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A propos de Rosie Carpe, Marie NDIAYE
Editions de Minuit.


Laissons les lecteurs découvrir ce magnifique roman de Marie Ndiaye, qui raconte des destins dès le commencement terriblement malmenés par la vie. Des personnages qui arrivent de justesse à vivre, mais souvent à la dérive, dans le risque de mort.
Les personnages principaux de ce roman sont la mère, Mme Carpe, et la fille Rose-Marie Carpe. L'axe du roman est la relation mère-fille, fille-mère. Tant que la fille ne vaut pas de l'or, n'est pas arrivée à être assurée de passer sa vie au soleil (celui représenté par la Guadeloupe dans le livre), ne représente pas le soleil de sa mère dans une relation de symbiose et de clonage, la vie de chaque personnage de ce roman va à la dérive, est absurde, risque la mort, l'avortement, le crime, l'abandon, l'indifférence. De l'axe principal de la relation mère-fille pousse l'axe de la relation mère-fils, comme s'il fallait, pour que cette relation-là réussisse, que la première relation, mère-fille, soit d'or.Mme Carpe espérait un garçon, mais c'est une deuxième Rose-Marie Carpe qu'elle met au monde, qui vaut de l'or celle-là, toujours au soleil du commerce sexuel, qui put se cloner sur sa mère redevenue éternellement jeune en l'attendant, sa mère pouvant ensuite se cloner sur sa fille pour rester immortelle. Pour que le fils Lazare, frère de Rose-Marie Carpe, puisse aller retrouver le magnifique magnolia de son enfance à Brive-la-Gaillarde, pour que sa vie puisse repartir d'un vrai commencement en s'étayant sur un premier amour symbolisé par le magnolia et lié à la mère, pour que cette relation mère-fils puisse enfin jouer comme référence pour les relations à venir, il faut que la mère ait son soleil, sa Rose-Marie Carpe sa fille enfin réussie qui a valeur sexuelle à la Guadeloupe.
La première Rose-Marie Carpe s'est peu à peu fanée, devenant Rosie Carpe. Pourtant, la couleur jaune si omniprésente dans ce roman l'enveloppe littéralement depuis qu'elle est née, comme pour dire la nature du désir de la mère d'avoir une fille. La mère veut une fille qui soit de l'or, alors il y a un temps gestationnel pendant lequel cette fille se voit tout le temps dans du jaune matriciel, et sur la base de cet or qu'elle attend comme elle attend une fille, la mère peut promettre un magnifique magnolia à son fils.
Aussi longtemps que la deuxième Rose-Marie Carpe n'est pas née et pas devenue une jeune fille dont la valeur sexuelle est d'or parce qu'avec elle l'image de la femme prend une valeur première, symbolise enfin le premier amour, celui de l'enfant pour la mère, amour qui va pouvoir étayer tous les autres amours, la relation mère-fils est un danger de mort. La relation mère-fils ne tient pas toute seule. Rosie Carpe espère depuis qu'il est né la mort de son fils Titi, pauvre enfant chétif conçu pendant qu'étaient filmés les ébats sexuels entre sa mère et son père Max un homme marié, film destiné à être vendu. Rosie Carpe est filmée dans la gestation de la valeur sexuelle d'une femme que la deuxième Rose-Marie Carpe va représenter en plein soleil. Et la Guadeloupe est cette île où Lazare, le fils, s'en va pour faire du commerce sexuel. Lagrand, ce Noir qui accueille Rosie venue avec Titi rejoindre son frère Lazare à la Guadeloupe, a été aussi abandonné par sa mère. Cette mère a abandonné son fils pour le sauver de la mort, elle est allée en hôpital psychiatrique pour toujours. Donc, des mères qui abandonnent leurs fils, qui ne peuvent pas faire autrement tant que la relation première, celle mère-fille/fille-mère, ne s'est pas structurée. Et le père ? Mr Carpe, père de Lazare et de la première Rose-Marie Carpe, se vide peu à peu, inéluctablement, de son énergie, et finit par disparaître, par mourir. En somme, la solution ne vient pas du père, mais de la fille, celle que la mère attend d'un autre homme, Foret, qui, lui, a bien compris. La figure du père n'est-elle pas assassinée, en pleine forêt, par Abel, le mauvais garçon copain de Lazare ? Le sang de ce crime fait aussi effet de sang d'accouchement après avoir reconnu quelle était la vraie matrice.
Il est remarquable, dans ce roman, que les deux êtres les plus malmenés par la mère, les plus abandonnés par celle-ci, Lagrand et Titi, sont ceux qui ont le mieux réussi, socialement, leur vie, pas de problèmes pour eux. Et ce sont des figures qui soutiennent: Lagrand soutient Lazare, sauve Titi de la mort, aime Rosie qu'il finira par associer pour toujours à sa vie ; Titi prend en charge sa mère Rosie qui voulait pourtant sa mort, tout en faisant d'elle une intouchable jusqu'à ce que Lagrand la touche parce que lui a compris qu'avec la deuxième Rose-Marie Carpe la première, Rosie, avait fini sa gestation (importance des bruits dans ce roman, comme en milieu matriciel pour le foetus) et pouvait donc sortir de sa bulle placentaire ; Titi a épousé Lisbeth la fille de Foret, jeune femme abandonnée qui fut offerte à Mr Carpe jusqu'à sa mort en remplacement de Mme Carpe qui s'était mise avec Foret. Lagrand et Titi, le Noir et l'être chétif qui avait tout pour ne pas vivre, s'intéressent à ces femmes auxquelles, en apparence, manquent un étayage primaire, mais qui, après-coup, semblent déjà se nourrir d'une chose en train de venir à la lumière, cette jeune fille si vivante qui sort enfin de sa gestation, Rose-Marie Carpe, figure angulaire structurant à travers la destination Guadeloupe tout un tourisme planétaire qui est bien plus qu'un tourisme dans ce roman. En effet, chez Titi il y a une piscine dans laquelle personne, encore, ne se baigne, et qui figure un milieu aqueux matriciel. Rose-Marie Carpe, qui vaut de l'or pour sa mère, n'est-elle pas l'invite pour aller s'y baigner comme pour aller se ressourcer à quelque chose qui ne vaut pas tant pour lui-même que pour servir d'étayage et d'unité de mesure pour toutes les choses à venir ?

Alice Granger