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de Giancarlo Calciolari


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Louis-René des Forêts, Le Bavard, Gallimard, coll.  " L'Imaginaire ", (première publication 1946), 1973.

 

" Le Bavard est un récit ensorcelant, écrivit Blanchot, pourtant sans magie " (" La parole vaine ", L'Amitié, p. 137). Le Bavard (le narrateur-héros) nous tient en haleine de ce manque de magie, de ce plus qui manque et qu'on attend à chaque page tournée.

Disons que c'est un homme qui prend la parole ou plutôt la plume, et qui commence à... écrire ? non, à parler. Le " bavard " étymologiquement est " celui qui bave ", renvoyant au babillement des bébés. Cet homme, identifié aussitôt comme le Bavard éponyme, parle comme un séducteur de bistrot, comme un marin au port, c'est-à-dire un peu apitoyant, un peu romantique, un peu puéril. Ce narrateur, qui se met en scène dans un bar maritime, est ce Bavard, ce séducteur de bistrot, cabotin qui dévoile ses tours de passe-passe à chaque séduction acquise. Ce narrateur, qui désigne communément celui qui écrit, et qui dans le récit n'est pas l'auteur, des Forêts en fait un littérateur. Ce littérateur est de manière ostentatoire mis en scène tel un Sganarelle-Don Juan, mal à l'aise dans un habit qui ne lui va pas.

Le langage est alors lui-même mis en scène tel un habit engonçant. Reprenant littéralement des citations de Kleist(L'élaboration de la pensée par le discours), des Forêts se place sous l'égide scientifique d'une étude, plus que d'une littérature d'agrément. L'engoncement se joue alors dans le réinvestissement d'une asphyxiante culture littéraire mise à mal. Le Bavard connaît tous les tours et détours littéraires, ceux des romans, ceux des schémas narratifs, et il n'en veut pas, faisant chuter la littérature littéraire comme chute son héros dans la neige. Le Bavard se fait plaisir en solitaire ; le littérateur travaille sa matière, et le lecteur continue à lire, car peut-être se dit-il qu'en fin de compte, le Bavard à quelque chose à dévoiler.

 

 

Amélie Averlan
11/2002