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Alice GRANGER-GUITARD

 

A propos de Le Jardin d'Enfance, Louise LACHARON

Editions La Mezzanine, préface de Gilles Perrault.

 

Louise Lacharon nous livre le véritable journal de bord de l'entrée des enfants dans sa vie, que ce soit ses propres enfants ou ses petits-enfants.

Elle a noté, au fur et à mesure. Elle a éternisé ce temps d'enfance. Pourquoi? Pour qui? Pourquoi noter, écrire, et pas simplement vivre ces instants, ces moments sublimes. Les livres sont depuis toujours pour elle la possibilité de quelque chose d'autre.

Eterniser par ces traces quelque chose de paradisiaque mais provisoire, pour elle? Ou bien s'éterniser auprès des enfants et petits-enfants par l'écriture?

La question se pose. Pourquoi noter tout ça?

Bien sûr, il y a l'intérêt linguistique, certain. Les trouvailles des enfants en train d'apprendre la langue, leurs bons mots qui émerveillent la grand-mère.

Le pouvoir de renouvellement des enfants.

Il me semble que pour bien entendre le pourquoi de ce livre, qui s'est écrit au fur et à mesure, par une grand-mère qui a donc eu ce besoin d'un supplément d'éternité par rapport à ce qu'elle vivait, pourtant intensément, avec ses enfants et petits-enfants, il faut arriver à sa fin, à ces nuages noirs se manifestant par des problèmes de santé, des deuils. D'une part l'ombre de la menace de mort, et d'autre part son enfance à elle qui revient. Elle revient enfant, sur la même vague de l'aventure éternisée avec ses enfants et petits-enfants. A travers eux et en notant, elle retrouve, comme Proust avec sa madeleine, son enfance.

Impression qu'une intense sensation de précarité l'a fait saisir plus fortement que pour d'autres femmes l'opportunité miraculeuse constituée par les enfants, pour repousser l'inquiétude. Avec eux, et en notant au jour le jour, comme si ces traces devaient être gravées, comme si c'était vital, l'oxymore "éternité précaire" est moins effrayant. On la sent se laissant totalement envahir par l'enfant, par cet événement-là, même si, par ailleurs, elle est une militante, une femme active. Quelque chose d'autre l'envahit-il immensément, le crépuscule inéluctable, qui rend urgent la totale disponibilité à accueillir l'enfant, à s'en laisser surprendre, oxygéner, renouveler?

Retrouvailles avec elle-même habitante du Jardin d'Enfance? Au crépuscule qui s'est annoncé "nel mezzo del cammin di nostra vita", s'aller chercher parmi eux, les enfants, et s'emmener?

Ce livre agréable à lire, drôle par les trouvailles linguistiques, n'est pas si simple qu'il ne paraît. Le pourquoi de la prise de notes laisse entendre une grande inquiétude quant à la précarité de la vie. Eterniser rime avec perte.

Alice Granger-Guitard

30 Juin 2002