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Note de lecture:


Marcher fait penser
de Rebecca Solnit



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A propos de Respire
Anne-Sophie BRASME,
Editions Fayard.

En lisant ce premier roman de la très jeune Anne-Sophie Brasme, roman bien écrit, nous soupçonnons très vite qu'il est très symptomatique de notre époque de plus en plus maternisante. Comme par hasard, lorsque le dénouement s'accomplit dans le meurtre de la meilleure et si ambivalente amie et dans l'isolement de la prison, la mère dit que c'est elle que la fille a en réalité tuée, si bien que cette mère cesse de voir sa fille. Par contre, le père, très absent pendant l'enfance, et le frère, eux, continuent à la voir.

Ce roman décrit une présence envahissante, à la fois fascinante et bouffante, vitale et étouffante (crises d'asthme), que la petite puis l'adolescente Charlène Boher ne cesse d'espérer, d'épier, de vénérer, et en même temps elle ne cesse de lui résister en se réfugiant dans la solitude, l'écriture, l'effronterie agitée. Une chose l'envahit, l'empêche d'advenir à la respiration, à la séparation, à la naissance, et c'est d'abord une petite femme imaginaire venant chaque soir en habit lumineux, puis un monstre caché dans l'ombre de la chambre et qui la terrifie, puis une femme en blanc dans le miroir. C'est cette mère qui veut sa fille parfaite. C'est l'amie Vanessa, dont le regard si bleu l'enveloppe pendant plusieurs années d'amitié idéale, présence toute en rondeur qui la rassure, la berce, l'imbibe, l'envahit, joue la Ventoline idéale pour cette jeune asthmatique. Puis c'est la fascinante, accaparante, ambivalente, tyrannique, Sarah qui, elle, la met face à face avec la terrible vérité : elle, Charlène, n'est pas à la hauteur de ce qu'attend d'elle son amie.

Ne faut-il pas entendre : la mère attend quelque chose de l'enfant-fille qu'elle a eu, un désir a présidé à sa conception, et cette fille s'aperçoit peu à peu qu'elle n'est pas à la hauteur, que le désir ne se réalise pas ?

Dans le roman, la mère de Charlène semble errer, rien ne la satisfait, et leur famille finit par se détruire. Qu'espère-t-elle d'autre ?

En même temps, elle fait intrusion dans la vie de sa fille, la fille en témoigne dans le roman par les différents visages que prend cette présence envahissante, questionnante, semblant venir vérifier quelque chose, attendre, ne s'en allant pas jusqu'à ce qu'elle soit entendue. Charlène est totalement suspendue au vouloir bizarre de cette chose, elle-même cherche la réponse à donner. Pour être à la hauteur ?

Va et vient de la chose, avec l'amie Sarah, qui tantôt affirme qu'elle seule est à la hauteur de ce qu'elle espère de l'amitié en symbiose, tantôt affirme qu'elle n'est pas du tout à la hauteur, qu'elle n'est rien. Chaud et froid, amitié totale ou bien indifférence totale, pouvoir de vie et de mort, inspirer/expirer, ne pas arriver à expirer, crise d'asthme.Qui n'arrive pas à expirer ? Qui expire par le crime ?

Charlène n'est-elle pas soudain à la hauteur quand elle expire sa monstrueuse amie placentaire, lorsque l'acte d'intolérance et de rejet la détruit immunitairement ? Alors s'engage un processus de séparation et de naissance qui laisse en prison une Charlène obnubilée par le désir de sa mère à son endroit et qui ne peut par la force des choses le réaliser. Charlène expire elle-même, aussi, pour pouvoir respirer comme une autre, et non pas comme une asthmatique à la respiration bloquée dans le bouche à bouche placentaire avec la chose.


Alice Granger-Guitard