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Alice GRANGER-GUITARD

A propos de Pas un jour, Anne F. GARRETA

Editions Grasset.

Lorsque, pour évoquer ses "penchants", on écrit le mot "homosexualité", on ne dit évidemment rien sur la façon dont Anne F.Garréta se fait entendre sur cela dans ce roman.

Pas un jour sans une femme. Voilà, c'est comme cela. Même si l'auteur délimite une période pendant laquelle elle va se remémorer pour chacun des jours comment une femme est venue susciter son désir, nous entendons "pas un jour de sa vie sans une femme". Nous entendons une étonnante continuité.

La mère de l'auteur. Anne F.Garréta nous dit d'abord qu'elle ne s'encombre pas d'objets, elle ne s'en laisse pas envahir, elle voyage sans cesse, notamment entre l'Europe et les Etats-Unis, on dirait qu'elle surfe, glisse, avec plusieurs comptes en banque dans plusieurs pays, et de carrières en carrières, c'est mouvant, elle est toujours dans les aéroports, elle est voyagée peut-être encore plus qu'elle ne voyage, des congrès, donc cette impression de flotter dans une immense vague entre Ancien et Nouveau Continent. Anne F. Garréta ne s'encombre donc pas, sauf de livres, et sauf aussi…d'objets de famille offerts par sa mère, des verres à cognac en cristal, des tasses en porcelaine. Donc, la mère de l'auteur reste, toujours, par ces objets de famille, que la fille garde. Mère qui fait souvent le voyage outre-Atlantique pour voir sa fille.

La mère. L'Ancien Monde. La source de stimulations, d'excitations, c'est encombré, c'est trop, c'est irrenonçable toute cette origine maternelle, européenne, de stimulations, mais il s'agit d'être maître de leurs représentations, il s'agit qu'ensuite, ce soit moi qui décide de quand cela se représente, se présente à nouveau avec la même intensité émotionnelle, et toujours dans une sensation de continuité, sensation d'être dedans et en même temps de pouvoir décider de qui va me susciter, chaque jour, de l'extérieur. Alors, l'Amérique, le dépaysement, l'espace désert, la sensation donc d'avoir éloigné la source incessante et toute puissante d'excitation, d'être débarrassé de son bon vouloir, maintenant dans ce désert c'est moi qui décide quand ça revient susciter mon désir, et par quelle femme, pas un jour sans une femme, quand je veux, quand j'en remarque une qui tourne en quelque sorte autour de moi, il y en a toujours une.

Voilà. Anne F.Garréta se délectant devant son écran de jeu vidéo. C'est elle qui a la commande. Pas sa mère. Enfin…juste quelques objets éternels… Toi, Anne F. Garréta, "tu te délectais, décapitant, explosant, calcinant adversaire après adversaire dans une quête interminable de l'immortalité virtuelle".

Bien sûr, l'auteur maîtrise aussi très bien l'écriture.

Alice Granger Guitard

11 septembre 2002