Bienvenue dans Adobe GoLive 6
Redécouvrez cette
Note de lecture:


Jean-Jacques en son temps
de Bernard et Monique Cottret


Accueil du site > benxayer

.

Bookmark and Share
©e-litterature.net
Alice GRANGER GUITARD

 

A propos de La mosquée, Morrad BENXAYER

Editions Marsa (Alger). 2002.

Ce roman d'un écrivain algérien, qui nous plonge dans la tragédie d'un pays sans cesse menacé et miné par la menace d'attentats perpétrés par les Fous de Dieu et leur armée islamique fanatique, gouverné par des militaires, où règne la corruption, où les femmes ont très très difficilement droit de parole, introduit pourtant, envers et contre tout, l'espoir.

Cet espoir, cette liberté, est introduit en arrachant en quelque sorte à l'intégrisme religieux fanatique un symbole très fort, celui de la mosquée!

Un riche commerçant, Mansour, qui est aussi un bon musulman, marié avec une femme aimante, père de trois filles qu'il laisse libres la première de faire des études de pharmacie, la deuxième d'étudier brillamment les mathématiques et la troisième d'avoir du goût pour la poésie et la littérature, et d'un garçon qui perpétuera le nom, des enfants ressemblant à ceux de l'Occident libre, donc un homme très ouvert, est régulièrement visité par l'Ange, qui lui fait voir un beau jour une superbe mosquée, dont les détails lui seront fournis de visions en visions, et que cet Ange lui demande de faire construire. Pour Mansour, aucune hésitation, il fera construire cette mosquée, à ses frais, il en sera le mécène, et il trouvera l'Architecte, et les différents artisans.

Donc, pour Mansour le bon musulman, qui accomplit son devoir très bien, ne manque jamais de secourir le pauvre, a une vie de famille accomplie, un négoce florissant, mais qui n'est pas racketté par les Fous de Dieu car habitant une zone assez bien protégée, la mosquée symbolise une sorte d'ailleurs, d'écartement, c'est un homme visité qui n'est pas tout dans sa vie ordinaire. Il a un espace de liberté intérieure, une sorte de jeu par rapport à sa vie de bon musulman, et c'est cela qui est sacré, c'est cela que semble symboliser la construction de l'édifice envers et contre tout, surtout malgré le danger omniprésent de l'islamisme fanatique.

Cette mosquée symbolise donc un espace sacré de liberté absolue, une possibilité d'écart, une possibilité de se faire visiter par une vision qui n'appartient pas à la vie de chaque jour. Mansour, visité par l'Ange, affirme une sorte d'autre vie, en marge de la sienne, une part de lui-même sur laquelle personne n'a de prise, qui est sacrée.

Donc, ce n'est pas par hasard si l'Architecte de cette mosquée pas comme les autres, Chérif, est athée, et épris de liberté. Dans ce roman, il y a aussi une femme à l'esprit libre, la journaliste Hassiba, amie et maîtresse passionnée de Chérif, lui donnant des rendez-vous amoureux à l'improviste dans un lieu à chaque fois différent. Mansour, qui rencontre plusieurs fois cette journaliste si libre, sent le charme si fort de sa liberté, l'appel, on pourrait dire et qui ne se laisse par réduire à une aventure sexuelle. On dirait que cet ailleurs libre, symbolisé par la mosquée, ne peut se construire vraiment que parce que les hommes reconnaissent aux femmes cet espace de liberté, cette sorte de jeu, d'écart, par lequel une femme, ici Hassiba que Mansour ne touche pas tandis qu'il sent un très fort envoûtement, s'échappe de la mainmise sexuelle sur elle. De même, dans ce roman, lorsque Aïcha, une des fille de Mansour, est enlevée par Rabah un jeune homme adepte d'une organisation islamique fanatique afin d'obliger son père à payer une rançon, Rabah sous l'effet d'un puissant coup de foudre ne peut violer la jeune fille, elle est comme protégée dans un espace sacré.

Bien sûr, des attentats seront perpétrés, bien sûr l'Architecte sera finalement assassiné, de même Mansour. Mais reste cette vérité qui jaillit du roman: les extrémistes islamistes, Fous de Dieu, ont façonné un Dieu à leur idée, mais ils ne sont en fait que des pervers lubriques et des phallocrates invétérés qui ont réduit horriblement l'essence féminine. Voici une religion où la femme est réduite à un vagin ambulant, à un vagin consacré! Fatimah, la troisième fille de Mansour, fut un moment tentée par cet islamisme intégriste, mais, s'apercevant que tout cela n'était qu'un immense lupanar, elle s'est enfuie en courant!

Reste, à la fin du roman, la mosquée comme symbole d'un espace intérieur libre, et une association fondée par Hassida et les trois filles de Mansour, pour un autre statut des femmes.

Un beau et fort roman!

Alice Granger Guitard

8 décembre 2003