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Note de lecture:


Les Nourritures affectives
de Boris Cyrulnik



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François Bon"> A propos de Tous les mots sont adultes, François BON
Editions Fayard


Certes, je trouve vraiment formidable que, grâce à un atelier d'écriture, des gens en situation extrême ont pu se mettre à écrire. Méthode pour apprendre à écrire, textes déclencheurs, invitation à../reactions/generalreac9.php?titre=fbon a dormi, la forme d'une ville, les rêves récurrents...). Cela produit de beaux petits textes, révèle peu à peu l'extrême singularité de chacun, son unicité psychique, et cela peut amener certains à une véritable oeuvre. Atelier d'écriture sans lequel la plupart de ceux qui viennent écrire n'aurait sans doute jamais écrit.
Mais je dois dire qu'en même temps que je reconnais comme généreuse et créatrice la démarche de celui qui organise cet atelier d'écriture, ici François Bon, un étrange malaise me saisit. Je ne sais pourquoi. Quelque chose en moi semble s'opposer à ce que l'initiation à l'écriture se fasse de cette manière-là. L'écriture est pour moi quelque chose de si subversif, qui implique dans son déclenchement un intense processus de résistance par rapport à une situation donnée, qui implique un retrait, une solitude, une sorte de désaccord, que j'ai vraiment du mal à concevoir qu'on puisse écrire à la suite d'une invitation extérieure donnant le thème de l'écriture. C'est possible, François Bon en donne la preuve.
Mais n'empêche. Je ne peux m'empêcher de percevoir une immense violence, mais très loin en amont, dans la vie peut-être de ceux qui acceptent avec sans doute beaucoup de reconnaissance l'invitation à écrire. Je ne peux m'empêcher, à tort peut-être, d'être frappée par l'aspect rééducatif de cet atelier d'écriture, loin de la subversion qu'est pour moi l'écriture. Ils me semblent, ceux qui s'initient à l'écriture dans cet atelier, être bizarrement en accord, au contraire. Malheureusement en accord.
En accord avec quoi, au juste ? Et bien par exemple avec le fait que ce monde en rupture, ce monde qui a changé, on n'y peut rien. Violence extrême d'être à jamais assigné à résidence dans ce monde-là, où aller ensemble, s'initiant dans l'atelier d'écriture, dans ce qui n'a jamais été dit.
Intense impression d'une assignation à résidence dans ce monde en rupture, ce monde qui a changé, et seulement à partir de cette violence initiale, on n'y peut rien, inutile de résister, de se révolter, d'imaginer autre chose, non, être d'accord que c'est ce monde-là désormais, écrire dans une sorte de contrat d'équivalence des singularités, une sorte de fraternité littéraire se construisant sous l'égide du grand frère qui dirige l'atelier.
Certes, l'écriture a des déclencheurs. Mais pour moi, ces déclencheurs sont des rencontres qui sont initiatrices parce qu'elles impliquent un processus de transfert, qui peut être même amoureux, à un moment conflictuel de la vie, un moment de résistance et de retrait qui fait remarquer tel et tel personnage, voire écrivain, objet de transfert, qui va permettre une bifurcation, un travail intérieur, une réorganisation psychique dont l'écriture va pouvoir commencer à témoigner. Les conditions d'un atelier d'écriture me semblent si différentes.
D'autres textes de François Bon, Paysage de fer par exemple, ou bien Prison, font surgir à la lecture un étrange malaise. Sans doute François Bon réussit-il, par l'écriture elle-même, à faire entendre quelque chose en amont de très violent. En cela, elle est très intéressante cette écriture. Population de Rmistes, de détenus, de marginaux, de lycéens de banlieues à problèmes, plus des acteurs de ce monde en rupture, enseignants, scientifiques, comédiens.
Impression que, puisqu'ils peuvent produire une oeuvre qui a des chances d'être reconnue dans un contrat d'équivalence des singularités fraternellement affirmées, tous ces gens blessés et marginalisés n'ont plus besoin de se révolter contre une société, un milieu, un destin qui les a laissés pour compte. Ce ne sont plus des gens dangereux par leur subversion, leur anormalité, leur inadaptation, puisque la perspective de l'oeuvre qu'ils pourront produire dans une société qui la reconnaît dans le sillage de l'atelier les calme.
Voilà, j'ai seulement commencé à m'interroger sur les raisons de cet étrange malaise.

Alice Granger