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Note de lecture:


La sagesse dans le sang
de Flannery O'Connor


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A propos de Cherche midi, Catherine CLEMENT
Editions Stock.



Catherine Clément semble avoir retrouvé son midi dans ce livre qui témoigne en fin de compte d'une vie de recherche. De retour dans sa maison d'enfance, pour l'habiter, rue du Cherche Midi, manifestement elle ne fait pas que fermer le cercle. Cherche : mot au cœur de sa vie, qui la fait s'engager (le catholicisme, la philosophie, le communisme) puis se séparer, s'intéresser à autre chose, à un autre métier, aller à l'étranger, loin, puis revenir. Pile quand c'est midi. Quelque chose fait qu'elle n'est pas du genre à chercher midi à quatorze heures. Elle a toujours cherché quelque chose de précis, lié au Cherche Midi, c'est-à-dire à son enfance, à sa famille, à son histoire, et, tout particulièrement, au fait que deux de ses ancêtres, son grand-père maternel George et sa grand-mère maternelle Sipa ne sont jamais revenus du camp de concentration. Or, ne lui fallait-il pas trouver une manière de les faire revenir, d'abord à travers l'étouffement de l'asthme par lequel son frère et elle s'approchaient de l'étouffement dans la chambre à gaz du camp? En Inde, à l'occasion du rituel d'incinération des morts, n'a-t-elle pas assisté à travers d'autres morts à la libération de l'âme de ses grands-parents s'échappant du crâne qui, à un moment donné de la crémation, éclate? Alors, son âme à elle peut aller intimement s'imbriquer à celle de ses grands-parents, et tisser sa préhistoire telle une matrice. Question de nourriture.
Midi, c'est l'heure à laquelle les maçons commencent leurs travaux. Maçon, le grand-père maternel George, un Juif russe émigré en France au début du siècle, mort à Auschwitz avec sa femme, l'était. Midi, l'heure pour travailler, parce que le soleil est au zénith, la force à son maximum, la lumière aussi. Le midi, comme un questionnement sur comment avoir le maximum d'énergie libre pour œuvrer, sur comment libérer cette énergie, sur son origine, sur comment la réunir, la mobiliser et l'utiliser de jour?C'est étrange comment ce livre tourné vers l'enfance, l'histoire familiale, la part de la vie déjà passée, c'est-à-dire ce qui désormais est dans l'ombre, se tend vers la vie, vers la lumière, vers le jour, vers le midi de l'énergie récupérée, infinie.
Midi, cela évoque Josué ordonnant au soleil de se tenir au milieu du ciel toute une journée sur Gabaôn le temps d'y massacrer tous les ennemis. Le midi immobilisé le temps que justice se fasse. Dans le livre de Catherine Clément, dans son Gabaôn sont entrés les dénonciateurs qui ont envoyé ses grands-parents mourir dans le four crématoire d'Auschwitz, les dénonciateurs qui ont failli envoyer en camp de concentration sa mère Rivka et elle-même s'il n'y avait pas eu un Juste allemand pour les sauver. Comme si par ce livre Catherine Clément avait arrêté le soleil au milieu du ciel le temps de régler leur compte à ces dénonciateurs antisémites.
En plein midi, la chaleur la plus grande. Comme brûler en plein midi? Et retrouver George et Sipa? En retrouvant en face la haine antisémite.
Catherine Clément semble dans ce livre être à la recherche de la même chose que le petit Théo de son livre Le voyage de Théo, c'est-à-dire une quête qui ne peut finir qu'avec les retrouvailles du jumeau, c'est-à-dire quelque chose de placentaire, de matriciel (le placenta est parfois appelé le jumeau). Catherine Clément, par ce livre, enterre dans la cave du Cherche Midi (dans laquelle elle se cacha pendant les bombardements) le placenta qui l'a nourrie de la même manière que dans certains pays africains il est enterré dans le jardin, tout près. N'y a-t-il pas dans cette étrange démarche une façon de faire comme son père, catholique mais irrésistiblement attiré par la fiancée juive au point qu'il épousa deux femmes juives, qu'il aima moins une fois marié. Démarche qui fait s'imbriquer deux tissus hétérogènes, la partie matricielle d'origine maternelle (et dans ce livre toute la partie juive de l'histoire, la partie exilée, la partie lointaine) et la partie matricielle d'origine embryonnaire et fœtale, et une fois que c'est fait, par tout un processus symbolique (le mariage pour le père, la vie et les voyages ayant presque un caractère initiatique pour la fille) la séparation, c'est-à-dire la naissance peut avoir lieu, le midi est là parce que la transmission a été possible, et l'intégration des exilés Juifs en France est possible comme la vie après la naissance, comme aussi la guérison de Théo. Comme par hasard, ce livre accorde une grande place à la mort de la mère, Rivka, comme la partie maternelle de la matrice, la partie juive. Travail de deuil, qui n'est pas que celui de la mère, ni même celui de George et Sipa les grands-parents, mais aussi travail du deuil comme séparation originaire après avoir retrouvé les traces vives, les âmes échappées des crânes, qui sont là.

Alice Granger