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Note de lecture:


Le Postier
de Charles Bukowski



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©e-litterature.net
Alice GRANGER GUITARD

A propos de Fanfare, Emmanuel ADELY

Editions Stock.

Comment sortir, comment conclure enfin, comme dans ce roman, par un "Et je suis sorti", comment couper avec les éternels "m'étais-je dit, je me suis dis, je me disais" qui distinguent le style d'Adely? Il pourrait passer sa vie, Adely, à rechercher une mère à jamais inconnue (son roman "Jeanne, Jeanne, Jeanne") et à partir à la découverte de l'histoire d'un père égyptien déjà mort, sûr de ne jamais être dérangé par des personnes, des vivants, du réel. Paradoxalement à l'abri par le fait que ce qui le sépare des autres, des vivants, ce sont des êtres humains qui ne sont pas là en chair et en os, qui ne l'ont jamais été et ne le seront jamais, sa mère et son père biologiques, qui l'ont abandonné dans ce très bizarre confort. Sa recherche d'abord de cette mère biologique qui l'avait abandonné, puis de l'histoire au Caire de ce père mort (sujet de ce livre), c'est encore s'éterniser dans le confort d'un lieu où jamais aucun autre, aucun vivant ne vient déranger, ne surgit comme du réel. Sa vie peut continuer à s'ordonner de manière impeccable comme un jardin à la française, à aller au spectacle tel "Les liaisons dangereuses" dans un théâtre du Caire sans que rien ne vienne jamais tout chambouler.

Or, le père, dont il est question justement dans ce livre, quand il n'est pas un mort, c'est ce qui vient substituer à un monde ancien, fermé, matriciel, quelque chose d'autre, inconnu, en introduisant la première métaphore, une chose pour une autre. Mais lorsque l'auteur va au Caire rechercher dans des documents et des témoignages l'histoire de son père, mort, du temps où il était en Egypte ministre du roi, avant de s'exiler en France, il part en étant sûr qu'aucun vivant ne le surprendra. Il pense rester dans sa bulle, même s'il ne sait pas très bien qui il est, même si cette sorte de ressassement intérieur éternel lui donne des boutons et la gratouille.

Mais, au Caire, voici une chose à laquelle il ne s'attendait pas du tout, l'intrusion peu à peu du réel, et l'éclosion de boutons à guérir. Son père, certes, est mort, mais l'auteur apprend qu'il a un frère aîné, vivant, lui. Il va pouvoir aller lui montrer, à ce frère aîné qui vit dans le désert égyptien près de la frontière avec la Libye, ces boutons que l'autre, pour la première fois faisant irruption dans sa vie comme du réel, du dérangement dans la vie ordonnée comme un jardin à la française, va pouvoir traiter par une recette à lui.

Ce frère aîné, auquel il rend visite près de la frontière libyenne, c'est le commencement d'une autre chose qui commence à se substituer à sa vie ancienne, sa bulle bien ordonnée, et cette substitution s'accomplit simplement par quelque chose qui se transmet entre frères, le grand et le petit, cette chose qui se transmet juste en vivant. Dans la vie pourtant si simple de son frère égyptien, l'auteur s'aperçoit d'une véritable richesse, celle de l'autre différent de soi.

Le père égyptien, à travers ce frère qui fait irruption dans la vie de l'auteur comme du réel, de l'imprévu, du dérangement total, n'est pas mort, il coupe le cordon ombilical qui reliait à une vie bien ordonnée à la française. Alors, l'auteur, le cordon ombilical s'étant coupé, peut écrire: "Et je suis sorti".

Alice Granger Guitard

7 janvier 2003