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Note de lecture:


Les Mystères de l'Alphabet
de Marc-Alain Ouaknin


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A propos de Les belles âmes, Lydie SALVAYRE
Editions du Seuil.


Ce roman formidablement bien écrit raconte une nouvelle forme de tourisme pour gens aisés, un Reality tour chez les pauvres, dans les quartiers déshérités de plusieurs villes d'Europe.
Roman qui met très bien à jour les enjeux secrets de l'humanitaire business qui, sur notre planète, se développe tant.
Question naïve: ce tourisme au pays des pauvres a-t-il pour objectif d'améliorer les conditions de vie de ces pauvres? Pas du tout. Ces touristes d'un genre nouveau sont férocement égoïstes jusque dans la compassion émotionnelle qu'ils s'offrent à la vue de ces démunis, animaux qu'ils ne connaissaient pas encore, lors de ces safaris non pas en Afrique mais dans les banlieues de villes d'Europe. Touristes qui veulent en réalité ressentir la peur, la menace pour leurs conforts, qu'incarnent ces démunis. Une juste dose de peur, homéopathique, assimilée à de l'émotion compassionnelle.
Touristes embarqués dans le Reality tour qui inclut, de manière fort habile, les démunis dans leurs intérêts. Vous pouvez le constater, votre misère ne nous laisse pas indifférents, nous sommes là. Notre intérêt pour vous vaut bien un retour d'ascenseur, une maîtrise de la violence à notre égard que votre misère pourrait susciter. Jason incarne justement le banlieusard qui ne rêve que d'argent facile, dont la violence sourde à l'égard des riches est toujours sur le point d'exploser, qui se montre pas dupe de ces touristes qui leur veulent du bien, mais qui est, à la fin du roman, parfaitement maîtrisé. Jason représente la juste dose de violence que notre société a besoin d'intégrer en son sein pour pouvoir perdurer pour le confort des nantis représentés par ces touristes qui ont arrangé leur vie ( d'écrivain, d'homme d'affaire, de couple, etc…) une fois pour toutes. Jason, il n'a qu'à faire comme eux, se débrouiller par ses petites affaires illégales de banlieues pauvres pour avoir de l'argent et être comme eux, comme ils viennent à domicile leur montrer qu'ils sont. Tant que Jason sera envieux d'eux au point de se débrouiller avec ses petites affaires, il ne sera pas vraiment une menace, sa marginalité est d'autant mieux admise par la société dont ces touristes sont un échantillon qu'elle est produite par elle, c'est une violence parfaitement circonscrite. Les touristes, qui ont eu leur juste dose de misère peuvent rentrer tranquilles chez eux.
Le cas d'Olympe est à part dans ce roman. Parce qu'il n'intéresse personne, sauf Lydie Salvayre, et moi-même bien sûr. A la différence de Jason, dont la violence est fonctionnelle à notre société. Même Jason ne s'intéresse pas à elle, sauf lorsque, bien docilement, elle satisfait par des pipes sa sexualité fruste et infantile. De tout point de vue, Olympe reste vierge, non déflorée. Pour tout le monde une pauvre fille, une pauvre conne qui bosse dans un pressing pour un salaire de misère sans se révolter, pauvre de mots justement parce qu'elle ne se situe pas dans le registre de l'envie identificatrice et source de violence parfaitement circonscrite par rapport aux gens aisés. Jason, lui, il n'a pas de problème de langage, il trouve des mots ne serait-ce que pour dire sa violence, faire miroiter la menace, etc…Olympe, non. Quelque chose en elle ne joue pas le jeu. Elle est à côté, personne ne la voit vraiment, sauf, un petit peu, l'accompagnateur, ancien séminariste faisant preuve à son égard d'altruisme amoureux. Olympe, jusque dans sa façon de s'habiller dans ce magasin de fringues à la mode que sa banlieue lui propose, s'avère tournée vers ce qui se présente. Par exemple, juste de voir ces femmes chics du Reality tour, elle a un doute quant à sa propre élégance. Soumise, l'air de rien, par l'apparition de l'autre, à une incessante remise en question. Olympe a le goût des autres, mais personne ne s'en aperçoit. Sa pauvreté de mots ne peut rien contre l'aisance de langage des gens aisés. Sa faim est d'un autre ordre. Mais elle est méprisée parce qu'elle n'a pas le langage de l'envie d'avoir la même vie qu'eux, eux, eux. Eux, justement, ils viennent vérifier cette envie, pour que leur confort soit une valeur sûre même chez les pauvres. Ils ne sont pas venus pour écouter Olympe. Ecouter son silence, justement. Sa faim de chaque autre, dont par exemple sa langue pourrait se nourrir.
Olympe, c'est un espoir d'autre chose dans ce roman. Mine de rien.

Alice Granger