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Note de lecture:


Correspondance
de Henri Ramond Calet Guérin



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A propos de Pour le pire, Karine TUIL
Editions Plon.


Dans son premier roman, Karine Tuil réussit très bien à écrire l'altération irréductible de la mère juive, à travers l'histoire du mariage d'un homme juif avec une femme non juive (ce qui est déjà une coupure, une séparation, l'indice d'un processus de décollement), mariage qui décline en haine, en adultère, et en mort. Au début du mariage, Lucile est pour son mari une super mère juive, l'épouse renouvelle et embellit la figure maternelle mais ne la supplante pas malgré l'éloignement.
L'épouse, au cours des années, semble inéluctablement s'enlaidir, perdre ses attraits de femme, parce que s'avance lentement mais sûrement sur elle l'ombre de la famille juive que le couple ne fréquente plus depuis leur mariage, et surtout l'ombre de la mère juive. Mais, à travers le processus de rejet que le mari engage contre sa femme, processus qui commence par la haine puis aboutit au projet d'un crime parfait, la tuer par le pouvoir des mots, ne s'agit-il pas d'une sorte de lecture de ce que ce mariage signifiait pour lui, c'est-à-dire s'éloigner de la famille juive, d'en guérir, d'être le médecin radical de cet étouffement originaire (il est aussi médecin dans la réalité). Processus de rejet. Mourir à cet état-là.
En tout cas, tout s'altère, tout pourrit, dans la vie de cet homme juif et médecin, pour lequel la mort, celle de sa femme et la sienne, semble être parole de vérité sur cet originaire juif, semble être aussi paradoxal moyen d'en guérir en en finissant. Tout s'altère, sa femme qu'il ne supporte plus et qui avait une vie double sans qu'il ne s'en aperçoive, sa carrière de médecin qui s'interrompt après une grave erreur médicale, Nina la jeune Polonaise s'occupant de sa fille et qui était devenue pendant quelques mois le seul rayon de soleil de sa vie régressive et qui s'en va un beau jour, sa mère dont le caractère possessif s'avère de plus en plus mortel pour ce fils qu'elle a récupéré et qu'elle isole totalement comme s'il était revenu dans sa matrice, sa fille qui lui est enlevée à jamais alors qu'il s'était vraiment attaché à cette enfant non désirée que lui avait laissé sa femme presque ménopausée et morte en la mettant au monde.
Tout s'en va. Le pire. " Pour le pire " est beaucoup plus que l'usure d'une vie conjugale, et son envers dans l'adultère. Il s'agit de quelque chose de plus originaire, pour le narrateur.
Reste la petite fille. Qui n'est pas juive, puisque sa mère ne l'était pas. Taly, c'est son prénom. Qui signifie " la rosée ". C'est dans cette suite, incarnée par la petite fille, la rosée, que le narrateur est père. Au sein de la famille juive qui va prendre soin d'elle, elle est un élément autre, étranger.

Alice Granger