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Le bûcher des innocents, Laurence Lacour

mercredi 9 janvier 2008, par Florent Cosandey
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©e-litterature.net

Le bûcher des innocents, Laurence Lacour

Le bûcher des innocents, Laurence Lacour

 

Le 16 octobre 1984, le petit Grégory Villemin est retrouvé mort dans les eaux de la Vologne, pieds et poings liés, le visage recouvert de son bonnet. Personne ne le sait sur le moment mais cet horrible fait-divers va devenir un mémorable fiasco médiatico-judiciaire et déchirer la France durant des années. Dans Le bûcher des innocents, Laurence Lacour, qui a couvert les événements pour Europe 1 durant quatre ans, revient de manière extrêmement fouillée sur les rebondissements et les dérapages multiples d’une affaire qui aurait pu être élucidée en quelques semaines, si l’enquête n’avait pas été totalement parasitée et perturbée par des journalistes peu scrupuleux. Ces derniers, faisant fi des principes élémentaires de la déontologie, violeront allégrement le secret de l’instruction, le droit au respect de la vie privée, ainsi que la présomption d’innocence. Ce qui empêcha finalement la découverte de la vérité sur le meurtre d’un petit garçon au minois d’ange, de nombreux témoins potentiels se murant dans le silence, de peur d’être pris dans la broyeuse médiatique.

 

Cette affaire représente un cas d’école sur les conséquences dramatiques que peut provoquer la course effrénée à l’information. Pour Laurence Lacour, «il ne s’agissait plus de journalisme tel qu’on l’enseigne dans les écoles ou tel que le définit la charte de ce métier. Le succès du feuilleton Grégory ne tient pas à la qualité ou à l’authenticité des informations transmises tous les jours mais à l’intensité des émotions et des fantasmes qu’il suscite dans le public. Chacun y prend ce qu’il veut et construit une autre histoire. On le voit bien au travers des articles qui rajoutent à chaque mouture ici un détail nouveau, là une phrase ou une attitude qui n’ont pas existé. La vérité est souvent trop fade pour entretenir l’imagination et les sentiments extrêmes.» «C’était la guerre civile», se souvient l’ancienne correspondante d’Europe 1. «Il y avait les journalistes convaincus de la culpabilité de la mère et ceux absolument certains de son innocence. Ce que l’on a fait endurer à cette femme, c’est le pire que quelqu’un puisse subir en temps de paix.» Le lynchage médiatique de Christine Villemin ira tellement loin qu’il poussera son mari à commettre l’irréparable, à savoir abattre Bernard Laroche, un des principaux suspects du meurtre de Grégory. La mort de Laroche pèsera lourd dans la conscience des journalistes mais n’empêchera pas de nouveaux dérapages. Peu d’auteurs de romans noirs auraient pu imaginer pareil scénario catastrophe...

 

Laurence Lacour décrit avec beaucoup de justesse et en évitant tout voyeurisme les rapports malsains noués entre différents acteurs de cette pièce macabre. Son réquisitoire, mené avec un souci extrême de la vérité, est accablant pour les enquêteurs et les experts, coupables de manquements et d’a priori, pour les différentes polices, engluées dans des querelles internes, et pour le premier juge d’instruction de l’affaire, dont l’inexpérience, voire l’incompétence, ont entravé l’enquête. Le Bûcher des innocents fait finalement le procès de ceux qui n’ont jamais été jugés pour leurs actes, notamment les médias qui ont transformée de façon ignoble une jeune femme naïve et innocente, déjà accablée par la mort de son enfant, en une mère infanticide machiavélique et manipulatrice. «Envieux et lâches sont ceux qui lui passent, de force, ce costume de sorcière pour lui attribuer en toute impunité des maux et des actes répréhensibles au travers desquels chacun peut se défouler», dénonce Laurence Lacour. Car il est important de le clamer haut et fort: après avoir connu l’infamie d’accusations mensongères et infondées, Christine Villemin a fait l’objet d’un non-lieu pour «absence de charges», une première judiciaire. Malheureusement pour elle, les médias ne donneront pas à cette information la place qu’elle méritait, l’innocence faisant manifestement moins vendre que les soupçons ou les accusations. Durant le cauchemar, la bouée salvatrice de Christine Villemin fut finalement l’amour inaltérable qui  irradiait son couple. Le bûcher des innocents constitue en définitive  une forme de réhabilitation pour une femme qui a vu son nom être honteusement souillé, sans pouvoir se défendre.

 

Laurence Lacour rend également un hommage appuyé et émouvant à ceux qui ont su résister au déchaînement des passions malsaines. Comme par exemple le juge Simon, qui a repris une enquête allant à vau-l’eau, ou quelques journalistes mus par la seule recherche de la vérité.

 

Comme les autres acteurs de l’affaire Grégory, Laurence Lacour n’est pas ressortie indemne de cette période, elle qui n’était pas de ceux qui jouaient allégrement avec la réalité des faits, par appât du gain ou du prestige. Traumatisée par ce qu’elle a vu et vécu, dégoûtée par les abus commis par ses collègues, elle quittera le journalisme. Pour exorciser cette période sombre, elle offre un ouvrage de référence en matière d’investigation, un ouvrage d’une profonde humanité qui devrait «constituer une alerte pour chacun de ses lecteurs du monde judiciaire, médiatique ou d’ailleurs.» Pour éviter que pareil gâchis ne se répète.

 

Florent Cosandey, 8 janvier 2008

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