vie elle avait parlé.
La soeur, Isabelle, en retrait dans cette histoire, semble, en tant que fille, être celle qui écoute la leçon et le message maternel. Comme une femme qui reste en vie, complètement détachée d'une fonction maternelle matricielle qui doit, pour être parfaite et certaine, aller à sa mort, à sa disparition. Fils et fille s'entendant enfin, face à la mort auto-immune de la mère, comme corps antigénique qui n'en finissait plus de vouloir advenir à la lumière, ceci signant l'abandon de la matrice pour toujours, laissée enfin à son repos bien mérité.

Alice Granger