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A propos de Stupeur et tremblement

A propos de Stupeur et tremblements
d'Amélie Nothomb
Albin Michel , 1999

Ce que décrit Amélie Nothomb de l'entreprise japonaise, on le savait, ce code de l'honneur on le connaissait, que peut donc apporter ce roman? L'humour? De ce coté-là ce n'est pas trop mal réussi, encore que Métaphysique des tubes me paraisse plus intéressant même de ce point de vue, sans doute parce que l'autobiographie y est moins superficielle, le trait est tellement chargé dans Stupeur et tremblements que l'on n'y voit qu'une caricature et que l'on a vraiment du mal à y croire.

Non seulement ce livre ne m'apporte absolument rien, mais il me paraît faire la démonstration même de ce que la littérature n'est pas. Pire ce roman est profondément ethnocentriste, presque raciste. Bien entendu A Nothomb suggère que les japonais sont prisonniers de leur culture, mais rien que cela c'est faire preuve d'une sacré dose de mépris de l'autre. On me dira qu'A. Nothomb a vécu au Japon et que l'on ne peut pas lui faire le reproche de ne pas s'être plongée dans la culture qu'elle décrit. Peut-être. Mais il n'y a dans ce roman aucune analyse de la culture japonaise, une culture cela vient de loin, cela suppose une analyse du monde qui a sa logique parfois obsolète mais pourquoi plus la culture japonaise que la culture belge, plus la culture extrême-orientale que la culture occidentale. Est-ce que ce n'est pas justement pour se défendre de la culture occidentale que la culture japonaise s'est un moment figée… Est-ce que la solidarité orientale ne conduit pas à un type de société dont nous devrions parfois nous inspirer. Le courage du peuple japonais a été souvent vanté, le lecteur d'A. Nothomb ne se posera pas la moindre question sur les raisons et la logique de cette structure, sur les religions qui la sous-tendent, les seuls personnages qui lui paraîtront sympathiques sont ceux qui font preuve d'un sens de l'individu bien occidental, autrement dit A. Nothomb conforte le lecteur dans ses certitudes!

On va me dire que je suis bien gonflé de m'attaquer au racisme de Stupeur et tremblements et par ailleurs de défendre Céline. Que ce soit clair je défends la lecture de Céline, pas l'homme lui-même que je m'interdis simplement de juger, ni ses agissements dont je condamne sans appel tous ceux qui ont un caractère raciste. Le racisme de Céline n'est pas plus acceptable que celui de Nothomb, il est évidemment bien pire dans ses conséquences, ce qui n'empêche pas l'œuvre de Céline d'être importante, celle de Nothomb de l'être beaucoup moins et ce roman là d'être tout à fait négligeable. Pourquoi ? Sans doute parce que le racisme de Céline est construit, celui de Nothomb ne l'est pas. Celui de Céline répond à un besoin, une motivation profonde – dont on ne dira jamais assez à quel point elle est mauvaise conseillère – celle de Nothomb se contente de suivre l'ethnocentrisme le plus banal. A court terme le racisme de Céline était extrêmement néfaste, à long terme son expression récurrente oblige à se poser des questions sur le mal lui-même et les conditions de son émergence, chez Céline, chez ses contemporains, chez nos contemporains… A l'inverse, l'ethnocentrisme de Nothomb si l'on n'y prend garde nous conforte dans notre bêtise, quelle différence!

 

Penvins
e-litterature.net©

03/03/2003

On lira à la suite de cet article l'édito consacré à l'exigence littéraire.