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Nos ancêtres les Arabes - Jean Pruvost
vendredi 1er octobre 2021 par Yazid Daoud

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Parler l’arabe en français.
Autour de Nos ancêtres les Arabes de Jean Pruvost.

D’où viennent les langues ? Apparemment, des autres langues. C’est suivant ce constat que Jean Pruvost intitule son essai Nos ancêtres les Arabes (Ed. JC Lattès, 2017). Ce titre parodie la célèbre expression « Nos ancêtres les Gaulois » apparue la première fois dans le Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de Ferdinand Buisson. Le titre de Jean Pruvost vient ici dans une perspective de correction. Si le titre de Buisson a quelque chose de péjoratif comme le montre Pruvost, le titre de ce dernier est au contraire élogieux. Il s’agit pour l’auteur de rappeler que la langue arabe a donné à la langue française des moyens d’expressions considérables. Il est étonnant pour un Français de savoir qu’il ne peut pas parler sans prononcer un mot d’origine arabe. Tout Francophone parle nécessairement l’arabe en français. C’est que cette langue vient en troisième position parmi les langues auxquelles emprunte le français, les deux premières étant l’anglais et l’italien.
Jean Pruvost tient à ce que les gens réalisent cette présence insistante de l’arabe dans la langue française. Une présence que le Français ne perçoit pas rapidement vu la francisation qu’ont subis les mots d’origine arabe. Ainsi, des mots comme « truchement, magasin ou amiral » sont difficilement repérables comme arabes. Seul l’anglais n’a pas été bien francisé selon Pruvost, comme le montrent les mots « week-end ou football ».
Pour Pruvost, il est tout à fait naturel que la langue arabe s’infiltre dans le parler français après les progrès scientifiques et philosophiques du monde arabe à une certaine époque. Il cite dans ce sens les penseurs du Grand Siècle (XVIIe siècle), dont Furetière, qui reconnaissent la valeur de la langue et la civilisation arabes. Dans son Dictionnaire universel, Furetière explique que les «  Arabes ont été savants en Médecine et en Mathématique. Le Père Ange de St Joseph dit que la Langue Arabe est si féconde, qu’il y a 1000 noms pour signifier une épée, 80 pour le miel, 500 pour le lion, et 200 pour le serpent. » Cette fascination devant l’expressivité de la langue arabe explique les emprunts « de luxe » qui pullulent la langue française. En effet, Jean Pruvost rappelle la distinction que font Ferdinand Brunot et Charles Bruneau entre un «  emprunt de nécessité  » et « un emprunt de luxe  ». Le premier type concerne une chose nouvelle telle que le « jasmin » ou « le satin » ; le deuxième résulte plutôt de la fascination. Ainsi, le français qui dispose du mot « interprète », y ajoute également le mot arabe « truchement  ».
Il semble donc que tout dépend des rapports de force. Si l’arabe s’était imposé au français. Le français s’impose aujourd’hui à l’arabe. Cependant, il est curieux de remarquer que le parler arabe emprunte aujourd’hui des mots français eux-mêmes empruntés à l’arabe, mais en gardant la prononciation française. Ainsi, le Marocain a-t-il l’habitude de dire « allons au café » et non « qahwa » qui est le mot d’origine. Il en va de même pour des mots courants dans les dialectes marocains tels que « magasin (makhzan), hasard (zhar), alcool (kohoul) ou même gilet. » Hélas ! Nous aussi, nous parlons l’arabe en français.

Daoud El Yazid, professeur agrégé de lettres françaises. (Maroc)



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