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L’éternel mari

samedi 22 septembre 2007, par Daniel Gerardin
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Dostoïevski naquit en 1821 à Moscou à l’hôpital où son père était médecin. Il eut une enfance maladive et une jeunesse difficile. Nommé ingénieur militaire en 1840, il démissionna en 1844 pour se consacrer à la littérature.

Il publia avec succès un court roman « Les Pauvres gens », mais, impliqué dans une conspiration, il fut déporté politique durant quatre ans en Sibérie.

Gracié par Alexandre II, il revint à Saint-Pétersbourg dans un état de santé délabré et des crises d’épilepsie, expliquant son besoin de solitude et son caractère sombre. Il épousa en 1861 une veuve Mme Issaïew, dépensière et joueuse.

Il publia son récit de captivité « Souvenirs de la maison des morts » , puis son chef d’œuvre : « Crime et châtiment », au succès considérable.

Son épouse décédée, il se remaria avec sa jeune secrétaire, femme intelligente et collaboratrice de son œuvre, même après sa mort.

Il voyagea durant plusieurs année en Europe, et publia d’autres grands romans : « Les Possédés », « Les Frères Karamazov », et « L’Idiot ».

De retour en Russie et accueilli avec enthousiasme, il y mourut en janvier 1881.




« A son avis, l’essence de ces maris consistait en ceci qu’ils devaient être, pour ainsi dire, des « éternels maris » ou, pour mieux dire, qu’ils devaient être dans la vie uniquement des maris, et rien d’autre.

Un homme de ce genre-là naît et grandit seulement pour se marier, et, une fois marié, pour se transformer en un complément de sa femme, même dans le cas où il pourrait avoir son propre caractère à lui, indiscutable.

Le principal signe distinctif de ce genre de maris, c’est l’ornement qu’on sait. Il ne peut pas être cocu, exactement comme le soleil ne peut pas ne pas briller; et non seulement il n’est jamais en état de le savoir, mais, même, il n’est jamais en état de l’apprendre, d’après les lois de sa propre nature ».


*****

« L’Eternel mari » ( Actes Sud 1997 ) a été écrit en 1870. Le roman, une comédie aux accents tragiques, est bâti sur les relations ambiguës d’amour et de haine entre deux personnages. L’intrigue est la suivante : Veltchaninov, homme oisif et hypocondriaque, éconduit par sa maîtresse qui a pris un nouvel amant, est revenu vivre à Saint-Pétersbourg; il y rencontre fortuitement quelques années plus tard, Pavel Pavlowitch, le mari de cette maîtresse; celle-ci par dérision appelait toujours son époux « l’éternel mari ».


Pavlowitch, devenu veuf et alcoolique, vit avec sa fille Lisa, malade comme sa mère de la tuberculose; il tourmente Lisa car il se doute quelle n’est pas sa fille. A la suite de diverses entrevues et de dialogues complexes et pleins de sous-entendus entre les deux hommes, Veltchaninov comprend avec bonheur qu’il est le père de Lisa :


« L'amour de Lisa, rêvait-il, aurait purifié et racheté ma vie passée inutile et vile, et moi, oisif, fatigué, j'aurai choyé, j'aurai élevé un être pur et beau, au nom duquel tout m'aurait été pardonné, au nom duquel, je me serai pardonné moi-même ».


Veltchaninov veut sauver Lisa; Pavlowitch accepte qu’elle vive à la campagne chez des amis et il fait mine de vouer une amitié sans borne à son bienfaiteur. Mais cette amitié est confuse (« Il m’aimait par haine, cet amour-là est le plus puissant » ) et le doute est entretenu de savoir si « l’éternel mari » connaît ou non la vérité sur la paternité de Lisa.


Le désir de vengeance est latent dans les propos et gestes de l’alcoolique:


« Pavlovitch forma des cornes avec deux doigts au-dessus de son front chauve et, doucement, longuement, il émit un petit rire. Il demeura ainsi, avec ses cornes, avec son petit rire, pendant bien trente seconde, fixant Veltchaninov droit dans les yeux, plein comme une sorte d’ivresse de la plus sarcastique des insolences »


Dostoïevski, dans une suite de dialogues parfois touffus du fait du verbiage et des détours de paroles de l’alcoolique, et pleins de sous-entendus parfois drôles mais avec un accent tragique car la vie d’un enfant en est l’enjeu, crée avec force ce jeu pervers d’oppositions et d’attractions qui vont sceller le destin inextricable des deux personnages.


L’intérêt principal du roman réside dans cette mise en scène de la relation entre les deux hommes, qui se ressemblent par certains côtés (comme les faces d’une même pièce de monnaie), qui se comprennent et finissent même par s’embrasser, tout en se haïssant...





Le style de Dostoïevski caractérise bien la psychologie ambiguë des personnages; c’est un style réaliste basé sur la parole (l’auteur admirait Gogol) :


«  La phrase trébuche, hésite, se précipite ou sinue; c’est une parole qui cherche à travers les balbutiements et les bégaiements… Elle va de la confusion à l’action brutale, presque désespérée… Parce qu’elle échappe à la stabilité des idées claires et des sentiments nets, cette prose se contredit, nie ce qu’elle vient d’affirmer, ricane, insulte, provoque » ( Michel del Castillo « Mon frère l’Idiot » Fayard 95).


Le roman, bien structuré en 17 chapitres, se révèle intéressant par la maîtrise de l’intrigue et la description fouillée des rapports complexes des deux protagonistes


*****

Veltchaninov, à deux reprises, craint pour sa vie; il analyse ainsi le comportement de son ami »:

« Dieu sait, Dieu sait comment ça va finir…Est-ce vraiment la vérité tout ce que ce fou m’a raconté sur son amour pour moi, quand son menton s’est mis à trembler et qu’il se frappait la poitrine à coup de poing ?…

Oui, c’est par haine qu’il m’aimait et c’est cet amour là qui est le plus fort… Il est venu ici pour « m’étreindre et pleurer », comme il l’a dit lui-même, expression des plus ignobles, c’est –à-dire qu’il venait pour m’égorger et lui, il pensait qu’il venait pour « m’étreindre et pleurer »…

Faire le pitre, il aimait ça. Hou, qu’il a été content quand il m’a obligé à l’embrasser ! Seulement il ne savait pas, à ce moment là, par quoi il finirait : s’il me prendrait dans ses bras, ou s’il m’égorgerait…».

*****

Dostoïevski n’a cessé d’explorer la part abjecte de l’homme; la plupart de ses personnages n’appartiennent pas à l’humanité ordinaire et montrent un mélange de tendresse et de perversité.

Il écrit dans « l’éternel mari » : « Le monstre le plus monstrueux, c’est le monstre aux sentiments nobles : je le sais par expérience; la nature n’aime pas les monstres et elle les démolit avec ses « réponses naturelles » ».

Mais même devenu criminel, l’homme reste un homme : « les criminels comprennent à peine pourquoi ils tuent, ni par quels chemins ils en sont arrivés là ».

*****

La fin du roman rejoint le début : Pavlowitch réapparaîtra lors d’une rencontre dans une gare; il a changé, est devenu sobre et s’est remarié avec une charmante jeune femme; Veltchaninov pense qu’elle fera une maîtresse agréable et accepte l’invitation du couple…

Dans « L’éternel mari », Dostoïevski montre sa maîtrise du dialogue où apparaissent la vérité profonde des personnages, et aussi des réflexions fortes sur la vie; il excelle également dans les scènes narratives dont ce roman comporte de beaux exemples; il mélange avec bonheur tous les registres : tragique, comique, tendresse et cruauté, farce ou méditation. D.G.



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