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La Douleur - André de Richaud
lundi 17 juin 2019 par penvins

L’éditeur met l’accent sur le scandale qui entoura la parution du livre en 1931. Bien sûr il s’agit d’amour hors mariage, qui plus est en temps de guerre et avec l’ennemi. Cette situation a toujours provoqué la réprobation des bien-pensants. Mais la provocation de l’auteur ne s’arrête pas là, il enfreint le tabou absolu, la mémoire due au soldat mort pour la patrie. Et pourtant - sans doute animé par le désir de vendre et sentant bien que ce scandale n’est plus à l’ordre du jour, Grasset - qui soit dit en passant apparaît peu regardant sur la biographie de l’auteur né ici en 1909 mais dans la préface de L’étrange visiteur en 1908 et dans celle de L’amour fraternel en 1907, Grasset donc, oriente notre lecture vers la douleur d’une obsession charnelle irrépressible : La douleur [ ... ] est celle qu’entraînent les pulsions inavouables et les fantasmes combattus.
On pourrait ajouter que formé à rejeter toute considération biographique dans l’analyse littéraire, vieille mode héritée des années d’après-guerre où il importait tant de taire les faits historiques, il nous est devenu difficile de rattacher l’écriture à l’homme qui la produit.
Et pourtant ce dont il est question dans ce roman, cette douleur à laquelle il est fait référence, exacerbée par la mort du père au combat pendant la Grande-Guerre, puis celle de la mère quelques années plus tard, cette quête de l’amour maternel devenue impossible nous fournit, sans qu’il soit nécessaire de renier les autres lectures, un axe de réflexion beaucoup plus pertinent que les poncifs mis en avant par les préfaciers.
Le vrai sujet du roman, ce n’est bien sûr ni la pulsion amoureuse d’une femme encore jeune, ni la réprobation qui doit accompagner les amours illégitimes, ni même l’impasse qu’il y aurait à aimer un ennemi de la patrie, c’est bien plutôt la douleur d’un enfant qui ne se sent pas aimé de sa mère et celle d’une mère qui comprend que son enfant lui échappe.
Le vrai scandale c’est cet inceste latent qui fait que la mère chasse, sans pitié aucune, la petite fille qui pourrait lui voler son fils. Le vrai sujet c’est la difficulté pour l’enfant d’échapper à cette emprise d’autant plus forte que s’y mêle amour et haine.
Il déteste cette femme comme il n’a jamais détestée quelqu’un lorsqu’elle suggère qu’il pourrait avoir un petit frère.

Parce que l’enfant en est à l’âge où l’on découvre la sexualité et que tout d’un coup il est confronté au mystère de la Création qu’il aimerait tant partager avec sa mère :

En rentrant à la maison,[après le cathéchisme] il se précipita sur sa mère pour lui apprendre les merveilles de la Création. Elle paraissait absorbée et rêveuse. Elle avait bien autre chose en tête ! L’enfant fut très vexé de son indifférence […]

Tout est dit.

L’enfant s’inquiète alors de ne pas tout dire en confession. Il a peur d’oublier même s’il sait que le curé ne se souviendra pas de ses péchés, il voudrait ne pas avoir à les dire et de se tourmenter ainsi il y pense encore plus. L’auteur se dévoile :
Je voudrais que vous soyez écrasés par la douleur de ce gosse tremblant qui cherche son tourment. Naïvement, il croyait pouvoir oublier, mais il donnait du poids, en quelque sorte, à son péché, à mesure qu’il y pensait.
A force de la voir en esprit, cette fille nue, il se mit à désirer encore la voir réellement.

Il ne s’agit pas ici de tenter de percer ce qui ressort de la vie de l’auteur de ce qui n’est que création, mais de souligner ce que l’auteur nous donne à entendre, les tourments qui l’accablent, le poussent à écrire pour se faire pardonner sans avoir à dire précisément. On se souviendra simplement qu’André de Richaud a perdu son père au début de la Grande Guerre et a vécu 9 années de préadolescence seul avec sa mère qui meurt 7 ans avant la publication de ce roman. Et l’on voudrait nous faire croire que la littérature ne se nourrit que d’elle-même ! Ce roman bien dans l’air de son temps, écrit avec malice autour d’une histoire scandaleuse pour le lecteur de 1930 raconte les tourments d’un enfant qui a pris – ou auquel on a fait prendre – la place du père et interdit de s’intéresser à une autre femme qu’à la mère. La petite réfugiée qui du fond de son lit les regarde avec son œil de verre ne sera-t-elle pas accusée de vol et chassée sans ménagement, les sentiments du gamin pour sa mère ne cessent d’aller d’amour à haine et de haine à espoir d’être aimé. La littérature, celle qui est exigeante, qui exige qu’on écrive pour échapper à l’indicible ou à l’alcoolisme comme il adviendra un temps de cet auteur que l’on n’a pas su écouter, elle est là dans ce roman que les bien-pensants censurèrent pensant censurer l’adultère péché parmi les péchés alors qu’on leur parlait des tourments de l’amour filial.



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