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A propos de La Malemort, Suzanne BERNARD
Editions Stock,
au "Grand Livre du Mois."

Je ne voudrais pas revenir sur le style et la langue de ce nouveau et très beau roman de Suzanne Bernard, qui sont peut-être encore plus travaillés que dans les deux premiers romans de sa trilogie du Moyen-Age, "La Malevie" et "La Grande Errance".
Je voudrais, par contre, essayer d'analyser cette étrange et paradoxale impression de légèreté qui s'est peu à peu imposée à moi au fil de la lecture. Comment l'histoire horrible de la Peste Noire, ravageant le sud de la France, pouvait-elle susciter cette impression de légèreté, de délivrance?
J'ai pensé: la Malemort, c'est la mort mise à mal. Comme la fin d'un cauchemar, le réveil. Comme l'abandon d'une fantaisie sexuelle exténuante, à la fin de l'éternité. De même que la Malevie était la vie mise à mal par la jouissance éternisée aussi bien en débauche qu'en chasteté.
Aussi, le moment-clef de ce roman se situe-t-il à la page 218, lorsque la Peste, la Femme boiteuse, est vaincue. "Au matin du troisième jour, la Peste abaissa la main. Son voile se rabattit sur sa figure.
Elle se détourna et se dissipa dans l'air comme une vapeur.
Le quatrième jour, vers cinq heure du soir, Ange reprit conscience.
Sauvé.
Il appartenait désormais au petit groupe élu des ressuscités de la Peste, ceux qui avaient traversé les Murs de Séparation, aboli les Frontières des Mondes, touché la Rive dernière."
Contrairement à ce qu'écrit Suzanne Bernard, ce n'est pas la Malemort qui est le personnage principal de ce roman, mais c'est la vie, qui fait que, par-delà des scènes horribles, l'éternité de jouissance se défait, se dénoue, en montrant son vrai visage, celui des cadavres, de la décomposition. En ce sens, ce roman n'oscille plus entre débauche sexuelle et pureté, comme dans les deux autres romans de la trilogie. Mais, en montrant que pureté et débauche sont les deux faces de la même chose, également frappées par la Peste Noire, qui n'épargne ni l'Ermitage ni le couvent, ce roman annonce une issue, une troisième voie.
Plus que Marion la maquerelle, qui meurt de peste après son jeune amant Yvain, justement parmi les moines, dans la montagne, plus que les prostituées rescapées qui vont chercher à rejoindre Rémi le Borgne pour lui remettre les dernières volontés de Marion, c'est Ange de la Vicissitude qui déroule le fil conducteur du roman.
Ange de la Vicissitude: très beau nom !
Qu'est-ce que la Vicissitude de ce moine? On pourrait dire: la jouissance, celle qu'il expérimente dans la pureté, sur les rives du Bien toujours si proches de celles du Mal. Vicissitude qui se précise avec la Peste Noire. Il y a quelque chose de la Peste dans la pureté comme dans la débauche. Si Ange repousse la Femme, n'est-ce pas la Peste qu'il repousse en fait, la Mort? L'éternité en jouissance que cet Idéal propose est mortelle, répétitive. Mais le moine s'éloigne de tout cela. Nous sentons déjà la victoire d'Ange sur la Vicissitude bien-aimée bien avant qu'il guérisse de la peste. Nous la sentons déjà lorsqu'il décide de quitter l'Ermitage, de ne plus être moine. De la suite de son aventure, nous ne savons rien, sauf que ce sera autre chose. Ouverture.
Tout se dénoue dans ce livre. Le Bordel de la Forêt n'existe plus. L'Ermitage se désagrège après le départ d'Ange. Les riches Seigneurs affamés de débauche meurent de la peste. Les prostituées rescapées disparaissent dans la nature.
Ange se dirige vers autre chose. La Peste, ou bien la Femme, semble bonne perdante et s'incliner devant quelque chose qui lui a enlevé cet idéal qui faisait qu'elle tenait les rennes de cet amour en courtoisie.

Comme toujours, il faut donc souligner l'impeccable logique qui construit ce roman.

Alice Granger