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Le Psychodrame français, Jean-Marie Rouart

Editions Robert Laffont, 2017

mercredi 10 mai 2017 par Alice Granger

En tant que journaliste politique mais encore plus en tant qu’écrivain, Jean-Marie Rouart se passionne depuis longtemps pour ces personnages politiques qu’il aime appeler les fauves, qu’il observe en « spectateur passionné plus attaché aux personnalités, aux drames qu’ils traversent et aux idées qu’ils portent qu’à leur appartenance. »

Dans ce livre, il fait une sorte de tableau impressionniste de la période politique allant de 2007 à 2017, dans une analyse par touches pertinentes qui se compose à partir de cette impression encore jamais rencontrée dans le paysage politique français jusqu’au président Chirac d’une désacralisation du pouvoir présidentiel avec Sarkozy puis avec Hollande. Il se demande si cette désacralisation vient de l’irruption de la vie privée de ces deux derniers Présidents. Ou bien encore est-ce la faute de l’hyperprésidentialisation de la fonction par Nicolas Sarkozy ou alors celle de la démagogie cantonale de Hollande ? En tout cas, le tableau impressionniste s’organise autour de cette désacralisation du pouvoir en même temps que le président Chirac s’en va. Tandis que la désacralisation est en marche, Sarkozy est sans cesse sur les crêtes de l’actualité et semble toujours sur le point de rétablir la grandeur de l’Etat, tandis que Hollande laisse de plus en plus vacante la place, comme habité d’une étrange volonté de ne pas occuper le poste suprême.

Tandis que ce processus de désacralisation en marche le frappe et l’interroge au plus haut point, le vrai sujet, la vraie interrogation s’imposent à lui. C’est la France, « Un pays mystérieux que j’ai appris à aimer pour l’idéal qu’il porte autant que pour ses contradictions. Pays d’écrivains, il est lui-même dans son idiosyncrasie, contradictoire, ambivalent, déchiré comme l’est le cœur d’un écrivain qui ne trouve de cohérence que dans l’expression de son œuvre. » Jean-Marie Rouart cherche sans fin la France sous la geste politique. Et il écrit qu’il la trouve encore. L’antiquité reste encore son inconscient culturel, et l’inconscient monarchique continue à lutter avec l’inconscient révolutionnaire, l’histoire de la France affleure toujours dans le débat contemporain, et « les Français semblent condamnés à ne pouvoir faire leur présent qu’avec du passé. »

En tout cas, ce que le tableau impressionniste de Jean-Marie Rouart réussit très bien à nous dire, c’est un étrange « il n’y a pas de solution », tandis que les Français sont de plus en plus désillusionnés par leurs personnages politiques, tandis qu’un mal étrange les saisit sans rien pour les sauver. Tout semble se décomposer, se délier. Tandis que le président Sarkozy, de manière hyperactive, semble presque pouvoir empêcher que la bouteille à moitié vide de l’espoir des Français en leurs politiques continue inexorablement à se vider et même de pouvoir inverser le processus, jusqu’au moment du reflux du désamour, le président Hollande au contraire ne cesse de rendre plus inéluctable ce processus de vidage, jusqu’au vide de solution. Tandis que le surdoué enfant de l’impuissance présidentielle, Macron, que personne n’avait vu arriver, s’avance comme pouvant peut-être redonner du rêve aux Français, incarnant ce « prototype de politique que les Français périodiquement adorent : l’homme nouveau. Le Messie qui va enfin délivrer la France de ses pesanteurs, de ses freins, de ses chaînes, autant dire la délivrer d’elle-même et des Français, ces charmants enfants capricieux qui adorent leurs dirigeants surtout après les avoir brûlés ». Macron, ne niant pas d’avoir été particulièrement bien servi par les circonstances (sous-entendu la chute de Fillon, qui sans les affaires était donné gagnant), en février déclare à Jean-Marie Rouart être inquiet : « J’ai peur que le système n’explose. » Comme si lui-même, comme le peuple français, avait le pressentiment très vif de quelque chose que Jean-Marie Rouart nomme le mal français, mais qui est peut-être autre chose. Peut-être une sorte de saut logique sur le point d’advenir. Peut-être que le pas suspendu de la cigogne chez le peuple français est-il sur le point d’enfanter une sorte de début de maturité politique, au terme d’un très lent sevrage par rapport au pouvoir d’en haut sacralisé.

Ce tableau impressionniste suggère donc la lente perte de sacralité de la fonction présidentielle après de Gaulle, qui arrive à son terme avec Chirac, qui est le dernier témoin, en quelque sorte, d’un autre temps. Comme pour occuper une sorte de trône laissé vacant par un père si humain dans une grandeur finissante, voici Sarkozy comme un copain hyperactif qui déborde d’énergie afin de prouver sur tous les fronts que c’est lui qui est à la hauteur du père qui ne lui dispute plus la place, et qu’il peut même le dépasser. Or, en quelque sorte une statue du Commandeur en embuscade vient stopper la fanfaronnade ! Alors, la fonction dans toute sa grandeur sacralisée apparaît étrangement impossible à occuper. En surplomb, comme un gigantesque et majestueux oiseau de mauvais augure, Dominique de Villepin semble incarner celui qui a eu cette très étrange et énigmatique intuition que ce n’ était plus le temps de désirer accéder au poste suprême avec le style du passé même s’il a un peu tenté encore de le faire. Comme si, au plus près de Jacques Chirac pendant tant d’années, et surtout on l’imagine à cause d’une intelligence et expérience très personnelle de la relation père-fils, ainsi que par la singularité de son enfance expatriée où il avait fait l’expérience d’une sorte de fraternité en confrontant l’amour du prochain que sa famille catholique lui enseignait avec ces autres dans un contexte d’inégalités et d’humiliation qui ne le laissait pas insensible, il avait avant tout le monde su que le roi était nu, que la grandeur devait se rechercher autrement.

Le président Hollande, arrivé au poste suprême au moment de rupture d’équilibre où la bouteille à moitié vide s’avère ne jamais pouvoir être remplie, ne peut que tranquillement la laisser se vider, en père de famille jovial, copain, et étrangement fataliste. N’est-il pas surplombé par la reine mère (comment séparer Hollande de Royal ?) évidemment et logiquement revenue en surplomb par un vaudeville si bien orchestré qui si quelqu’un l’avait conçu il n’aurait pas été mieux réussi. Alors, dans cette fonction présidentielle, ne pourrait-on pas voir papa-maman qui laissent partir d’un cocon familial national de plus en plus vidé de son sens sa ribambelle d’enfants abandonnés à leur vie ? Hollande n’a-t-il pas en effet l’air d’un père de famille résigné à abandonner tous ses enfants à leur vie ? Depuis les années Mitterrand, le couple Royal - Hollande qui ont si souvent l’air d’être frère et sœur complices et en concurrence en politique, purs enfants de la mitterrandie, ne se sont-ils pas mis en scène depuis longtemps en tant que parents jusque dans une maternité ?

Alors, à la suite de cette sorte de père président qui n’occupe pas vraiment sa fonction mais abandonne ses enfants à leur vie, comme s’il n’avait en vérité rien de mieux à faire, voici le fils surdoué Macron qui apparaît, qui au préalable avait eu l’audace de s’écarter du père, comme n’ayant, lui, pas besoin de ce père, ayant ses propres ressources, idées, son énergie. Et ce fils , on voit bien qu’il est sur le point de se faire élire à la fonction que le père a laissé se vider. Sauf qu’il nous dit sa peur que le système explose… Peur de quoi ? C’est qu’il sait qu’il a affaire à des humains, qui font le peuple français, et que ces autres, ils sont inquiétants parce qu’il n’est pas possible de les maîtriser, de faire abstraction de l’exigence de chacun d’eux de pouvoir avoir sa chance. C’est ça qui est inquiétant : le caractère non domesticable de l’autre, l’acceptation de ne pas pouvoir le soumettre, la reconnaissance de sa liberté. D’où l’impératif avec eux d’être dans une loyauté absolue, en sachant que rien n’est gagné d’avance, qu’il faut un dialogue, un débat, un échange, une négociation, en permanence. L’inquiétude de Macron est une bonne chose ! Il ne se présente pas en position de maîtrise du peuple qui va l’élire peut-être. Il n’a pas carte blanche, il a affaire à des gens adultes et responsables. Voilà ce qu’il nous semble entendre dans son inquiétude. Comme l’écrit Jean-Marie Rouart, Macron « a été un enfant archichouchouté par ses parents et grands-parents, admirables de culture, il y a une dimension que Macron ignore : le mal, la tragédie de l’Histoire. Il s’adresse à des Français comme lui, gentils, intelligents, bons garçons, avides de bien faire. Il semble oublier que l’Histoire n’existe pas sans l’intervention du diable. Et le diable, à n’en pas douter, il ne l’a jamais fréquenté. » Mais la difficulté et l’exigence des Français, c’est cela qu’il va rencontrer. Au contraire, il me semble s’y préparer, pas du tout chercher un filet pour se protéger. Comment réconcilier ce qui semble réconciliable ? Comment ramener cet amour qui s’inscrit dans le mot fraternité au cœur du vivre ensemble, alors qu’en quelque sorte c’est le désamour des Français pour leurs politiques habituels qui a fait jaillir le désir du renouveau et a donc rendu possible son élection ?

Lui, on dirait qu’il a déjà bénéficié d’un autre temps, plus optimiste. Que la vie d’emblée lui a souri. Sauf que c’est, paraît-il, un infatigable travailleur. Donc, tout ne lui était pas déjà donné comme on le dit, ou bien fallait-il absolument déranger cette perfection, tant de bonnes fées autour, comme si ce qui lui avait manqué, c’était la chose jamais jouée d’avance, ces autres, ce peuple français si difficile, qui ne passe rien ? Ou bien, son désir fulgurant d’accéder à la plus haute fonction de l’Etat répond-il à un impératif intérieur, celui de prendre le maximum de risque, le risque des autres, pour sortir de tant de réussite, comme sauter hors d’une matrice si bienveillante et généreuse à son égard ? Donc, saut dans le risque maximum, dans le pari le plus difficile à gagner, se faire reconnaître des Français par l’amour du prochain, une chaleur dans la rencontre qui ne s’avère pas hypocrite et démagogique ? Aux Français, il a déjà dit qu’il ne leur cacherait pas la vérité, c’est une bonne chose, et qu’il ira souvent à leur contact ! Déjà, en campagne électorale, il n’avait pas eu peur d’aller entendre leur colère. D’entendre qu’ils ne l’aimaient pas d’emblée, bien au contraire ils l’attendaient au tournant, ils ne se feraient pas voler leur conscience abrupte de la réalité par de la poudre aux yeux. Il ne cherche pas à se faire aimer, il n’est pas, lui, dans l’affectif.

Promenons-nous devant le tableau impressionniste peint par Jean-Marie Rouart.

Ere médiatique, et les Français reprennent goût à la politique. Chirac est en partance. Ségolène Royal casse la baraque avec son regard ravageur de madone séductrice, Sarkozy semble un anti-Chirac décomplexé qui traite sans fausse pudeur les questions de sécurité et d’immigration. La politique est désacralisée, la solennité monarchique est enlevée, l’image du Président comme père disparaît pour faire place au copain (ou à la vierge mère avec Ségolène Royal, on a envie de rajouter). La vie personnelle des candidats devient visible. Ainsi, ils deviennent proches des électeurs, humains. L’affectif. Sakozy élu, il innove en ouvrant à gauche, et à la diversité, il réhabilite l’idée nationale, ré-initie une politique de l’écologie. Mais le Times Magazine attaque cette culture française qui ne rayonne plus à l’étranger. Donc, ce regard de l’étranger sur la France introduit une lézarde dans les premières réussites de Sarkozy président. Et puis, Sarkozy a un cœur ! La France fille aînée de l’Eglise, est-ce qu’elle badine avec l’amour, et est-ce que les frasques du Président ne rappellent pas trop la « chronique galante des rois… étroitement imbriqué à la vie politique » ? De plus, le style copain de la campagne devient de l’arrogance. Son style s’attire une antipathie publique. Si Cécilia avait porté atteinte à l’image « du brillant ambitieux frappé en plein cœur dans son ascension vertigineuse » et que cela « apportait des frissons de romantisme à un sarkozysme qui n’en a pas à revendre », avec Carla Bruni, « c’est Nicolas Sarkozy qui est devenu le maître de son image people, c’est lui qui l’organise, la théâtralise devant les journalistes. » Par Carla, il a évacué le problème Cécilia, cette femme que le pouvoir à la plus haute fonction de l’Etat n’arrive pas à retenir ! Comme si c’était prémonitoire ?

Style nouveau, où le pouvoir n’est plus auréolé de mystère et de sacré. Nicolas Sarkozy commence à perdre la main. Désillusion. Bling-bling comme pour retenir Cécilia, et mariage avec Carla comme antidote au bling-bling ? Première dame de France « irrésistible de beauté et de charme ». Mais voilà, elle a un univers « bien éloigné des austérités élyséennes ». Tout cela peut-il accompagner la politique de réforme du Président ? Pour les Français, écrit Jean-Marie Rouart, « l’exercice du pouvoir doit être un sacerdoce, une mission sacrée. » On pourrait dire qu’ils veulent croire à des parents totalement voués au bien-être et à l’avenir de leurs enfants, et qui sont donc immensément dérangés de voir que ces parents sont dans une autre vie, à s’amuser ensemble… La première année du quinquennat ressemble à un rendez-vous manqué. « Les reproches qui lui sont faits en France et à l’étranger touchent l’ego, la personne, le style. » Mais Sarkozy parie que l’on va s’habituer à sa manière d’être.

C’est presque une révolution culturelle, cette relation nouvelle du Président avec les Français ! Il a substitué l’affectif au rationnel ! Il excite les passions, dans « un pays tissé de contradictions, héritier d’idéologies hétéroclites et de sensibilités disparates ». Il a ouvert la boîte de Pandore, et fait s’opposer la souterraine nostalgie monarchique et l’égalitarisme jacobin, le christianisme sentimental et le laïcisme susceptible. On se met à réhabiliter Chirac ! Comment rebondir ! Renforcer le rôle du Premier ministre qu’il avait nommé « collaborateur », remise en valeur des ministres, saisir la chance de la présidence de l’Union européenne par exemple par le projet d’Union méditerranéenne ? Reconquérir par Carla ? Les Français et l’archétype inconscient papa-maman ? Dans cette société née de mai 68, Sarkozy est comme les Français soumis à « cette soif inextinguible de chaque individu qui exige le droit au bonheur, à la consommation, à la jouissance. » Mais, comme de Gaulle, il a réveillé les passions nationales, occupant tous deux « une place exorbitante dans l’esprit des Français. Ceux-ci, toujours ingouvernables hier comme aujourd’hui, restent des révolutionnaires en pantoufles. Ils rêvent de tout changer à condition que rien ne change. » Pour Sarkozy, en vérité, de Gaulle n’est pas la figure la plus vénérée de son panthéon. Il veut être en accord avec son temps, il ne veut pas de l’héritage de grand-papa. Il est plus style Kennedy, décontracté avec les grands de ce monde et de l’argent, et en connivence avec les journalistes. Mais c’est en réintégrant l’OTAN qu’il signe la rupture avec le général de Gaulle ! Le rôle donné à la culture les sépare aussi. Sarkozy s’adonne plus à l’action qu’à la méditation. Et encore, tandis que de Gaulle était un pessimiste, hanté par le déclin de la France alors qu’il croit à sa mission universelle (en quoi il avait raison), Sarkozy est un optimiste qui veut la remettre sur les rails de la compétitivité.

Cela ne va pas, entre Fillon et Sarkozy. Le Premier ministre est ce que le Président ne veut pas être. Humiliations. Personnalisation de la fonction présidentielle. Fillon est respectueux des hiérarchies, Sarkozy les bouscule. Le Président se prive du bouclier, du fusible qu’est un Premier ministre. L’UMP a le sentiment que le Président n’a pas besoin d’eux. L’été 2008, parce qu’il a réussi à mettre en place des réformes (RSA), a été plus réussi pour Le Président.

Le pape Benoit XVI vient en France. Sarkozy, à la différence de de Gaulle, aime à introduire la question des religions et de la laïcité dans le débat public. « Pour Sarkozy la vision est plus napoléonienne : ce n’est pas la religion chrétienne constitutive de la culture, de la société, de la sensibilité française comme pour de Gaulle, c’est le fait religieux et les religions en France et leur intégration dans la société… il considère le catholicisme comme une religion parmi d’autres. » Ouverture de la boîte de Pandore ! Jean-Marie Rouart nous rappelle à quel point la République, et même la IIIe qui fut pourtant très anticléricale, n’était pas en opposition avec les valeurs chrétiennes. « … le catéchisme républicain n’était qu’une laïcisation de l’Evangile. Cette laïcité est un legs fondamentale du christianisme. Mais la distinction entre la religion et le laïc s’est faite, ce qu’on sait moins, à l’origine même de la monarchie française. Clovis… a eu à choisir entre l’arianisme qui lui offrait les pleins pouvoirs humains et divins et le christianisme qui séparait le pouvoir politique du pouvoir religieux. L’intuition géniale de Clovis a été – outre qu’elle lui a permis de devenir l’héritier de la romanité chrétienne – d’éviter ainsi les germes d’une divinisation du pouvoir d’une théocratie qui aurait pu difficilement… donner naissance au droit de la personne humaine, à la démocratie, à la République, à la laïcité. » Très intéressant ! Cette notation, cette touche, va s’avérer centrale dans le tableau, va faire sens, va revenir comme jamais d’actualité.

Sarkozy est le maître fauconnier de Rachida Dati, qui lui doit tout. Mais elle n’a pas son sens du politique. Elle n’a pas vu le danger, en héritant du ministère le plus prestigieux et le plus casse-cou de la République où il s’agissait pour elle de « relever un double défi contradictoire de ce ministère de l’impossible : assurer plus de sécurité tout en garantissant plus de liberté. » Elle est aussi tombée dans le piège médiatique, de la frivolité.

Ségolène réapparait sur la scène politique, à Reims cette ville où « commence l’histoire de France. Dans la mystique devenue politique avec le sacre de Clovis », sortant du lot avec flamboyance, excitant les socialistes comme la cape rouge des matadors, évoluant « dans le monde épique et sans nuances de l’exagération. » On a envie de dire, à la suite de cette touche impressionniste de Jean-Marie Rouart, que s’annonce à Reims cette reine mère qui quelques années plus tard réussira à être la couronne en surplomb du roi président en train de déshabiter sa fonction… Reims, Clovis, aussi…

La culture, un privilège de classe ? Sarkozy peut-il faire souffler un vent nouveau chassant ce préjugé ? L’histoire de la République, écrit Jean-Marie Rouart, a montré qu’au contraire en privilégiant la culture cela a permis « aux hommes les plus défavorisés d’accéder aux postes de responsabilités », et notre pays est « le plus littéraire qui soit au monde. » Mais Sarkozy a sorti un jour « qu’il n’était pas utile pour une postière de savoir qui était l’auteur de ‘La Princesse de Clèves’ ». Le ministre André Santini supprime la culture générale des concours de la fonction publique

Sarkozy personnifie son pouvoir comme aucun Président avant lui ne l’a fait. Il exerce son magistère de manière directoriale, il est Shiva aux cent bras.

Sarkozy a été élu, écrit Jean-Marie Rouart, par « un pays peuplé de rêveurs qui, tout au long de son histoire, a attendu un sauveur, un faiseur de miracles, un thaumaturge, un alchimiste capable de transformer le prosaïque plomb en or. » Mais il a réduit son bouclier, le Premier ministre, à sa portion congrue. Le voici comme un romantique « capitaine dans la tempête accroché à la barre ». Tandis que le changement « est le véritable opium de ce peuple conservateur jusqu’au bout des ongles, mais qui rêve de rupture et de dépaysement. » Un démon s’éveille périodiquement, qui veut tout bouleverser, partir au bout du monde. Peut-être que ce qu’il faut surtout entendre, c’est cette bizarre sensation d’être retenu ? C’est cette chose qui contient qu’il faudrait avoir au cœur du débat, non ? Une question aussi vieille que la monarchie et la République réunies, peut-on réformer la France, se demande à juste titre Jean-Marie Rouart ! Mais cet impossible ne met-il pas dans le tableau impressionniste la chose qui empêche, qui suspend le pas de la cigogne qui apporte l’enfant au monde, à la lumière, à la coupure du cordon ombilical ? La réforme est un mythe, écrit-il.

Par la bouche de Henri Guaino, Jean-Marie Rouart dit qu’il y a « un vrai problème qui tient au fait que les Français sont à la recherche de l’homme providentiel, condition de leur unité, mais ils ont peur du césarisme. Ce pays s’est constitué en transcendant un désir d’égalité autour du souverain qui incarnait un principe supérieur à tout… Les Français n’ont rien contre le style monarchie. Ils sont contre le fait que le souverain ne soit pas exclusivement à leur service. » Quand à la personnalisation du Président, c’est la Ve République qui veut ça. Quant aux réformes, les Présidents de la Ve République ne sont-ils pas des Sisyphe, car ce qu’on ne peut réformer, ce sont les Français ! Voilà ! Ce n’est pas si simple que ça d’arriver à ce qu’un être humain accomplisse jusqu’au bout sa révolution intérieure ! Ni qu’on puisse le soumettre !

Nous voyons ici, par ce livre qui avance par touches impressionnistes, un pouvoir qui est un tout autre pouvoir que celui qu’on croit ! Un pouvoir qui fait grossir la désillusion, qui s’attaque au désir de l’homme providentiel, qui met en branle le compte à rebours du programme d’apoptose de cette « chose » qui garde dedans, cette sorte de matrice française à laquelle les Français tiennent plus que tout mais en même temps rêvent de s’en évader mais tentent de la pérenniser lorsqu’ils sentent que quelque chose l’attaque inexorablement, que l’on identifie à crise, mondialisation, modification des rapports de forces mondiaux qui font que la France n’est plus au centre. L’hyperprésident Sarkozy fait miroiter qu’il va réussir à pérenniser la matrice France et en même temps il semble précipiter son altération définitive !

En même temps, voici que le christianisme, comme victime de son succès, risque de mourir, alors même que « son évangile de tolérance, l’émancipation de la personne humaine qui est son œuvre, puisque elle a amené la société occidentale à son degré de développement et de perfectionnement, ont créé des conditions qui ne sont plus en sa faveur. »

L’égalité : « cette hache de guerre que les Français trépignent de déterrer à la première occasion. » Alors, le gouvernement s’empresse « d’encadrer certaines rémunérations de grands patrons qui reçoivent des subventions de l’Etat. » Les injustices ont poussé les Français à allumer le feu des révolutions. Comme si le regard des non installés étaient rivés sur les installés, les assis, au risque de voir l’installation comme la chose à désirer. Or, n’est-ce pas infiniment plus complexe que ça ?

Finalement, bien sûr, on ne sait pas trop bien quelle société veut construire Sarkozy ! Bayrou sort du bois, Villepin lui tend la main. Jean-Marie Rouart écrit : « Villepin tendant la main à Bayrou, on voit s’esquisser l’alliance un peu hétéroclite des défenseurs de la princesse de Clèves et des enfants perdus du gaullisme inquiets de la symbolique atlantiste que recouvre le retour dans l’Otan. » Eclat de rire, à propos de la princesse de Clèves… Dominique de Villepin sait très bien la fin du roman… Et Sarkozy sait très bien ce qu’entend Villepin lorsqu’il parle de « situation prérévolutionnaire » : « le volcan de la révolution gît au cœur de la société française ». Le sevrage du peuple français serait-il une révolution annoncée comme la princesse de Clèves s’éloigne du duc de Nemours ? Pour l’instant, Jean-Marie Rouart voit ce risque révolutionnaire comme « ce bovarysme d’une société qui, ne croyant plus en elle-même, est prête à s’abandonner à n’importe quel pari romantique, pourvu qu’il jette sur sa réalité déprimante le scintillement d’une aventure. »

Du côté du PS, crise morale. Seule ambition, « préserver les avantages acquis et les rentes de situation. »

A nouveau, « un grand et bel oiseau des tempêtes qui survole le monde en général et la planète sarkozienne en particulier, en poussant des croassements lugubres. » Mais il a un talon d’Achille, un procès. « Villepin, c’est le parti de la princesse de Clèves qui se dope aux envolées nationales de Jeanne d’Arc. » Vraiment, l’ambition de Dominique de Villepin, le romantique, est-il de séduire la mélancolie française avec ses violons ? Ou bien pressent-il qu’il s’agit d’autre chose que de mélancolie : un sevrage ? « Le grand blond avec une poésie noire n’a sûrement pas dit son dernier mot ». C’est sûr ! Mais vraiment ne rêve-t-il pas d’autre chose que de verser « sa dernière goutte de cyanure dans le potage sarkozien » ? Peut-être y a-t-il à entendre chez lui un inattendu sevrage d’avec le pouvoir politique tel qu’il s’exerce, qui lui donne ce côté rimbaldien ? Et qu’à partir de là, par l’écriture, lentement, il fait le pari d’une arrivée à maturité du peuple français, même si c’est comme une bouteille jetée à la mer ? En tout cas, depuis son enfance, il est très sensible aux humiliations, aux inégalités, il s’était fait une promesse, ce travail de la paix, donc n’est-il pas tiré de ce côté-là, déjà ?

Président champion attrape-tout, Sarkozy s’ouvre au romantisme avec la nomination de Frédéric Mitterrand. Président qui est attentif à doser les sensibilités diverses de l’opinion, avec Woerth pour la compétence financière, Borloo pour l’écologie, Frédéric Mitterrand pour la culture, Boutin pour la sacristie jusqu’à ce qu’elle soit défroquée…

A gauche, sauf bien évidemment c’est sûr Ségolène Royal qui a virilement relevé le défi de l’ambition suprême, il n’y a que des hésitations avant de franchir le pas. Comme si on pressentait quelque chose, une précipitation vers l’abaissement total de la fonction, comme par un programme mystérieux d’apoptose ?

Heureusement, au pouvoir Sarkozy avec l’interdiction de la cigarette dans les lieux publics récupère l’écologie du monopole de la gauche. Mais les émigrés qui font naufrage aux larges des côtes européennes ramènent d’actualité la question de l’immigration. Sarkozy affronte cette question par la reconduction des sans-papiers. Mais où en est-on au niveau de l’Europe d’un accord commun pour l’accueil de ces migrants ?

Sarkozy confie le débat sur l’identité nationale à Eric Besson, coq gaulois entêté, qui tranche « dans un domaine d’une extraordinaire subtilité qui contient des matières explosives ». Il est dangereux, souligne Jean-Marie Rouart, de vouloir imposer aux Français une vision toute faite de ce qu’il est. La question aux Français d’Eric Besson, « Pour vous, qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? » ne risque-t-elle pas de faire entendre que chacun est français de manière singulière ? Plus que des divisions, et aucun consensus ! Jean-Marie Rouart souligne que Nicolas Sarkozy aurait dû, au lieu d’une campagne exclusivement politique, ajouter un peu plus de doigté culturel, car « la culture permet d’associer et de mêler les contraires ». Et puis, il y a cette culture qui, par le livre de Jean-Marie Rouart, remonte à Clovis… De quoi donner une toute autre ampleur à la question de l’identité nationale, et même au débat sur les religions…

Encore Dominique de Villepin qui revient dans le tableau impressionniste de la politique ! Décidément ! « Personne de plus dangereux que cette grande figure pleine d’ombres et de lumière, ce talent humilié et inemployé à droite… en renvoyant Villepin devant un tribunal, on lui a permis de déployer ses ailes. On lui a offert le moyen d’exister et de surnager dans les vestiges du chiraquisme comme un flamboyant revenant porteur d’un flambeau… ce sursaut de la France éternelle à l’Onu… Désormais, on peut craindre le pire venant de ce grand fauve blessé… Des ministres qui sont souvent des ombres… auront du mal à faire face culturellement à cette machine intellectuelle aussi efficace et destructrice que les orgues de Staline… les fervents de la princesse de Clèves ne constituent pas des bataillons très dangereux. » Dominique de Villepin est-il vraiment dans le désir de revanche à ce moment-là ? Encore une fois, si ce roman de la princesse de Clèves est pertinent pour peindre de manière impressionniste cet homme politique, connaissant la fin assurément il ne va pas s’accrocher… Le pire ne serait-il pas ailleurs ? Du désamour des Français pour la politique, qui se précipitera avec le président Hollande, obligeant à une véritable révolution ?

A un dîner avec François Hollande, Jean d’Ormesson et Valérie Trierweiler, Jean-Marie Rouart surprend celle-ci « Spectatrice plutôt qu’actrice, absente d’elle-même ». Comme si elle avait déjà compris qu’elle serait jetée en direct, tandis qu’inexorablement sur la scène politique au sommet la reine mère reviendrait en surplomb de notre roi pour afficher papa-maman, pour la dernière partie, la décomposition en direct de la fonction pleine de nous ribambelle d’enfants sur le point d’être abandonnés à la vie ?

L’alternance de la gauche commence à se pointer. Hollande a une popularité qui dépasse celle de Royal…

Mais Sarkozy, si sentimental, a mal à la presse, il « veut être aimé par cette gent capricieuse, volage, lunatique dont, comme candidat à la présidentielle, il a été si longtemps le chouchou adoré. » Sont là les symptômes de la fin d’un amour ! L’archange Villepin, par son verbe de feu, que Jean-Marie Rouart voit comme une entreprise de démolition, fait tanguer la sarkozie. Mais est-ce si vrai, ce compte personnel à régler ? Rien de politique, vraiment ? Ne commence-t-il pas au contraire à défendre une re-fondation de la politique, comme ses livres le montrent ? En vérité, c’est surtout Sarkozy qui est à lui-même son propre ennemi… Et les Français qui commencent à décrocher, surtout ! Enfin, à sentir des défenses immunitaires s’exerçant au rejet. Celles-ci seront au point avec la présidence suivante… Il s’agit d’épuiser toutes les incarnations de l’homme providentiel venant comme le fait le placenta d’originaire paternelle dans la matrice de notre gestation d’humains libres…

C’est à propos du désamour grandissant qu’on s’aperçoit que c’est « la première fois qu’entre les Français et leur Président, il est question d’amour. » Avec Sarkozy, c’est le survoltage affectif, car d’abord le chouchou politique toutes catégories, le voici si vilipendé !

L’opposition, bien sûr, fait alors rêver.

De Gaulle le 18 juin 1940. Coup de dés comme « l’Histoire n’en a jamais connu en France. » Un coup d’éclat qui est un coup d’Etat. Il nie l’existence d’un Etat malmené par la défaite, et invente un principe qui lui est supérieur : l’idée de la France ! A méditer aujourd’hui, alors que les Français eux-mêmes voient leur France comme dépréciée, implosée, mélancolique, rongée de l’intérieur. L’idée de la grandeur de la France ne leur serait-elle pas renvoyée, contre toute attente, de toute la planète, de ce monde en transformation comme jamais ? Une bonne étoile à suivre ? En tout cas, depuis Londres, de Gaulle « substitue au corps légal de l’Etat une donnée mystique. Puisque le corps défaille, il s’empare de l’âme… ce que le 18 juin 1940 a comporté de folie et de prémonition de la part du général de Gaulle. Il fallait être un joueur, un aventurier pour se lancer à corps perdu dans un roman dont l’issue était rien moins que prévisible. C’est d’ailleurs en quoi de Gaulle n’appartient pas tout à fait à la gent militaire mais à la chevalerie des aventuriers, des écrivains, des poètes qui engagent leur destin dans des explorations hors cadre…. Il va falloir tout inventer : créer une fiction dont il ne doute pas un instant qu’il soit le meilleur pour la mettre en scène, mais qui peut se terminer en tragédie… Ce départ pour Londres dans le petit matin blême est d’une audace incroyable. » De Gaulle avait eu l’intuition géniale de la future dérive déshonorante de Pétain. A la lumière de ce rappel de l’audace du Général de Gaulle, en ce lendemain d’élection présidentielle nous pourrions rêver de l’audace d’un jeune président pariant sur cette image de la grandeur de la France qui nous est renvoyée du monde entier, qui espère en son renouveau… Une fonction présidentielle à relever, autrement.

L’affaire Woerth plonge dans la question des rapports incestueux entre la politique et l’argent. De manière très différente, lors de la présidentielle de 2017, l’argent détruira dans le maelström le candidat de droite qui devait gagner…

Et encore Dominique de Villepin ! Décidément, dans ce tableau impressionniste peint par Jean-Marie Rouart, il a un rôle spécial ! « La montée dans le ciel des sondages d’un grand archange blond inquiète les sphères cogitantes de l’Elysées. » Villepin, vu comme un romantique par Jean-Marie Rouart, est surtout pour Sarkozy « un risque symbolique, culturel et moral. Il attire vers lui la lumière alors que le Président accumule les ombres… Il est certes plus confortable d’être le critique impitoyable de l’action gouvernementale que de le mettre en œuvre… il a beau jeu de proposer une politique pure, idéale, platonique alors que Sarkozy a les mains dans le cambouis… » On imagine que Sarkozy qui dans son hyperprésidence réagit contre son complexe du petit doit faire des cauchemars avec le géant Dominique de Villepin… Après, est-ce que, vraiment, Villepin joue du bovarysme des Français qui le pareraient de toutes les qualités du prince charmant ? Si c’était le cas, il se serait autrement accroché pour se faire élire Président, alors qu’au contraire il ne va pas obtenir ses signatures ! Ce qui frappe au contraire chez Dominique de Villepin, c’est son écartement d’avec le pouvoir, c’est un lent lâcher prise ! D’ailleurs, né expatrié, ne le reste-t-il pas ? Avec l’avantage du regard sur la France depuis l’étranger, et du regard sur le monde, sa violence, ses dangers, ses transformations ? S’il revient, c’est en homme libre, qui écrit. Faisant entendre ce sevrage ! Faisant entendre quelque chose qui s’est détruit. Il est là, bien sûr, dans le tableau, si présent à sa façon, comme mettant côte à côte son sevrage d’avec toute fonction politique effective et celui et ceux qui l’exercent, cette fonction, mais avec l’assaut de plus en plus fort du désamour et de la désillusion du peuple français !

Un personnage sobre et raisonnable s’impose peu à peu dans le tableau, François Hollande. Comme s’il sentait que les Français voteront pour le parti le plus raisonnable ! Comme bon papa.

Est-ce la faute de la crise, ou au Président, si à l’ivresse réformatrice a succédé le vieux vertige de l’immobilisme ? Ou bien ce sont les Français eux-mêmes qui regimbent viscéralement au changement dont ils rêvent pourtant ? Cette dernière notation n’est-elle pas très pertinente ? Les Français ne sentent-ils pas obscurément qu’aucun changement n’est vraiment possible s’il ne s’initie pas en eux, comme une révolution intérieure, un sevrage, ou comme le fœtus à terme s’agite de plus en plus à contre-temps de sa mère comme si, se sentant à l’étroit, il voulait libérer son corps. Comme si, en même temps, une fonction pleine du pouvoir soudain mettait en branle ses fonctions immunitaires de rejet pour se sevrer de sa toute-puissance et mettre dehors un peuple si remuant en elle ? Toujours, Jean-Marie Rouart, lui, parle de ce mal français, qui pourrit le débat et empoisonne la vie politique. Maladie endémique de l’inégalité sociale, comme si dedans, les ressources finies n’étaient pas suffisantes pour tous, comme si les mieux placés une fois pour toutes prenaient tout pour eux, dans une conception fermée. Sarkozy « semble gouverner comme si les Français étaient des citoyens obéissants, à la manière des Allemands et des Anglais. Il oublie leurs folles contradictions. » Et ils veulent toujours voir d’où peut venir le changement.

Ségolène Royal, bien sûr, à nouveau oriente vers elle les passions. Elle est déterminée. Peut-être même portée par une extrême logique des choses… « … ce sentiment qu’on est élu pour un destin et que rien d’autre ne pourra vous en détourner. » Ne faut-il pas bien avoir en tête cette phrase dite par Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy, lors de leur débat pour la présidentielle de 2007 : en tant que mère de quatre enfants je sais faire pour qu’il en reste toujours pour les enfants. Une phrase qui résumait son destin politique ! Donc, elle est poussée dans le personnage de la reine mère. Dont elle ne sait pas encore que du sein de la matrice du pouvoir la ribambelle d’enfants sera arrachée, abandonnés à la vie… Alors, la question de savoir à « quel abîme de frustrations, de blessures, se nourrissent cet appétit insatiable de saisir le pouvoir » est-elle si importante ? Ségolène Royal est peut-être celle qui a le mieux saisi à quel point le pouvoir avait partie liée avec l’infantilisme des gens attendant tout d’en haut comme de papa maman, mais avec un processus de sevrage lent, de désamour, qui s’accompagne en eux de la naissance d’idées, de désir de participer, d’innover. C’est très intéressant, tout cela !

La guerre, qui en France est le seul moyen d’obtenir le consensus. La Libye… « … on pourrait aussi s’interroger sur ce racisme inconscient qui consiste à bombarder sans trop de scrupules ceux qui ont la malchance de ne pas nous ressembler par la religion, la couleur de peau… »

Césaire au Panthéon, lui qui a dit que le colonialisme est intrinsèquement néfaste, non seulement pour le colonisé mais pour le colonisateur lui-même, qui perd son âme dans cette opération d’oppression et d’exploitation, il prostitue et dénature l’humanisme. Mais aussi, il a un amour indéniable de la France idéale, de son patrimoine de littérature et de liberté. Sarkozy, par Césaire, ne tente-t-il pas de faire revenir cette image de la France idéale ? Qui ne correspond pas à la France de Sarkozy ?

Curieusement, tandis que Carla en attente d’un heureux événement fait avec Sarkozy un couple heureux et légendaire à la manière des Kennedy, avec la maternité mise comme politiquement en exergue, cela ne vient-il pas en surplomb de cette maternité arrivée à terme avec le bon papa jovial Hollande et la reine mère Royal qui le couronne qui seront en train de laisser la fonction présidentielle telle une matrice se vider de ses ribambelles d’enfants complètement désillusionnés ? Une touche dans le tableau, que je vois déjà en train d’entrer en résonance avec la suite, juste par la maternité…

Onde de choc de l’effondrement de Strauss-Kahn pour cause de scandale sexuel. Cela va profiter à Hollande, pour lequel n’aura-t-on pas l’impression plus tard, une fois qu’il sera arrivé au pouvoir, que c’est le scandale sexuel qui va au contraire ramener sur la scène politique au plus haut niveau le personnage de la reine-mère lié à lui ? Hollande, le saumon qui remonte à contre-courant, ainsi le peint d’une touche magistrale Jean-Marie Rouart ! Le saumon remonte le courant pour se reproduire, justement ! Et en haut, dans la fonction suprême, ne sera-t-il en effet pas question d’une sorte de poche matricielle qui va abandonner à la vie sa ribambelle d’enfants ? Hollande, cet homme que tout le monde croit connaître mais dont personne ne sait qui il est vraiment… Prémonitoire, cette flèche de la femme qui le connaît le mieux, Ségolène Royal justement : « le point faible de François Hollande, c’est l’inaction. » Qualité pour que la fonction se vide… Qualité pour entendre, inconsciemment bien sûr, le désir de sevrage des Français, de même que des enfants pour devenir indépendants ont besoin que leurs parents les lâchent tout en donnant l’air de ne penser qu’à eux, que leurs parents les laissent penser par eux-mêmes, les laissent se lancer, se risquer, trouver en eux l’imagination, l’audace, les ressources. Il faut voir la logique des choses, le temps lent mais sûr de la politique, par laquelle des choses si humaines se jouent. Comme par hasard, cette élection présidentielle de 2017 voit la victoire d’un homme très jeune, Emmanuel Macron, celui qui est présenté comme le fils… de Hollande, plus exactement le fils de l’impuissance de Hollande, celui qui a osé s’écarter de lui ! C’est incroyable ! Le jeune et optimiste Macron, qui profite aussi de ce que Fillon a été mis hors jeu parce qu’il a utilisé ses fonctions politiques parlementaires pour privilégier sa famille, son épouse Pénélope et ses enfants, pour les fameux emplois (fictifs ou non, la logique est là, familiale, la famille entendue comme biologique d’abord, la famille entendue comme un socle matriciel d’entraide) ! Macron, aussitôt élu veut « moraliser » la politique, peut saisir sa chance inouïe de gagner sur la fin de cette sorte de diktat endogamique de la famille d’abord ! Ce que je trouve alors incroyable, c’est l’autre face qui va apparaître au Louvre, devant justement la pyramide, lorsque ses proches vont venir rejoindre Macron après son discours. Auprès de lui, c’est une famille qui n’est plus unie par un lien biologique ! Ni même par une hiérarchie biologique ! Tout est bousculé ! L’épouse, qui depuis longtemps est une metteuse en scène de génie pour ce garçon, qui fait penser au vers de Dante dans le chant trente-troisième de son Paradis, Vierge mère et fille de son fils, les filles de celle-ci que Macron adopte comme ses filles, et les petits-enfants qu’il adopte comme ses petits-enfants. Ce qui est tombé là, c’est le privilège du lien biologique surplombant les relations humaines, c’est cette inégalité-là faisant croire qu’aucune relation humaine ne vaut la relation fondamentalement matricielle, puisque le lien biologique irréfutable est strictement celui du temps où il y a un cordon ombilical. Juste ce détail – mais l’a-t-on remarqué ?- justifie l’optimisme en politique et dans les relations humaines, et nous dit qu’une page est vraiment tournée ! Macron, disent ceux qui le rencontrent, est quelqu’un de toujours chaleureux, quelqu’un qui aime les humains. Pour une fois, acceptons cela comme autre chose qu’une hypocrisie démagogique d’un homme froidement calculateur. Pour l’instant, dans le tableau impressionniste de Jean-Marie Rouart, Hollande ne promet pas, s’il est Président, une société radieuse. Car il ne peut plus dire, après Sarkozy, que l’avenir sera facile. Il a senti que les temps avaient changé. Que l’idéologie n’avait plus la main, d’en haut. Il est normal.

Encore une fois, Jean-Marie Rouart parle, dans le désir d’alternance, de bovarysme de la nouveauté et du changement qui habite le corps électoral. J’y voit plus une logique incroyable qui se déroule, un sevrage intérieur qui se voit par une sorte de baisse d’exigence quant à la stature de l’homme providentiel que le peuple veut porter au pouvoir. Après l’hyperactif Sarkozy, qui semble un copain mais incroyablement intelligent, énergique et doué, voici l’homme normal, à l’allure de prêtre jovial et caustique, avec un langage de réconciliation, et, pour ré-enchanter le rêve « il a fait appel à un vieux fond de culture commune, d’histoire héroïque, de communauté fraternelle toujours sensible dans l’âme française meurtrie. » Sarkozy a déjà plus ou moins fait accepter l’économie de marché et la social-démocratie, Hollande va s’y engager.

Sarkozy à la Concorde. C’est « comme si l’opinion cédait à une forme d’à quoi bon ». Logique. « C’est pourquoi ni Sarkozy ni Hollande ne suscitent une adhésion enthousiaste. » Les conditions économiques sont très difficiles. Comme si cela, envers et contre tout, symbolisait un tissu placentaire s’appauvrissant inexorablement… Comme si aucune politique conçue comme venant d’en haut comme des parents, un soin venu d’en haut pour le peuple relié à l’élite politique, ne pouvait plus tenir, car tout ça violemment mis en question par le changement de la donne planétaire, par le fait que la France est elle-même une partie du monde dont elle peut de moins en moins croire que ce monde la voit de manière immobile dans la matrice d’une grandeur immuable.

Est-ce si sûr que les Français « dans leur naïveté, attendent le Messie à chaque élection présidentielle » ? Ou bien, plus exactement, attendraient-ils un personnage politique qui incarnerait une relecture de ce qui marque l’identité culturelle de la France, le fait que l’ouverture à l’autre, la liberté, l’égalité, la fraternité, les droits de l’homme, soit inspirés de l’Evangile, donc que la culture humaniste de la France plonge dans une histoire catholique depuis Clovis avec déjà une idée de la laïcité comme nous l’a rappelé Jean-Marie Rouart, une relecture qui pourrait montrer que la Révolution française elle-même et les Lumières ne sont pas une rupture mais au contraire une entreprise visant à mettre en acte au niveau du peuple cet souci de l’autre. Si on écoute le message de l’Evangile dans cette relecture, comme par hasard Jésus s’écarte du lien familial pour aller vers les autres, la fraternité, il coupe le lien… biologique, il ne le met plus comme paradigme du lien social et politique. Ceci à mettre en résonance avec le tableau familial autour de Macron. Bien sûr, il s’agit d’une relecture politique de l’Evangile, non pas religieuse ! l’Evangile comme texte. Comme inspirateur d’un vivre ensemble.

A l’approche de l’élection présidentielle de 2012, contrairement à 2007 où deux candidats aux forts tempéraments, Sarkozy et Ségolène Royal, semblaient comme à eux seuls pouvoir changer l’avenir, l’un plus fort que le père et l’autre mère toute-puissante, voici que maintenant, même si Hollande a pour lui d’incarner l’alternance, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Hollande « ne peut échapper totalement aux pesanteurs idéologiques qui sont consubstantielles au PS. » De plus, il a en face de lui Jean-Luc Mélenchon, « personnage incontrôlable », avec « son culte du moi, ajouté à ses fantasmes égalitaristes… rappelle aux socialistes une culture révolutionnaire aux accents insurrectionnels ». Fantasmes égalitaristes, voilà la touche impressionniste de Jean-Marie Rouart, qu’il s’agit d’entendre. Dans ce fantasme il s’agit, au nom de l’égalité, de prendre aux riches pour donner aux pauvres, et ainsi présenter le goût du bonheur comme là à portée de mains, dans une logique maniaco-dépressive puisque le dynamisme se met en branle pour ceux qui n’ont rien, qui désespèrent parce qu’ils ont en face ceux qui ont tout, auxquels il suffit de prendre. Ce fantasme implique une sorte de bouteille à moitié vide, c’est-à-dire l’incroyance de pouvoir réussir soi-même et donc cesser d’être dans la position de jalousie par rapport aux riches. Ce fantasme implique qu’on ne pourrait pas sortir d’une richesse consanguine, d’entre soi, liée au fait qu’on y privilégie les siens d’abord. Ce fantasme propulse en avant celui qui semble pouvoir réussir à prendre à ces riches, celui donc qui assure son culte du moi… sur le fait qu’il y aura toujours ces riches, que rien ne viendra qui rendra possible que chacun par son talent pourra se faire sa place dans la société sans que cette réussite soit au départ quelque chose de binaire, où une figure paternelle révolutionnaire est venue sauver des petits, donc sur une incroyance que le fils puisse s’affranchir de l’aide du père. Ivresse révolutionnaire anachronique, résume Jean-Marie Rouart. Et c’est sûr que ce fils surdoué Macron arrivé à la plus haute fonction de l’Etat ne peut que susciter une résistance de mauvais perdant chez ce père au verbe insurrectionnel si brillant sous prétexte d’insoumission au pouvoir de l’argent, alors même que s’il s’agit de prendre aux riches, il y a quand même au moins la soumission à une sorte de postulat, le pouvoir de ces riches qui réussissent à désespérer ceux qui croient que ce sont eux les ennemis qui les empêchent de réussir, des loups qui dévoreraient les pauvres agneaux s’il n’y avait pas pour les défendre et les faire accéder au bonheur ce dernier homme providentiel qui a tant de panache.

Cependant, comme le souligne Jean-Marie Rouart, « Où est ce roman national qu’on devait ré-enchanter ? Où sont les perspectives d’un monde meilleur ? » Comme la solution n’apparaît pas, évidemment des démons ressurgissent. Le sectarisme, le repli sur soi, l’égoïsme, le problème de l’immigration.

Le jour de la victoire de François Hollande, Nicolas Sarkozy est frappé dans son orgueil et son ambition, mais côté cœur, il a « trouvé une douce harmonie sentimentale et familiale avec Carla ». Tout ça pour ça ! En effet, Sarkozy a « sentimentalisé à l’extrême sa fonction régalienne… L’idylle a tourné à l’aigre, à la désillusion, au divorce ». Hiatus entre cette harmonie sentimentale personnelle qu’il affiche en partant, comme s’il emportait avec lui ce qu’il avait ambitionné de réussir pour la France, et le désamour que lui voue le peuple français qui s’est tourné vers l’homme normal, l’homme de pouvoir qui correspond à la dévaluation lente de ce que les Français attendent d’en haut : ils ont réévalué à la baisse le prestige lié au personnage, sa capacité de faire rêver, maintenant celui qui apparaît est juste normal, juste semblable au père que les enfants peuvent remettre en question au moment où ils désirent prendre leur indépendance. Jean-Marie Rouart se demande déjà avec Sarkozy (comme cinq plus tard il se posera la même question avec Hollande), « A-t-il inconsciemment programmé sa chute, à la manière d’un suicide politique, parce qu’il ne parvenait pas à réussir un pari impossible : harmoniser ses rêves avec l’amour inconditionnel des Français. » Noter cette touche : l’amour inconditionnel des Français. En effet, les Français, plus peut-être que tout autre peuple, peut-être à cause de leur Histoire qui avec Clovis a introduit la notion d’une fraternité humaine, d’une universalité dans ce sens-là, une grandeur qui tient peut-être au fait d’envisager l’humanité qui est dans le message de l’Evangile mais que la Révolution française a résolument tourné en quelque chose de culturel, tiennent à cet amour qu’il faudrait pouvoir enfin dire humain. Or, chaque fois qu’ils sentent que ceci n’est politiquement pas atteint, voilà le désamour et la désillusion qui s’élèvent pour dire que, décidément, la Révolution n’est pas encore achevée ! Alors, Jean-Marie Rouart ajoute cette touche si pertinente : « Il est à craindre que le Président n’ait pas mesuré le caractère religieux de sa fonction… Nous entrons là dans les arcanes de l’histoire française, où le religieux se mêle étroitement au politique… Voulant désacraliser la fonction… il a franchi une barrière sacrée qu’aucune Constitution ni aucun texte ne réglemente… Cette désinvolture dans les formes, outre qu’elle a choqué les intégristes républicains et les jansénistes gaullistes, l’a rendu politiquement plus fragile aux yeux de l’opinion qui ne l’a plus considéré comme un père, mais comme un grand-frère turbulent. » Si nous revenons à Clovis, ce personnage fondateur de notre pays, dont la conversion - beaucoup plus politique que religieuse puisqu’elle lui a permis d’achever la conquête de la Gaule en reprenant à son compte un monde romanisé - au catholicisme introduit dans notre histoire ce qui sera notre exception aux yeux du monde, cette idée de fraternité, d’humanité, cet écartement de Jésus, le premier révolutionnaire, d’avec une structure familiale pour aller vers les autres, nous voyons donc que la figure du fils devient consubstantielle au père. C’est ça qui est révolutionnaire ! Cette consubstantialité ! Sarkozy arrive au pouvoir comme si le père, Chirac, était mort, avait été le dernier d’une fonction encore sacralisée. Après lui, Sarkozy ne peut que fanfaronner. Lorsque Hollande arrive au pouvoir, voici qu’avec lui c’est une génération qui a été les enfants de Mitterrand. Hollande, Royal, Sapin, etc. ils sont là, au château, comme s’ils y avaient passé leur enfance politique. Le Président Hollande s’y retrouve tout autrement que le Président Sarkozy, il y a pour lui un doux parfum de consubstantialité, ou plus exactement il est dans une sorte de mitterrandie crépusculaire, comme s’il avait remonté le courant jusqu’à Mitterrand, et qu’alors il n’avait plus qu’à laisser faire son sevrage, son deuil du père, tout le long du quinquennat. Autant Sarkozy veut faire la preuve que parmi les frères, bien que petit il est le seul qui peut faire oublier la mort du père, autant Hollande va mettre en scène le lent et inexorable détachement de ce père, une lenteur qui laisse le temps au fils de reprendre le flambeau en réinventant la fonction, c’est-à-dire en lui redonnant de la hauteur, de la grandeur sur la base d’une coupure du cordon ombilical, d’un sevrage, d’une fin de l’illusion infantile. Jean-Marie Rouart défend Nicolas Sarkozy. Et, en effet, ne faut-il pas lire son très fin tableau impressionniste dans un enchaînement logique, où à chaque étape, en quelque sorte chaque personnage est à la hauteur de son rôle, dans une histoire où c’est à cause de leur exigence envers et contre tout d’arriver à cette liberté, égalité, fraternité, à cet humanisme universel qui depuis Clovis est une promesse de notre histoire qui s’est dans sa lente construction aussi imposée comme la grandeur unique de notre pays aux yeux du monde, que les Français se désillusionnent de leurs politiques car ils prennent de mieux en mieux conscience que cette promesse doit se réaliser autrement, qu’elle est impossible si l’on persiste, dans notre inconscient français, à tout mesurer par rapport au lien consanguin, donc à l’entre soi protecteur d’une famille.

Valérie Trierweiler. Un conte de fée ? Tout pour être heureuse ? Jean-Marie Rouart note qu’un mal secret semble la ronger. Mais quoi, en fin de compte ? Son amour maternant a accompagné Hollande jusqu’au pouvoir, tandis que s’il était resté avec Ségolène Royal, cette sorte de complicité et de compétition comme entre frère et sœur mitterrandiens, cela n’aurait pas été possible ? Et là, Hollande au pouvoir, elle reçoit en pleine figure qu’elle ne sert plus à rien, que la figure maternante a amorcé son programme d’apoptose, avant même d’être balancée en direct et pour raison politique sous les yeux de la planète ? Elle a compris, dans sa douleur et aussi parce qu’elle sait depuis toujours même plus qu’inconsciemment à quel point le couple à la fois mitterrandien et parental que Hollande fait avec Royal est indissoluble, que quelque chose de plus fort, de logique, en ce « château » qui fut de Mitterrand, où le couple passa son enfance en politique, s’enclenchait ? En tout cas, un scandale sexuel fait revenir la reine mère pour couronner le Président bon papa jovial et ce couple parental va laisser la fonction pleine du pouvoir se vider de sa grandeur presque fantasmatique, tandis qu’en son sein, justement, le fils Macron est en train d’incuber, jusqu’à l’audace de s’écarter de ce pouvoir. Valérie Trierweiler n’avait aucune chance de trouver la paix auprès du pouvoir ! A cause de ses contradictions ? Elle a joué son rôle ! Qui était limité dans le temps ! Comme la gestation, qui passe par le corps d’une femme, est limitée dans le temps… Avec elle, il s’agissait de la gestation d’un homme politique, avec une journaliste si belle que Hollande pouvait dire, c’est moi qu’elle a choisi… « L’échec de Ségolène Royal, qui lui est symboliquement imputable, ne lui sera jamais pardonné » ? Echec de Ségolène Royal, vraiment ? Aux jeux des échecs, n’était-ce pas Royal qui avait la Dame ? Lorsque Ségolène Royal a dit que Valérie Trierweiler devrait plutôt s’inquiéter de l’avenir, ne savait-elle pas déjà qu’une nouvelle Dame était dans le jeu ? Que, justement, quelque chose de sexuel, le scandale du sexuel, allait bien l’arranger, politiquement ? Absurde vendetta opposant Valérie Trierweiler à Ségolène Royal ? Ou plutôt, le fait que, même si le fantasme maternel prétend que c’est éternel, la gestation, y compris celle d’un futur Président par une ombrageuse mère corse comme Rouart décrit Trierweiler, a un début et une fin. D’ailleurs, cette fin n’est-elle pas annoncée par un nouvel amour ? En voyant de plus haut tout cela, par exemple par ce livre tableau impressionniste, nous nous apercevons d’une logique implacable, dans laquelle les personnages jouent un rôle qu’ils ignorent sur le coup. Alors, que peut l’intelligence ? En tout cas, Hollande semble n’avoir pas pu faire autrement qu’esquisser « étrangement une concurrence dans l’ostentation sentimentale avec Nicolas Sarkozy ». Hollande humilié par « l’attitude incongrue de la femme qu’il aime » ? Ou bien par ce besoin affectif d’une mère toute amour dévouée à lui, qu’après coup il voit comme son talon d’Achille, après la fierté d’avoir eu pour lui une femme que d’autres auraient pu convoiter, à l’image aussi de la fonction suprême convoitée ensuite ? Alors, ce « geste fort » de répudiation ? « Il sera difficile de ramener cet épisode à une péripétie de crêpage de chignon entre deux rivales amoureuses ». Et oui… « Ce dysfonctionnement sentimentalo-politique est donc d’une gravité inédite. » C’est plutôt l’affectif qui, en se révélant si intriqué à la question du pouvoir, aussi bien pour Sarkozy que pour Hollande, se suicide en direct. Un Président que l’on dit si secret, et puis qui a besoin finalement de trois femmes… tout cela visible ! Mais un quinquennat pour que cela se défasse par le désamour du peuple, tandis qu’une sorte de fils, qui apparaît si consubstantiel au père, vient prendre sa suite dans la fonction présidentielle, comme venant donner un tout autre sens à celle du président Hollande. Tout l’affectif se défait autour du président Hollande ! Une étrange raison politique le pousse à rejeter, aux yeux du monde entier, la « femme de sa vie » tel un amour matriciel qui n’a plus de fonction une fois le terme atteint. Au château encore si mitterrandien pour eux qui retrouvent un parfum affectif remontant à leur enfance en politique qui a perduré jusqu’à maintenant comme une étrange rente de situation juste par le pouvoir d’une sorte de nom du père, dans la maison du père, ce couple étrangement fraternel Hollande Royal tient le rôle de papa maman en train de désillusionner le peuple français telle leur ribambelle d’enfants en train d’être abandonnés à la vie. La fonction pleine comme un ventre gravide se vide inexorablement de ceux qui expriment de plus en plus le rejet, le désamour.

C’est à ce moment-là qu’à ces abandonnés à la vie se présente Macron, le fils consubstantiel au père, qui peut logiquement prendre la main, incarnant l’optimisme de la pulsion de vie, tandis qu’avec cette liberté de la coupure d’avec la dépendance affective, la fameuse inégalité qui par la promesse de s’attaquer à la finance avait été la raison d’être fantasmatique du quinquennat Hollande, peut avec la fonction vide devenir une égalité des chances à la base du quinquennat du président Macron qui va commencer. (L’arianisme ne reconnaît pas la consubstantialité du père et du fils. Seul le père est dieu, et le fils n’est qu’humain.)

En vérité, se rejoue avec ce passage de flambeau présidentiel entre Hollande et Macron le geste politique fondateur de Clovis. Non pas un geste religieux sauf si on donne au mot religion son sens de relier. Geste politique qui, en optant pour le catholicisme et en éloignant la tentation de l’arianisme, a permis de rassembler les territoires épars qui feront la France en entrant dans la romanité, et surtout a inscrit dans l’identité française l’humanisme inhérent à l’Evangile, la fraternité, la solidarité, l’amour de l’autre, tout ce qui sera au cœur des Droits de l’homme dans le sillage de la Révolution française. Tout ce qui sera aussi à la base de cette Révolution par laquelle le peuple exige que ces valeurs deviennent effectives pour lui. Dans une lecture vivante et politique actuelle, ce choix politique décisif, avec le catholicisme est entendu comme quelque chose de culturel et surtout politique et non pas religieux (puisque Clovis opère déjà une sorte de séparation de l’Eglise et de l’Etat, pose les bases d’une sorte de laïcité en disant à l’évêque de Reims St Rémi lors de son baptême qu’il redoutait une révolte de son peuple si lui-même abandonnait les dieux de la nation franque), il faut l’entendre à travers cette question si sensible chez les Français de l’égalité. Où la question des riches est ce qui suspend le pas de la cigogne du choix impossible entre l’arianisme (qui préconise de prendre aux riches pour donner aux pauvres, comme si cette richesse était assurée par une sorte de dieu le père favorisant toujours les siens dans un entre soi égoïste et consanguin) où un homme providentiel au verbe révolutionnaire saurait redistribuer cette richesse (mais en restant toujours dans la même logique d’un bonheur installé assuré par cette richesse à portée de cordon fonctionnant comme tapis volant matriciel) et le catholicisme où le fils consubstantiel au père montre qu’en se réalisant soi-même en mettant en branle par une égalité des chances les ressources en soi, l’imagination, les idées, chacun peut arriver à ces richesses, sans en passer par le sang de l’arrachage révolutionnaire. Le fils est, dans le choix politique catholique, c’est-à-dire universel, consubstantiel au père en ce sens qu’il ne met pas en question cette fameuse richesse que chacun doit obtenir pour vivre, une sorte de matérialité terrestre. Mais là où l’arianisme d’aujourd’hui présente cette richesse comme confisquée par un entre soi consanguin sous l’égide d’une sorte de pouvoir paternel plus ou moins nébuleux poussant à l’arrachage révolutionnaire pour partager, le catholicisme d’aujourd’hui, entendu dans son texte comme de la culture dont la lecture n’est pas accaparée par l’Eglise pour la seule interprétation possible religieuse, le catholicisme dans tout son sens humaniste et sa perspective d’amour des humains, met cette richesse à la portée de chacun si, par l’égalité des chances, chacun devient capable de se réussir.

Ceci impliquant que chacun devienne capable de voir l’autre, qu’il n’y ait plus au départ une logique de l’humiliation fondée justement sur l’inégalité des richesses, des origines. Une fois que la fonction pleine, avec ces richesses réelles ou fantasmées comme partageables, se vide, tel un ventre gravide qui a achevé sa fonction de gestation autour justement de cette question centrale de l’égalité entre les humains, l’égalité peut vraiment se jouer. Tout le monde est sorti du ventre. Ou en tout cas, le temps nouveau, c’est pour ceux qui sont dehors. Sans cordon. L’égalité, c’est l’esprit qui fait tenir ensemble la trinité, telle la devise de la France, liberté, égalité, fraternité. Liberté comme coupure de cordon ombilical et fonction pleine matricielle qui se vide, égalité des chances, fraternité par une sorte de réconciliation des humains dans la levée de la logique de l’humiliation. Car c’est ça, l’égalité des chances ! La fin de la logique de l’humiliation ! Un vrai et inaugural regard sur les autres, qui font leur entrée, librement !

Donc, Jean-Marie Rouart, comme une touche essentielle, souligne que le président Hollande stimule l’idéologie égalitaire. Plus que jamais, revoici ce vieux fantasme égalitaire ! « Cette croisade antiriches, qui reste le fonds de commerce électoral de Mélenchon et des communistes, n’est pas une lubie enflammée par les inquiétants agissements de la finance internationale ni une conséquence de l’antisarkozysme. Elle puise son origine dans les troubles profondeurs de l’histoire et de la société française qui repose sur un volcan. » Et oui, depuis Clovis, l’identité française contient en germe en elle cet humanisme, cette égalité entre les humains, cet amour des autres, mais n’arrive bizarrement jamais à se mettre en acte dans la réalité, seulement dans des velléités d’arrachage en ayant le sentiment que certains s’accaparaient tout. Comme si le choix entre l’arianisme et le catholicisme n’était pas vraiment acté, tout en ayant mis en gestation le futur humain libre et fraternel. « Il s’agit rien de moins que d’une guerre religieuse contre l’argent roi. En stigmatisant les grands dirigeants d’entreprise que François Hollande range au rang de ‘pleureuses’, on ouvre en fait la boîte de Pandore et on réveille un vieux démon français qui renaît à chaque crise : l’égalitarisme… Le sentiment de l’inégalité est une des caractéristiques de la société française. On peut se demander pourquoi. Les Allemands, les Anglais, les Américains semblent beaucoup moins en souffrir. Peuples commerçants, ils n’ont pas été handicapés par notre héritage catholique qui méprise l’argent et par un système de valeurs sociales qui a écarté l’aristocratie des activités commerciales… Mais c’est la Révolution qui, en établissant le principe d’égalité, a ouvert la porte à un grand rêve… » Pourtant, l’inégalité peut être, lorsque l’égalité des chances est effective, un élément moteur qui fait progresser, tirant vers le haut. Chateaubriand écrivait que « L’égalité absolue reproduirait la pire des servitudes… Vous réduirez l’homme à la vie de limaçon, vous le métamorphoserez en machine… Les Français n’aiment pas la liberté mais l’égalité, et l’égalité a des liaisons secrètes avec le despotisme. » Car il faut un sevrage intérieur pour arriver à la liberté, une coupure du cordon ombilical, un processus de désamour qui met en acte un rejet immunitaire des enveloppes placentaires parentales. Puis Jean-Marie Rouart évoque Napoléon qui « a fait du mérite personnel la panacée sociale. » La question de la conquête. Sauf que cela doit être une conquête avant tout intérieure. « Le discours socialiste ambiant risque d’aboutir à une remise en cause de cette méritocratie. » Oui, mais une logique secrète ouvre la voie à Macron… D’où un autre regard sur ce qui frappe chez Hollande, cette « persistance d’un discours idéologique dans une période qui ne laisse de place ni à l’improvisation ni aux idées vagues… On est entré en religion, en pleine idéologie… les sermons de Bossuet et des grands prédicateurs catholiques contre le riche… La principale victime de cette relance du discours égalitaire semble bel et bien la méritocratie républicaine. » En fait, ceci est logique pour porter à son plus haut point le désamour, le rejet immunitaire, le sevrage.

Mariage pour tous. Qui, à travers même la levée de boucliers de la famille traditionnelle et l’intrusion du religieux dans le débat, met paradoxalement en lumière le fait que l’élaboration et le perfectionnement de notre civilisation se sont faits par un apport largement positif depuis des siècles de l’Eglise de France à la République laïque. Celle-ci « a tiré un grand profit en calquant son catéchisme sur les principes évangéliques. » Soudain, c’est comme si l’individu, en voulant assouvir ses désirs personnels, mettait en cause l’intérêt général. « Comment, dès lors, atteindre une harmonie sociale face à la multiplicité des désirs individuels. » Par un interdit, ce que les psys nomment l’interdit de l’inceste, et qui est un sevrage intérieur, une coupure du cordon ombilical, un abandon de la croyance que les richesses sont à l’image de la nourriture qui arrive par cordon ombilical, par les parents, par un entre soi consanguin qui favorise et met sur des rails. L’harmonie sociale va de pair avec le fait de se sevrer de la croyance qu’on avance dans la vie en étant encore dans un cocon, un ventre, comme l’escargot qui transporte avec lui sa maison.

Les riches au pilori ! Jean-Marie Rouart insiste sur ces aspects du quinquennat Hollande. Matraquage fiscal. Mais sans toucher aux caisses juteuses des collectivités locales. Pendant ce temps, les riches s’exilent, comme Depardieu.

Le projet laïque défendu par Hollande et les socialistes, souligne Jean-Marie Rouart, est bien flou. « Le modèle républicain de la IIIe République, simple laïcisation de l’Evangile adapté aux progrès des Lumières, avait le mérite de la clarté… Alors un nouveau projet républicain ? Faute de dire quelle pensée l’inspire, quelle philosophie l’anime, comment pourra-t-il encadrer une société en proie à la folie du monde et aux surenchères ? » En vérité, Hollande travaille le processus de sevrage ! Et, plus que jamais, l’identité nationale ne s’avère-t-elle pas étroitement liée au choix politique de Clovis, qui a réussi à réunir les territoires qui feront la France ?

Hollande est donc une énigme, s’écrie Jean-Marie Rouart ! C’est « le Président qui ne parvient pas à prendre la lumière. » Extraordinaire touche impressionniste ! Il a frustré les Français d’un grand rendez-vous historique, insiste-t-il ! Logique ! Même avec sa boîte à outil ! Alors, le changement de cap annoncé ? On ne le comprendra qu’après coup ! Avec l’arrivée de Macron, le fils consubstantiel au père ! Ah ce président Hollande « qui semble hésiter à couper le cordon ombilical avec la phraséologie paralysante de son programme » ! Au contraire, il le coupe par le désamour croissant qu’il provoque en décevant des attentes qu’il avait portées à incandescence ! « Hollande a beau être un rondouillard, il semble ne pas avoir de corps ». Son projet semble « vraiment en deuil de pétulance et d’enthousiasme pour la vie… impression que la fête est finie. » Petites touches si pertinentes, qui permettent de suivre le fil logique que la lecture peut saisir.

Politiquement le plus affaibli de tous les Présidents de la Ve république, Hollande n’offre pas l’image d’un vainqueur, lors de son voyage en Chine, face à « cette superpuissance orgueilleuse qui jette sur l’Occident un regard de pitié sans commisération. » La Chine renvoie une image très dégradée de la France. « Le Président semble écrire son action avec une gomme… Qu’est-ce qui cloche à ce point dans la gouvernance de Hollande pour susciter une telle défaveur des Français, certes rouspéteurs mais légitimistes ? »

Et voilà : « La grande oubliée des hommes politiques, en France et à Bruxelles, c’est la vie quotidienne. » D’où le vote FN ! « Mais la situation est-elle suffisamment grave pour réveiller le volcan qui se dissimule sous les dehors d’un peuple débonnaire, aussi attaché à ses avantages acquis que l’étaient, sous l’Ancien régime, les aristocrates à leurs privilèges ? » Et voilà ! En fait, ce qui a immobilisé les choses dans une révolution jamais portée à terme, c’est que les Français ont assimilé ce qu’ils désiraient à la jouissance des privilèges comme les aristocrates, donc une image surplombée par une symbolique matricielle, immobile, fermée sur elle-même, d’où cette persistance du fantasme d’une richesse à prendre aux riches ! Or, c’est Macron qui est en train de relancer cette question de l’excellence, qui en grec se dit άριστος, donc une aristocratie à rejoindre autrement, où chaque individu sur la base de l’égalité des chances, et dans une sorte de fraternelle émulation où la réussite de l’autre peut jouer comme une barre mise haut, peut réussir. Tout autre chose que le ventre mou d’un peuple résigné. Les classes moyennes sont attaquées au porte-feuille par la politique de Hollande. Ce sont elles qui peuvent marquer le plus le désamour.

La question brûlante et douloureuse de l’immigration vient comme bousculer l’identité française qui s’est tissée avec le message évangélique de l’amour du prochain, de l’ouverture aux autres, de l’entraide, ce fonds des Droits de l’homme.

Les Français ne savent pas de quoi ils sont malades. « D’où leur vient cette langueur, cette asthénie, cette baisse de pression psychologique annonciatrice de mélancolie sévère et de dépression » ? Impression d’être face à un mur. « Aujourd’hui, c’est le réveil d’une grande illusion ». Nous y sommes ! Le peuple français, qui dans la tradition monarchiste et jacobine attend tout de l’Etat et du Président, ne peut plus rien espérer. L’image « d’un peuple universaliste et généreux » est atteinte.

Il y a jusqu’à Valérie Trierweiler qui accuse Hollande de ne pas défendre les sans-dents, que je verrais plutôt comme ces nourrissons qui n’ont pas encore les dents qu’il faut pour se défendre tous seuls dans la vie… Pendant ce temps, le Président semble vouloir défendre, comme un simple citoyen croyant au bonheur à portée de mains, comme un droit naturel et non pas à construire, son droit au bonheur…

La suite des élections municipales, avec le succès de Marine le Pen, ramène avec Valls du réalisme, lui qui promet de prendre le taureau par les cornes. Mais Marine Le Pen joue sur l’émotionnel ! D’autant plus que l’élite politique donne l’impression qu’elles « ont vécu dans un conformisme platonique, dans une réconfortante technocratie à l’abri des réalités »… Face à cela, le citoyen est de moins en moins passif.

Les attentats. Et la politique de Gribouille de l’Occident. L’islam appartient-il à notre culture proche ? « L’Occident peut-il s’exonérer de toute responsabilité ? »

Les Français soudés par la terreur. Instant quasi miraculeux. Des hommes ont préféré le dialogue avec leurs ennemis plutôt que le cycle infernal de la vengeance : Mandela, Gandhi, Martin Luther King, Yitzhak Rabin.

Dans le projet de réforme du collège, Najat Vallaud-Belkacem, donne la fâcheuse impression que « le mérite n’est plus le propre de l’individu, il est le vestige d’un privilège social. » Petite touche qui prend tout son sens avec la suite, l’arrivée de Macron, où le mérite personnel est remis en marche… Enlever le grec et le latin comme apanage culturel des classes bourgeoises. Comme si , comme l’écrit Peillon, « La Révolution implique l’oubli total de ce qui précède la Révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches prérépublicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. » Or, en enlevant toutes ces clés, « la civilisation française devient incompréhensible ». On ne comprend plus d’où on vient ! L’homme nouveau, seul, sans passé, est livré, écrit Jean-Marie Rouart, à la tyrannie du présent, sans être délivré des angoisses de l’avenir.

Grandes manœuvres pour les présidentielle de 2017. « Rarement le décalage aura été aussi grand entre les attentes angoissées d’une opinion morose et déboussolée, et ce rituel de la classe dirigeante qui, comme si de rien n’était, continue à faire tourner un manège qui n’intéresse plus personne. La « Désaffection pour la politique… s’amplifie. » Qui va ramener un peu d’humanité ? L’espoir ? Les partis extrêmes ? Le vote FN marque un refus du système politique en place, et l’exigence que la vie quotidienne des Français, en particulier dans les territoires oubliés de la République, soit prise en compte. L’Europe a déçu. Il faudrait refonder l’Europe « en tenant compte du malaise des peuples, des erreurs commises, des frustrations qu’elle engendre » et cela « peut finalement réveiller les gouvernants assoupis dans leur train-train… »

Lorsque Daech tue un prêtre, ce qui revient encore c’est que « la France, contrairement à ceux qui voudraient seulement la faire dater de la République et des Lumières, a un passé de liberté et de tolérance, beaucoup plus ancien, qu’elle doit à la fonction hautement civilisatrice du christianisme qui a placé la personne humaine et l’amour du prochain au cœur de ses valeurs… depuis Clovis et face aux barbares, elle a incarné la civilisation. Ce sont les moines qui ont recopié les textes du patrimoine antique… Platon.. Aristote… Sophocle… Euripide… Bien loin d’être la négation de cet héritage, comme on le caricature souvent, les Lumières en sont l’accomplissement… la laïcité est passée par là… cette séparation n’a pas empêché que la sensibilité française, l’âme française, en soit marquée à jamais… »

« … c’est par la culture que les Français doivent opérer un réarmement moral. Certes, il faudrait d’abord que ceux-ci croient en eux-mêmes, dans le caractère exceptionnel de leur patrimoine littéraire et culturel… »

Soif de renouveau, dans cette magistrale mise au rancart de professionnels politiques de droite et de gauche « accusés de n’être que des cumulards à bout de souffle, incapables de répondre aux attentes des Français… »

D’abord, la victoire de Fillon à la primaire de la droite « montre à quel point la France profonde, provinciale et catholique, est attachée aux valeurs d’une droite forte »… Puis les affaires rendent visible que pour celui qui brigue la plus haute fonction de l’Etat, c’est la famille d’abord, qui détourne à son profit l’argent dont disposent les parlementaires pour leurs collaborateurs. Cette rapacité immorale du « pour la famille d’abord » ! Donné gagnant, Fillon qui a montré son vrai visage de père qui assure à sa famille les privilèges, a ouvert la voie à Macron ! Fils consubstantiel au père, donc ! Tout reste à construire, à commencer par la réconciliation, et la mise en place de la condition d’une vraie égalité des chances ! Mais une page est tournée, un sevrage s’est fait avec le quinquennat Hollande et en cela le désamour a fait accomplir un saut logique aux Français, indispensable à leur maturation psychique et à l’acquisition d’une capacité politique et d’entreprise individuelle.

Ce livre de Jean-Marie Rouart nous offre le tableau impressionniste le plus fin et le plus talentueux pour qu’à la lecture, nous puissions apercevoir, en prenant de la hauteur par cette vue d’ensemble du temps lent de la politique, quel est le fil logique qui a abouti au Président Macron en lequel, par-delà les inquiétudes d’un peuple contradictoire, nous pouvons enfin trouver des raisons d’espérer, sans que nous soient épargnées les difficultés, celles qui auront besoin de chaque engagement individuel, donnant un sens à la capacité politique de chacun !

Alice Granger Guitard

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