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Hemlock - Gabrielle Wittkop
vendredi 29 janvier 2021 par penvins

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Préface Karine Cnudde

Trois meurtrières ( Béatrice Cenci, Marie Madeleine d’Aubrey, Augusta Fulham) ou plutôt quatre, Gabrielle Wittkop répète trois fois le meurtre qui l’obsède, qu’elle n’a pas encore commis mais qu’elle désire tant, même si elle n’y a qu’une part un peu en retrait, celle d’une incitatrice, complice certes et puis finalement meurtrière, condamnable évidemment, mais au terme d’un long procès dont l’Inquisition, elle-même fascinée par la mort, retarde indéfiniment l’issue. On peut lire Hemlock comme le roman de cette jouissance chaque fois renouvelée à travers les siècles de maintenir en vie ce père que l’on est en train de tuer. Le poison participe de cet érotisme, de cette volupté de faire durer. Père à la fois aimé et haï, père libertin de l’enfance et père épousé, H, désigné comme le père et la mère, le frère et la sœur, l’époux et la maîtresse, finalement celui que l’on aimerait voir disparaître. Pour Béatrice Cenci c’est le couple œdipien : inconsciente apparition de deux aveugles. Œdipe aux yeux quatre fois crevés, à qui elle portera le coup fatal en crevant l’œil du père. Pour Hemlock c’est celui qui fait d’elle une esclave au service d’un malade qu’elle dissuade de se suicider tout en le souhaitant : Hemlock dissuade et persuade. Elle veut et ne veut pas. Plus que les scènes de grande cruauté ce qui retient l’attention ce sont ces longues pages où la sentence ne fait aucun doute, mais où elle doit pour être rendue en passer par une interminable inquisition, prétexte à un sadisme institutionnel et non à un jugement où s’affronteraient accusation et défense. Comme si Hemlock demandait un jugement impartial, comme si elle avait besoin d’un procès équitable et que faute de pouvoir décider entre persuader et dissuader elle s’attardait encore et encore à jouir des abominations dont elle a été actrice et victime à l’image de ce dallage à double entente du palazzo Cenci, à l’insupportable justification morale du meurtre, répond le « il faut… avant qu’il ne soit trop tard ».
Il faut aussi pour bénéficier de l’héritage, supprimer le père, mais également les frères avec lesquels on a eu des rapports incestueux.
Avec l’histoire d’Augusta, le père disparaît, il meurt alors qu’elle n’a que trois ans, il s’agit désormais de se débarrasser d’un mari sans ambitions installé dans l’alcoolisme et la bureaucratie. Augusta avait trouvé dans le crime un excès paraissant la soulever au-dessus d’elle-même. Son mari – le mari qu’on lui a trouvé – est à l’image de son père un ivrogne mais aussi un infirme avec un bras atrophié et non cet homme – son père - à qui elle pense avec une espèce de fraternelle compassion. Edward est un ivrogne mais c’est surtout un être faible qu’il faut embaumer dans les odorant hypogées du crime. L’enterrer pour lui épargner l’indifférence.
Ainsi sans doute Gabrielle Ménardeau entend-elle garder le secret de sa relation au père. Rien ne servirait de savoir… nous sommes ici pour ne pas résoudre d’énigme contentons-nous de retenir : each man kills the thing he loves et bien sûr : La vérité est la part du discours passée sous silence. De ces trois versions des meurtrières reste l’ambiguïté d’Hemlock qui voit son amant dépérir et culpabilise de vouloir abréger ses souffrances.
Un roman qui ne peut laisser indifférent tant il véhicule de douleurs sublimée.



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