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Note de lecture:


Belle du Seigneur
de Albert Cohen


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Exigence : Litterature

A propos de Bref séjour chez les vivants, Marie DARRIEUSSECQ
Editions P.O.L.



Dans ce roman, chacun des membres d'une famille donne l'impression, par l'activité cérébrale qui se transcrit dans l'écriture, d'être branché, connecté pour toujours sur l'extérieur, dont l'emprise s'est définitivement imposée à partir d'un événement traumatique, la disparition d'un enfant âgé d'à peu près un an, noyé dans la mer, dont le corps n'a été rejeté sur la plage que trois mois après.
L'attente face à la mer, aux vagues, face à l'univers tout entier, marque tout ce roman, même si l'existence du fantôme de Pierre, l'enfant disparu, n'est dévoilée que peu à peu.
Tous comme totalement identifiés à l'enfant repris par les limbes, par le liquide amniotique, par l'eau, par l'ailleurs se présentant par le bleu et le bruit des vagues, les sons autour, les images, sensation que quelqu'un peut alors facilement se glisser dans leur cerveau, par exemple Anne qui se sent être recrutée par des recruteurs du ciel et qui a elle-même une étonnante facilité à se glisser dans le cerveau des autres, hypersensitive. La culpabilité les a tous saisis, figés vers ce qui a emmené l'enfant. Ils sont tous sidérés par le fait d'avoir laissé faire la chose sans y prêter garde, sans l'avoir vue venir, la vague a saisi le petit garçon, l'avant-naissance l'a repris, et eux aussi, par leur cerveau, sont reconnectés au réseau qui les entoure totalement. Hypersensibilité de chacun d'eux, face à la mer et à tout ce qui la représente désormais partout.
Jeanne, la fille aînée, est partie parcourir le monde à la suite de la séparation de ses parents, s'établissant enfin en Amérique du Sud avec son mari, et, en se noyant finalement dans une rivière au moment où elle est peut-être enceinte, elle rejoint enfin le petit-frère noyé, celui qui l'appelait depuis si longtemps, qu'elle recherchait sans doute dans ses voyages, lui le plus fort, corps repris par le milieu aqueux.
Anne, la deuxième fille, parfaitement hypersensible aux appels de l'ailleurs qui se manifestent à ses sens, se sent recrutée comme le meilleur élément possible, capable d'entrer dans les cerveaux. Son métier est, comme par hasard, de faire de la recherche sur des bébés soumis aux stimulis de différentes langues parmi lesquelles la maternelle.
Eléonore, dite Nore, née après le drame, semble avoir de la difficulté à se séparer de sa mère, est au bord de la mer, elle écoute les vagues elle aussi, entièrement saisie par le drame.
La mère, d'origine basque, s'est séparée de son mari, préférant Momo, un homme défiguré par on ne sait quel accident, marqué dans sa chair par quelque chose dont il ne parle pas, qui a emmené la mère et ses trois filles dans une nouvelle maison, l'ancienne restant abandonnée. Cette mère paraît désormais souvent dormir, déprimée peut-être, absente, elle n'était pas là lorsque son enfant s'est noyé, elle avait laissé faire, son mari aussi.
Le père, d'origine irlandaise, s'en est allé à Gibraltar, s'occuper d'éolienne. Le vent, comme un fantôme, fait tourner les ailes de ces éoliennes.
Le véritable héros de ce roman de Marie Darrieussecq est Pierre, l'enfant noyé, qui fit un Bref séjour chez les vivants, mais les a on dirait à jamais reconnectés à l'avant, à l'ailleurs, leurs sens et leurs cerveaux devenus d'immenses paraboles pour capter ses murmures.


Alice Granger