Bienvenue dans Adobe GoLive 6
Redécouvrez cette
Note de lecture:


Rouaud-Jeannet, Aller-Retour
de - Penvins


Accueil du site > zaouiamin

.

Bookmark and Share
©e-litterature.net
Exigence : Litterature

A propos de Haras de femmes, Amin ZAOUI
Editions Le Serpent à plumes.


Dans ce roman, comme dans cet autre roman, « La soumission », la vie, en particulier celle des hommes, reste comme éternellement soumise aux femmes. En apparence, les femmes de ce roman sont les éternelles soumises des hommes, des êtres inférieurs proies du désir sexuel, êtres qui tirent vers l'enfer, et d'où s'éloigner en allant vers le désert qui représente le manque, ce manque qui attise encore le désir jusqu'à créer la secte du vagin.

D'une part, naître fille c'est une malédiction, et la petite Hager en sait quelque chose.

D'autre part, chaque homme du roman, du grand-père au père et à l'oncle, s'applique à fixer chaque femme de la tribu, dont la mère Balkiss est la représentatrice infernale séduisant à la fois le grand-père et le père, comme la source du sexuel jamais dépourvu de mal, d'enfer. C'est l'oncle qui va initier la jeune Hager adolescente, pour qu'elle aussi entre dans le haras de femmes, elle-même d'abord proie du sexuel pour mieux attirer les hommes.

Le désert : le froid et le chaud. Le manque et le désir attisé. Sa vaginalisation. Les femmes entre elles, et les hommes dans le désert. Lesbiennes. Ou masturbation. Amin Zaoui présente dans son roman des femmes si bien initiées qu'elles sont la proie du désir, et les hommes n'ont pas autre chose à faire qu'à être attirés par leur géhenne.

Amin Zaoui voit les femmes occidentales, venant faire du tourisme dans le désert ou bien tourner un film, des Allemandes, des Américaines, de la même manière. Comme les femmes de la tribu et celle de la secte du vagin, elles sont follement attirées par le sexe des hommes du désert,  ne semblent venir que pour ça. C'est drôle comme il saisit l'irruption de l'Occident dans son désert et dans le monde musulman par le biais du comportement de femmes occidentales qui cherchent le sexe auprès d'eux à travers le prétexte touristique ou de tournage de film. Alors, tel homme de la tribu aime les vieilles femmes occidentales, surtout celles avec dentier. Bref, les hommes du roman d'Amin Zaoui sont pourvus d'une puissance sexuelle que leurs femmes espèrent, dans leur tribu, en gémissant, et que les femmes occidentales viennent chercher jusque dans le désert.

Je ne suis pas sûre que ce roman soit la « métaphore d'un déchirement entre le passé traditionnel aimé et la modernité dévastatrice, que symbolise la femme, victime expiatoire dans le monde arabo-musulman », comme il est écrit sur la quatrième de couverture. Ce qui me semble mis en relief, c'est la volonté d'affirmer cette puissance sexuelle des hommes, dont à la fois les femmes de la tribu et les femmes occidentales brûlent au creux de leur corps, toutes dévorées de ça. Tout dans ce roman vise à prouver la suprématie sexuelle des hommes du désert, confirmée par les femmes venues d'ailleurs. Donc, formidable fantasme. Impossible de ne pas rappeler avec quel soin, dans le roman « La soumission », la mère chouchoutait le sexe de son fils, l'enveloppait dans un linge. Difficile de ne pas se croire pourvu d'un fabuleux phallus, ensuite...

Tout cela écrit d'une façon fort belle, très poétique.


Alice Granger-Guitard
03 janvier 2002