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Note de lecture:


L'amour de soi et ses avatars
de Julia Kristeva



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Jean Rouaud

La désincarnation, Gallimard 2001 et Sur la scène comme au ciel, Minuit 1999
Jean ROUAUD


Il y a un piège avec Jean Rouaud quand il parle du réel ou du réalisme, même si dans son dernier ouvrage - La désincarnation - il fait appel à Flaubert, à Stendhal (et à Zola) même s'il tourne sans cesse autour de la question de la réalité, il le fait toujours en opposition à une littérature de l'intertexualité. Le réalisme dont parle Jean Rouaud c'est la nécessité du réel comme référentiel. Parti sur une hypothèse sans doute réaliste, le récit de la vie d'une famille de Loire Inférieure, il en est arrivé à avouer l'autobiographie et en même temps que les noms sont redevenus ceux de l'état civil - Burgaud redevenant Brégeau - et de la géographie - Random redevenant Campbon - l'illusion du réel a disparu pour laisser place à l'écriture d'un vécu ou plutôt au vécu d'une écriture.

Ce qui ne l'empêche pas constamment d'insister sur la nécessité d'une incarnation non pas exclusive parce que les choses se passent autant sur la scène qu'au ciel mais nécessaire et de livrer bataille contre le lyrisme pur - la langue des Chevaliers - derrière laquelle on entendra peut-être ce latin de cuisine que notre auteur reproche à la littérature des années soixante et à ses théoriciens - cette langue satisfaite d'elle-même.

Mais il y a aussi un piège à penser que Jean Rouaud par l'autobiographie a totalement échappé au réalisme, lorsqu'il parle de métalangage comme d'un hermétisme, c'est son droit le plus strict de même que lorsqu'il se réfère à Cézanne face à la Montagne Sainte Victoire pour plaider pro domo le droit de se servir de la réalité pour y capter un reflet de lui-même mais c'est sans doute oublier le caractère particulier de la langue et son rôle fondateur dans la perception que nous avons du monde. Nous pensons à travers elle, nos concepts mais aussi nos images mentales sont tributaires de ses classifications (un arc en ciel n'est une suite de sept couleurs que parce que nous le découpons ainsi et le Yellow Submarine devient en français Sous-marin Vert non par mauvaise traduction mais par différence d'appréciation du jaune entre les deux langues). Le réel existe bien sûr mais notre réalité à nous êtres humains c'est celle de la langue, à l'oublier et à se placer du côté du bon sens à s'imaginer avec Flaubert que l'on peut décrire le réel avec minutie, on court le risque de l'objectivité dont nous savons bien qu'elle n'est qu'un mensonge.

Pour Jean Rouaud la question de la littérature serait du même ordre que celle de la double nature divine, comme s'il y avait le réel et une façon enjôlée de le raconter, la terre et le ciel, le lyrisme et le réalisme, la nature divine et la nature humaine. Mais il ne s'agit pas de cela, il y a une réalité que nous ne pouvons appréhender dans sa totalité et notre perception de celle-ci que l'on ne peut qualifier que de subjective. Contrairement à ce que certains pensent de Jean Rouaud et peut-être à ce qu'il pense lui-même il ne fait pas oeuvre d'historien. Il ne tient pas à décrire le passé, à en donner une relation la plus complète qui soit non seulement il avance ses données, de mémoire, en se trompant si bien que sa mère devait le reprendre, mais il en joue, il maquille la réalité pour ne pas lui faire de peine.

D'ailleurs s'agit-il même d'autobiographie. Parle-t-il de ce qu'il a été ou ne tente-t-il pas plutôt de redonner au père la place qu'il lui a volé ? Parce que tout est là tellement là non seulement le regard de la mère qui empêche de tout dire, mais ce Joseph de père mort après avoir rappelé à son fils qu'il était l'Evangéliste de sorte que Jean n'aura de repos que lorsqu'il aura témoigné de ce Christ Résistant. Ce qui le tracasse lui, le Fils c'est que ses parents soient séparés l'un de l'autre et ce qui le soulagera ce sera de les savoir enfin réunis dans l'au-delà. De ce jour, il le dit lui-même, lui, qui ne manquait pas une occasion de visiter le cimetière où reposait son père les laissera enfin en paix. Sur la scène comme au ciel dit la douleur qu'il y a eu pour la mère à se séparer des siens mais peut-être aussi le soulagement qu'il y a eu pour le fils à se séparer de sa mère jusqu'à souhaiter - pour son bien - qu'elle ne souffre pas plus longtemps. Comme quoi le référentiel c'est l'auteur et non un monde réel qui sera toujours hors de portée littéraire.

Penvins
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