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L’inconsolable, Anne Godard

dimanche 11 mars 2007, par Florent Cosandey
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L'inconsolable, Anne Godard

L’inconsolable, Anne Godard

 

Dans son premier roman, Anne Godard évoque de façon bouleversante l’impossibilité, pour une mère, de faire le deuil d’un de ses enfants. Sans jamais tomber dans un sentimentalisme de mauvais alois, la jeune auteure décrit le poignant et isolant statut résultant de la perte de l’être cher. Ce livre, véritable saillie d’acrimonie, émeut par son intensité et sa justesse. Le style d’Anne Godard – qui n’est pas sans rappeler celui de Régis Jauffret – hypnotise par l’utilisation d’un «tu» narratif asséné comme des coups de scalpel. Les zones les plus intimes de la personnalité de la mère sont explorées dans les moindres détails, jusqu’à la nausée. Le vase clos de l’univers maternel, réduit à la seule dimension du souvenir de l’être absent, étouffe le lecteur, à la manière du boa constrictor. On est souvent bousculé, choqué. Notamment lorsque la mère s’avoue cyniquement préférer son fils mort plutôt que vivant: «Tu as aimé sa mort tout de suite, tu t’y es sentie bien, comme si c’était enfin ta place, enfin le rôle qui t’attendait. Tu as aimé sa mort, qui te le donnait tout entier, plus que tu n’aurais pu aimer sa vie.»

 

Derrière l’indicible douleur, le lecteur découvre une femme en perdition, qui refuse toute aide, toute guérison, et qui ressasse son deuil jusqu’à articuler chaque pensée, chaque geste, autour de lui. Depuis le suicide de son fils aîné, la mater dolorosa se complaît dans le souvenir d’un temps qu’elle idéalise obstinément, alors que sa famille était déchirée par la violence sourde des non-dits. La mère transforme la chambre de l’enfant disparu en sanctuaire de la mémoire égotiste. C’est là qu’elle l’a trouvé mort, à son piano, les veines ouvertes, gisant dans un sang dont il avait voulu se débarrasser comme d’un lien familial trop lourd à porter.

 

Le récit commence par l’attente insoutenable de la mère, qui exige des signes de compassion de la part de ses proches le jour du vingtième  anniversaire de la mort du fils chéri: «Assise sur ton lit, le téléphone posé à proximité, tu es en attente sans te l’avouer. Cet après-midi, tu es allée jusqu’au portail pour vérifier dans la boîte à lettres attachée à la grille, tu n’avais pas de lettre et demain ce sera trop tard. Ont-ils tous oublié? Ce soir, tu attends que quelqu’un téléphone pour te dire qu’il se souvient, qu’il pense à toi. Personne n’appellera, tu sais bien que c’est impossible, tu sais qu’ils jugent malsaine ton obsession des dates, ta fidélité calendaire, mais tu attends quand même, tu ne fais rien d’autre qu’écouter le silence de l’appareil posé à côté de toi, anticipant sans y croire le moment où sa sonnerie te fera sursauter.»  La femme éplorée attend que le monde entier reconnaisse sa souffrance. Mais voilà: elle est désormais seule à commémorer le funèbre événement. Les fidèles ont fini par se lasser de ce culte insensé. «Tu as la nostalgie de ces périodes anciennes où tu étais mieux célébrée dans le souvenir de ta perte. Car c’est une perte dont tout le monde admet qu’une mère ne puisse jamais se consoler.» Ses autres enfants ont quitté le cocon familial, le mari s’est lâchement débiné et les amis ne donnent plus guère signe de vie… Le mère voue désormais une effroyable haine à l’égard de tout ce qui n’est pas la mort de son enfant: «Ton fils s’est tué sans un mot, toi, tu te vengeras du silence du mort, par les mots que tu laisseras aux vivants.»

 

La génitrice s’enlise jusqu’à la lie dans un monologue à la deuxième personne du singulier, avec comme seules compagnies la présence obsédante de l’être absent, une culpabilité destructrice et une maladie dégénérative qui entraînera sa mort. Devenue folle, elle dépérit dans un univers où tout lui est désormais étranger: «Tu n’aurais jamais cru que tu survivrais, mais tu vis pourtant, tu continues, de date en date, et depuis si longtemps. Tu vis contre son absence, contre la vie qui l’a permise, contre les autres, parce qu’ils oublient, et contre toi, qui ne peux rien effacer. Malgré toi, tu restes en attente d’autre chose, mais quoi?»

 

Florent Cosandey, 4 mars 2007

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