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L’odyssée des oubliés - Khalil Diallo

Editions Emmanuelle Collas, 2021

dimanche 11 septembre 2022 par Alice Granger

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Celui qui dit « je » dans ce roman est né dans un village sans ressources, hostile à la vie, dont le nom signifie « le pays de la forêt », où la nature est devenue un champ de bataille à cause de mercenaires nationalistes, en Afrique de l’Ouest, dans une enclave entre la Guinée et le Sénégal. Sa naissance, alors que cette nature semblait s’être révoltée, une nuit de Faniké, cérémonie ancestrale où selon les Anciens « nul ne naît », a écrit un destin de migrant qui n’échappera pas à la violence humaine ! On l’a nommé, selon le souhait de son père assassiné avant sa naissance, Sembouyane, qui signifie « celui dont personne ne veut », en voulant faire un pied de nez à la malédiction, comme en lui disant par ce prénom : devient migrant, si ici personne ne veut de toi, ailleurs peut-être sera la terre promise, et l’imagination devance très tôt le départ ! En effet, dans la situation terriblement difficile de son enfance, c’est son grand-père, tout en lui apprenant la patience, qui nourrit son rêve donneur de vie ailleurs en lui parlant de Paris, où tant d’écrivains ont vécu, qui lui fait découvrir la littérature, évoque les voyages, lui enseigne la tolérance en lui disant que les gens ont un mal fou à se comprendre et que c’est pour cela qu’ils semblent se haïr ! Ses paroles préparant au départ lui donnent sa vie future, et mettent en lui la force de se battre contre l’adversité qu’il ne manquera pas de rencontrer ! Diary est l’amie d’enfance qui fait battre son cœur, avec laquelle il chante lors de longues promenades dans la forêt, et dont il sent qu’elle incarne déjà pour lui la littérature ! La veille du rite d’initiation dans la forêt qui doit lui donner le titre d’homme, elle se donne à lui comme si c’était la dernière nuit, et l’initiation elle-même ! Ce qu’il gagne est ce qu’il perd ! Là aussi, c’est prémonitoire d’une migration pour perdre la vie, la violence humaine restant la plus forte, lorsque des êtres humains, obligés d’avoir de l’argent pour migrer, attisent alors la convoitise la plus sauvage, et ne sont plus des vies mais de l’argent faisant passer à l’acte la barbarie prédatrice !
Lorsque Sembouyane revient de la forêt, après son initiation, il n’a plus d’autre choix que de fuir, devenir migrant, car il ne reste plus de son village et de ses habitants qu’un amas de chair et de sang, Diary elle-même a été violée et assassinée ! L’initiation s’avère être à cette horreur absolue ! Aussitôt, le rêve de rejoindre les rues larges et belles de Paris, la ville de toutes les réussites dont lui parlait son grand-père, fait de lui un migrant qui a en lui la force et l’imagination comme viatiques pour lutter contre l’anéantissement chaque jour sur le chemin tragique où tant de vies humaines n’arrivent jamais au but !
C’est sans argent qu’il se met en chemin, tandis qu’il pense aux paroles de grand-père, telle sa présence qui ne lui manquera jamais, qui lui recommandent d’avoir de la foi et de l’endurance, et surtout qui lui disent qu’il trouvera le long de son voyage des êtres qu’il lui faudra aimer, car elles lui redonneront à chaque fois la vie en lui ouvrant des portes inconnues ! La première de ces vies humaines ouvreuses de portes est son ami orphelin Idy, qui a tout vu du massacre mais est resté miraculeusement vivant parce qu’il s’était couché à terre pour faire le mort. Se préparant à partir ensemble, c’est lui qui a l’idée pour trouver l’argent ! Ils vont le dérober à un vieux voleur !
Cet argent permet déjà de payer le chauffeur d’un camion-poubelle acceptant de les faire sortir du pays. Khalil Diallo peint déjà la vérité : ces jeunes migrants voyagent comme des déchets qui s’ignorent, et qui, pour ne pas être vus, se couvrent d’ordures ménagères ! Ils sont le déchet de l’humanité, ces oubliés, qui n’intéressent plus que ceux pour lesquels leurs vies se réduisent à de la source d’argent, de profits, de fonds de commerce juteux ! « Dans cette benne, nous tentons comme des milliers d’Africains avant nous la ruée vers la Terre promise. L’opulence ou la mort. » Le chauffeur les dépose au Sénégal, près d’une décharge évidemment !
Désormais, c’est un passeur, du nom de Sami, qui a la réputation parmi les migrants d’être le plus expérimenté et le plus fiable, qu’il s’agit de trouver, et qui se trouve au Mali ! Après une nuit dans un hôtel miteux, les deux amis migrants vont à la gare routière, et ils montent dans une voiture qui semble une carcasse après un accident, où des passagers s’entassent, où la chaleur est infernale, et où les conversations tournent autour du virus Ebola qui sévit, mais surtout de la théorie du complot disant que cette épidémie n’est qu’une création de l’Occident pour maîtriser la population africaine et avoir la mainmise sur les ressources naturelles du continent ! Sembouyane trouve parmi les passagers un humain, comme son grand-père le lui avait dit, qu’il doit aimer parce qu’il lui ouvrira la porte inconnue de la migration. C’est Karim, qui a l’expérience de la migration, puisqu’il en est à sa troisième tentative, et aucun garde-côte ne saurait l’arrêter pour cette quatrième ! Sa voix calme trahit pourtant toutes les humiliations subies ! Mais pourquoi tient-il tant à partir, se demande Sembouyane, alors qu’il a une maison, une famille, qu’il n’est pas menacé par un conflit ? Alors, Karim lui confie que même mourir est doux par rapport à la honte d’être impuissant à être le soutien matériel d’une famille, à subvenir à ses besoins ! Il est un migrant économique ! Son père avait réussi à lui donner une éducation, mais un accident l’avait mis hors d’état de travailler, et Karim son aîné devait reprendre le flambeau ! Le statut misérable des paysans avait précipité l’exode rural, d’où l’asphyxie du marché du travail, et la corruption, d’où pour Karim l’impossibilité de travailler ! C’est la honte qui a fait de lui un migrant ! Il rêve de revenir les poches pleines !
Miracle, ils sont arrivés au Mali ! Et autre miracle, le chauffeur, si discret, n’ayant rien perdu des conversations de Karim, Sembouyane et Idy, propose de les amener à la gare, afin de passer par le train au Niger, puis en Lybie. C’était donc vrai, ce qu’avait fait entendre le grand-père : à travers des êtres humains, la vie pouvait vous sourire ! Dans la voiture, Karim parle des tissus maliens, qui sont très prisés et dont des femmes font un commerce très lucratif, comme une perspective future de gagner de l’argent. La conversation semble ouvrir une perspective heureuse, alors que ce n’est que le début du voyage ! Un nouveau passager de la voiture, un homme à lunettes cerclées, est d’une grande générosité pour partager les informations, et faire rêver des migrants qui ne demandent qu’à rêver ! Il semble être un ange venu les éclairer sur le chemin ! Sembouyane est sûr qu’il est comme eux, l’inquiétude se lit sur son visage, et il se penche curieusement sur sa feuille, pour écrire. Ils sont donc une grande famille d’âmes se lançant dans la clandestinité, dans ce train qui avance vers un ailleurs redouté « comme les bateaux négriers des siècles précédents » ! Hélas, à Bamako, des contrôleurs les font descendre du train en prétextant que leurs billets sont faux, et les conduisent au poste de police, et c’est le visage d’un monde en perdition, non pas la terre promise désespérément rêvée, qui se révèle brutalement ! Cette arrestation semble n’avoir pas eu d’autre but que de laisser le train repartir sans ces migrants !
Forcés de dormir dans un hôtel miteux qui semble un havre de paix à des humains si fatigués, c’est pourtant une pause qui laisse du temps aux paroles finalement donneuses de vie en train de vivre, luttant contre l’anéantissement ! L’homme aux lunettes cerclées s’appelle Alain, et il est écrivain, confie-t-il. Sembouyane, Idy et Karim sont surpris qu’il soit aussi un migrant ! Alors, il raconte qu’il a toujours contesté les dictatures sous toutes ses formes, et que devenu un écrivain engagé, il était un ennemi du pouvoir, à éliminer ! Rester dans son pays, c’était la prison, ou pire, et la seule issue devint l’Occident, avec la mission d’y faire entendre les voix perdues dans le cachot de la misère et de la dictature de son pays. Désormais, il témoignera par l’écriture des vies de ces oubliés migrants, avec lesquels il tente de rejoindre un ailleurs meilleur, dont tant mourront en route. L’écriture dira à l’Europe, au monde, aux migrants eux-mêmes, que finalement ces vies qui ne valaient que par l’argent pour les fonds de commerce juteux de trafics d’humains, étaient plus grandes qu’elles-mêmes, parce qu’au cours de cette migration terrifiante de risques, elles eurent la capacité dans le malheur de savoir accueillir de l’humanité, du merveilleux, des choses simples venant littéralement redonner de la vie, de la chaleur humaine, le miracle d’une fraternité, sur le chemin même de la mort. Même les risques de mort, témoigne à l’Occident cet écrivain, Alain, sont moins pénibles que ce que chacun de ces migrants fuit, d’où leur énergie du désespoir, leur détermination à rêver à une terre promise, qui les fait tenir, la force même de leur imagination ! Cet écrivain préfère la mort plutôt que voir ses compatriotes souffrir de la dictature ! Ce qui interpelle Alain, c’est pourquoi un dictateur craint à ce point l’écriture, la littérature, qu’il fait de l’écrivain un ennemi du pouvoir ! D’où sa conviction de la force de l’écriture, comme la vraie arme de paix ! Le risque de cette écriture, pour le dictateur, est qu’elle réussisse à faire s’unifier l’insoumission, la résistance, la révolte, à faire que les humains n’aient pas peur des risques, puisque rester en dictature, c’est ça la mort, ce n’est pas vraiment vivre ! En écoutant Alain l’écrivain, qui semble se mettre en phase avec son grand-père, en enfance, qui lui parlait de la littérature, Sembouyane se met à rêver de devenir lui-aussi capable, par les mots, de dénoncer l’horreur de ce qui se passe dans son pays, mais aussi de faire rayonner la langue française, symbole de liberté pour lui, depuis les paroles de ce grand-père ! Il voudrait montrer le vrai visage de l’Afrique ! A la France, à l’Occident ? Pour que le rêve de France soit qu’elle travaille à rendre possible aux Africains de rêver d’une autre Afrique que celle qui jette des migrants à la merci de la convoitise de ceux qui font un juteux commerce de la migration.
C’est par les paroles d’Alain que Khalil Diallo nous dit la violence sans fin du Cameroun, depuis les indépendances, les atrocités, les viols, les orphelins par milliers, les villages détruits, les humains considérés comme inférieurs à cause de leurs appartenances tribales, le président-dictateur éternel de ce pays qui assassine dans l’indifférence générale et dont seuls ses proches peuvent sourire ! Les mots qui écrivent l’horreur sont toujours moins violents que la réalité terrifiante qu’ils disent !
Ce roman poignant témoigne aussi, à travers le cas de Karim, que ces migrants se mettant en route avec l’énergie du désespoir gardent des principes moraux plus forts que tout. Karim annonce à ses compagnons qu’il renonce à migrer, parce que son père est mourant, et qu’il doit retourner auprès de sa famille, même si la honte est en lui de se sentir si impuissant comme soutien de famille ! Si Sembouyane comprend la décision de Karim, il sent le ciel s’écrouler sur lui, car ils n’auront plus son expérience pour traverser le désert, connaître les chemins, reconnaître les faux passeurs ! Un homme s’en va, et tout peut s’effondrer ! Importance de la vie humaine, capable de redonner la vie à d’autres ! Quant à Karim se préparant à rentrer au Sénégal, il pense que la chance cette fois pourrait lui sourire en se mettant à faire commerce des tissus du Mali ! En prouvant que le commerce pourrait changer l’Afrique ? ! Pour les autres, qui se préparent au combat féroce que sera désormais leur traversée, c’est la première fois, au cours de la migration, qu’a lieu la séparation d’avec un ami. C’est très douloureux ! Mais avant de les quitter, Karim leur donne des conseils nourris par son expérience, il les transmet ! Afin qu’ils trouvent en chemin les bonnes personnes, celles qui connaissent parfaitement les ruses du désert ! Donc, ses paroles, avant de les quitter, sont donneuses de vie résistante, d’espoir face aux risques d’un désert avaleur de cadavres et aux tempêtes incontrôlables, de ne jamais se perdre « dans le désert de jour et de nuit », de trouver des oasis ! Il leur donne aussi le nom d’une femme, Maguy, qui à Agadez, au Mali, prendra le relais, à leurs yeux, de l’ange gardien, allant elle aussi en Europe, et surtout sachant où trouver le passeur Sami ! C’est une vraie feuille de route que Karim a laissée aux migrants, généreusement, sa vie ainsi étant plus grande qu’elle-même qui a échoué à migrer, mais dont l’expérience profitera à d’autres, qui peut-être réussiront ! Il y a une chaîne de solidarité à travers le temps et l’espace qui se tisse par les paroles et par l’écriture, fil d’Ariane de l’aventure humaine ! C’est cela que nous dit Khalil Diallo par son beau roman, qui n’oublie pas les oubliés, dont l’odyssée est une lutte âpre, désespérée, contre l’anéantissement, qui fait la preuve que des rencontres, des humains, de belles âmes dans tant de brutalité, sont sans prix !
Les migrants peuvent ainsi poursuivre leur route grâce à la bonté de Karim, qui a « marqué une pause au milieu de la violence », qui est, dit l’auteur, « un contrepoint à tout ce que nous avions vécu auparavant » ! Ils partent dans un taxi en bon état, dont le chauffeur Ali, un Peul de Guinée, parle très bien le français, et qui dit qu’il vient du pays des hommes intègres, la Haute-Volta. Il reste donc, en Afrique, des hommes intègres, c’est une bonne nouvelle ! Ali a la chance rare d’avoir un métier, avec ce taxi !
Pendant les deux mois de la traversée, c’est Alain l’écrivain, bien sûr, qui s’occupe de tout, et Sembouyane peut prendre la mesure de sa propre passion pour la littérature, dont il semble saisir avec une intelligence fulgurante qu’elle est ce verbe donneur de vie qui déroule son fil d’Ariane à travers l’espace-temps afin que l’aventure humaine réussisse à lutter contre son anéantissement, ce que font ces migrants, ces oubliés que l’écriture n’oublie pas, ce surgissement de l’humain qu’est le migrant comme le dit Patrick Chamoiseau ! Alain apprend à lire à Sembouyane, afin qu’il devienne écrivain ! La traversée du désert malien lui a ainsi offert pour compagne la langue française, ce verbe qui lui redonne de la vie, ouvre la perspective au moins en imagination et en rêve ! « Cela m’aide à échapper à la dure réalité de l’exil ». Cette langue de la littérature semble être la femme ange gardien du tableau de George de la Tour dont parle René Char, qui, ayant à la main la bougie qui donne une lumière diaphane, montre de sa main gauche au prisonnier l’issue ! Langue française comme une fiction merveilleuse, qui lui fait oublier la douleur de ses muscles ankylosés ! Langue qui permet aussi de raconter le voyage, donc de commencer à son tour à témoigner et à transmettre !
Arrivés à Agadez, les migrants trouvent la femme dont a parlé Karim, qui, avec ses formes généreuses, sa beauté, sa sensualité, la volupté qu’elle dégage, incarne une oasis dans ce désert ! Sembouyane est très troublé, mais il doit différer son désir, tant chaque seconde compte pour trouver le passeur Sami pour la Lybie ! Celui-ci sera vraiment le passeur Charon, celui qui mène ses migrants vers l’enfer plutôt que vers le paradis d’Occident, exigeant des sommes énormes pour les guider à travers des obstacles que les non-initiés ignorent, en navigateur expérimenté, tel Magellan avec sa caravelle. C’est un vrai fils du désert, lorsqu’il réussit, parmi tant de faux passeurs qui sont des loups à l’apparence d’agneaux ! Les paroles de Sami, tout de suite, font « faire vivre toute l’intensité du moment aux voyageurs. Son heure de gloire. » Verbe donnant la vie, la force nécessaire pour se préparer aux risques inimaginables ! Il a alors, tel un pharaon, droit de vie et de mort sur les migrants, car il connaît « mieux le terrain que les meilleurs géographes du continent », c’est lui le vrai explorateur moderne, capable d’ouvrir de nouvelles routes dans le désert, de trouver de nouveaux repères et des points d’eau inconnus. Le véritable passeur a tout abandonné pour sauver des vies ! C’est dire si les vies de ces migrants sont entre les mains de Sami, dont Khalil Diallo écrit que pour lui, être passeur est un vrai humanisme ! La cabane où se trouve Sami est, bien sûr, dans un endroit lumineux ! Il est devenu une légende. « Son nom résonne partout » ! Il a survécu à tout ! Comme pour oublier les risques de son métier pas comme les autres, il s’adonne sans scrupules à la lubricité, ne passant jamais deux nuits consécutives avec la même femme ! Sami annonce tout de suite qu’il ne voyage pas avec n’importe qui, qu’il ne veut pas des lâches, et ne part que lorsqu’il a réuni le nombre suffisant de migrants courageux ! Départ pour Tripoli fixé ! Il se fait payer d’avance une somme exorbitante, dit aux migrants de se munir de suffisamment de bidons d’eau, car dans le désert, l’argent ne vaut rien, et l’eau tout ! Il leur promet la vie sauve s’ils se tiennent à carreau ! La personnalité de Sami est si forte que la terreur et l’excitation habitent les migrants ! Son verbe aussi, oxymorique, donne la vie, le rêve, l’imagination, plus forts que la mort ! Quarante personnes, de toutes les nationalités africaines, sont prêtes pour le départ sur la route des clandestins, entassées dans la benne, où d’abord ils sont violemment secoués, comme dans un utérus qui peut avorter ! A la première embardée, un migrant trouve d’ailleurs la mort, en étant projeté hors du camion, qui ne s’arrête pas ! Chaleur assommante, terrible vent du désert, langues de Babel dans la benne ! Terreur du désert, pour les migrants ! Le camion se bat contre la tempête de sable, ils sont dans des entrailles de sable ! Puis cela se calme d’un coup, et les migrants découvrent que leur passeur est resté, dans cet enfer, très calme. Il les a sauvés, mais ils savent maintenant qu’ils risquent le pire ! Sami ne suit jamais la route, ne risque pas la rencontre de douaniers, et le désert joue avec eux, fait s’éloigner une source d’eau. Premier arrêt après trois jours. La nuit dans le désert dévore par le froid ceux qui n’ont rien pour se couvrir, qui meurent dans leur sommeil ! L’instinct de survie, sauvage, vient habiter les migrants, faisant surgir le pire en eux, l’égoïsme et l’individualisme, le chacun pour soi. Heureusement, ils ont la preuve chaque jour que leur passeur connaît son chemin ! Il commence même à parler, à raconter les risques, par exemple qu’ils viennent d’entrer sur le territoire de terroristes ! Une femme, dans un coin du camion, pleure depuis le départ, et les migrants n’en peuvent plus, ils menacent de se débarrasser d’elle, mais Maguy intervient, seule à s’occuper de la jeune femme. Son geste humain, la caresse de son visage, est sans prix. Plus apaisée, elle explique que l’homme tombé du camion, avalé par le désert, était son fiancé. Alors, dans le camion, elle se laisse mourir, ne boit pas, ne mange pas. Tandis que Maguy veille sur son agonie, plus personne ne fait attention à elle, chacun luttant contre son propre anéantissement ! Elle s’appelait Makandia ! La traversée du désert se poursuit, les visages sont livides. Heureusement, la voix de son grand-père surgit de l’intérieur de lui-même, pour donner force et espoir à Sembouyane ! Il confie à son grand-père que le voyage est terrible, que des morts sont avalés par le désert comme dans un avortement, mais celui-ci dit à son petit-fils de se concentrer sur le beau et le bon, de dévorer par les yeux ce qui est sans prix, par exemple les amis qui sont aussi de la traversée, fraternité soudée par les épreuves. Il lui parle d’Alain l’écrivain, qui l’aide à devenir écrivain à son tour, de Maguy qui est d’une grâce éblouissante mais heureusement est aussi une tigresse qui sait se défendre ! Ainsi, le jeune migrant apprend à voir vraiment ces autres, passagers d’une même galère !
Ils arrivent dans une oasis qui est le dépotoir du monde, avec ses mendiants, ses amputés, ses ordures, et ses humanitaires qui aident à survivre, et cette vision instille en eux une déception infinie. Les migrants se débrouillent pour acheter du pain artisanal, refaire leur réserve d’eau, et se reposer si possible. La vie dans cette oasis a un air paradoxal de vie normale, et semble être la destination finale, comme l’anticipation peut-être des camps de migrants où ils devront vivre à leur arrivée, pour les plus chanceux, dans ce qu’ils rêvent toujours être la terre promise ! Pourtant, dans cette oasis, il n’y a aucune fraternité entre ces migrants aux nationalités africaines multiples, c’est la désolation, le désespoir, le deuil du rêve d’Europe. Idy a pourtant encore la passion d’écouter les paroles, les récits ! Alain continue d’écrire, pour témoigner et transmettre, se tenant fidèlement au cœur de l’humain luttant contre son anéantissement, de manière tenace jusque dans ce lieu de deuil des rêves. Tandis que Maguy est empathique aux douleurs des femmes et des enfants. Il y a encore des cils vivants dans tant de dureté de pierre et de sable, dirait Celan ! Sami, au cours de cette pause, satisfait comme si de rien n’était sa lubricité, ne voyant dans les femmes que des objets sexuels, sa seule compagne étant son camion, tel un utérus auquel il s’accroche ! Sembouyane reprend vie auprès des humanitaires, car avec eux aussi il trouve des cils encore vivants, ils leur donnent la vie en ne les considérant pas comme des clandestins, mais des humains luttant avec le désert, des réfugiés qui fuient la violence humaine et solidaires de la même absurdité ! Il se lie d’amitié avec un réfugié qui avait travaillé en France, discret, intégré dans le monde du travail, qui avait été licencié parce que son patron préféra employer au noir des clandestins, puis au chômage il fut accusé à tort dans un cambriolage par délit de faciès, et ce fut l’expulsion hors de France, le débarquement à Tripoli où l’armée libyenne l’amena jusqu’à ce camp pour dernière destination, « horrible endroit… condensé de l’immigration africaine », oublié parmi les oubliés ! Il y a encore de la parole, dans ce camp, des récits, du partage. A la tombée de la nuit, ils contemplent les étoiles, et laissent leurs rêves les emmener ailleurs. Certains délirent, se révoltent ainsi, voyants désespérés d’une gouvernance qui aurait raison de cette si mauvaise gouvernance du monde ! L’éveil des consciences, paradoxalement, surgit même là dans ce camp désolé ! Mais Sembouyane ne se laisse pas distraire par ces velléités d’idéologie politique, car pour lui seul compte le voyage ! Il se rapproche de Maguy, dont il sent le désespoir, elle raconte qu’elle a fui elle aussi son pays, le Tchad, mais pour cause de viol, de violences faites aux femmes. Elle-même avait été violée par son propre père ! Son seul rêve désormais est de ne plus jamais dépendre d’un homme ! Sa beauté était à la fois don du ciel et sa plus grande malédiction, la faisant objet de la convoitise des hommes, en premier lieu celle de son père ! Elle veut rejoindre l’Europe pour faire des études de droit et défendre partout dans le monde la cause des femmes ! Sauf qu’elle n’a pas de passeport, et qu’elle doit avoir un mari pour l’obtenir ! D’où son statut de clandestine ne comptant que sur ses propres forces et sur la solidarité des autres migrants luttant comme elle contre l’anéantissement, en proie à la violence humaine ! Ces paroles humaines échangées leur ont fait du bien, à tous les deux, verbe donneur de vie !
La traversée du désert reprend, avec de nouveaux venus dans le camion, dont les paroles apportent de la couleur et du renouveau ! Le désert est toujours aussi inhumain ! En repensant à son village où personne ne meurt de mort naturelle, à l’horreur, Sembouyane se recharge en espoir, en énergie, sa vie dure de migrant est tellement meilleure que la vie qu’il a laissée ! Des vautours voltigent au-dessus d’eux, attirés par des restes humains dans le sable ! Ils n’ont pas eu de chance… ! Soudain des rafales de tirs sifflent, des migrants tombent morts. Des terroristes crient en arabe, le passeur Sami, héroïque, tuent quelques terroristes, avant de se faire descendre lui-même. Le sable du désert va vite recouvrir le corps du meilleur des passeurs ! Les migrants survivants sont emmenés dans une benne, tabassés, fouillés jusque dans leurs parties les plus intimes ! C’est Alain qui apprend aux migrants qu’ils sont emmenés dans un camp de Daesh, dont le colonel était un romancier, dramaturge, poète qui était la fierté nationale de la Lybie, invité partout dans le monde, fervent défenseur des Droits de l’homme jusqu’en 2011, date à laquelle il fut accusé de plagiat, à tort, mais cible de la vindicte populaire, il dut se réfugier dans les montagnes d’Algérie, jusqu’au jour où les forces occidentales libérèrent la Libye du joug du Guide ! Alors, cet homme de lettre et militant socialiste devint un chef terroriste islamique, s’étant mis en tête de rétablir le Califat islamiste, à la tête d’une armée ! Sembouyane veut absolument lui parler, pour savoir ce qu’il leur veut ! Le chef terroriste parle, évoque leur stupidité à croire que la vie sur terre est un trésor, alors que ce n’est qu’une étape pour la vie d’après ! Sembouyane répond par un islam modéré, fait de tolérance aux libertés individuelles. Comprenant l’extrémisme de ce chef, il se garde de lui dire qu’il ne croit à aucun Dieu. Il se rend compte que la parole ne compte pas pour le colonel, que ça ne sert à rien d’essayer de le convaincre, pour lui un mécréant est à combattre, à tuer ! Pourtant, il se met à lui parler, et constate que cette étrange résistance de sa parole face à lui se met à divertir le chef terroriste, pouvoir insoupçonné qui reste à cette parole ! Surmontant sa peur, Sembouyane lui demande ce qui le différencie du diable ! Le silence assourdissant du chef lui donne l’impression que le ciel va lui tomber sur la tête ! Pourtant, celui-ci, contre toute attente, ne l’exécute pas pour son insolence, mais au contraire lui dit qu’il a de la chance, car il est de bonne humeur ! Maguy, qui elle aussi laisse sa parole libre s’exprimer, n’a pas la même chance, et elle est abattue en plein sourire ! Plongé dans la détresse, il se raccroche à la pensée qu’ainsi, elle échappe aux viols, à la prostitution forcée ! Et au rêve désespéré de pouvoir un jour, comme écrivain, raconter la vraie Afrique, les souffrances des oubliés ! C’est la première fois que l’espoir le quitte, et il constate aussi qu’Alain arrête d’écrire, ce qu’il n’avait jamais fait depuis le début de leur odyssée !
Enchaînés et leurs visages et corps tuméfiés, ils sont emmenés en camion vers une destination inconnue, gardés par des colosses armés. Alain dit que l’assassinat de Maguy a provoqué une insurrection, et cinq migrants ont été abattus ! Sembouyane se rappelle qu’elle lui avait dit qu’il était vital qu’il survive, pour témoigner, entre autres, des violences faites aux femmes, combien en Afrique le poids des traditions fait qu’elles sont totalement la propriété des hommes ! Il faudra que par son écriture il dise que la plus grande des dictatures est « celle qui fait du corps de la femme un objet de désir, une œuvre d’art qu’on doit apprêter, préparer, enjoliver pour le seul plaisir des hommes » !
Après des mois d’errance, ils arrivent en Libye, sales et enchaînés ! Sur les trente du départ, ils ne sont plus que neuf ! Parce que leur vie ne vaut plus que de l’argent qui va servir à financer le terrorisme, les terroristes les ont confiés à des trafiquants de migrants, qui les battent sans cesse, les privent de nourriture, d’hygiène ! Ils ont franchi la porte du voyage sans retour à la douceur de vivre rêvée ! Mais, dans cette horreur sans nom, il y a encore un cil humain qui bouge, un homme qui, lorsqu’il est seul avec eux, essaie de leur sourire, de les rassurer par des paroles en français approximatif, qui leur dit qu’ils ne vont pas mourir, mais seulement travailler ! Comme si cette valeur travail, exploitable, il leur fallait la comprendre comme ce qui leur sauvait, paradoxalement, la vie ! Cet homme avait appartenu au clan Kadhafi, car quand la guerre civile avait éclaté, et lorsque celui-ci vint se réfugier dans leur région de paysans et de bergers, une oasis de paix, ils se sont trouvés embarqués dans une guerre qui n’était pas la leur, mais où il pouvait avoir une source de revenus. Il raconte à Sembouyane que c’est son père, dans leur famille de bergers, qui lui avait transmis les valeurs de respect des gens, de la générosité, de la tolérance, et c’est ainsi qu’il avait pour chacun, comme habité d’empathie totalement inespérée en ce lieu, un regard, un sourire, de la compassion ! Il avait depuis l’enfance appris à être accueillant aux voyageurs dans le désert, qu’ils soient caravaniers ou migrants, indiquant les points d’eau. Donc, Khalil Diallo, une fois de plus, fait surgir dans son roman de l’odyssée des oubliés un personnage qui, par ses paroles humaines, redonne de la vie à ceux qui n’espèrent plus en rien ! Même lorsque la vie se limite à la prochaine respiration et que tout l’univers semble conspirer contre soi ! Alors, l’enclos où ils sont comme des moutons gardés devient même un Purgatoire, alors même que des chiens féroces les surveillent ! Séparés des femmes par une sorte de feuille d’aluminium, ils savent que chaque jour, certaines d’entre elles sont choisies pour amuser les terroristes, et en échange elles ont du linge propre et de la nourriture ! Elles sont les esclaves sexuelles du XXIe siècle !
Après des semaines de mauvais traitement dans ce camp, comme pour les casser intérieurement, ils sont lavés au jet puissant puis habillés de vêtements usagers mais propres, ayant sûrement appartenu à des esclaves comme eux, mais morts ! Et ils sont gavés ! On les bat s’ils refusent de manger et de boire ! L’inquiétude monte à son paroxysme, même s’ils savent bien que ce changement abyssal de traitement a pour but de faire monter leur valeur marchande d’esclaves qui seront vendus ! Ayant acquis une valeur marchande, on les fait défiler, dans une cour, devant des Arabes, qui inspectent ces migrants noirs voués à l’esclavage dans les moindres détails, comme du bétail ! Un prix de base est crié pour chacun, et les enchères ouvertes le feront grimper ! Idy toise de toute sa hauteur les commerçants et acquéreurs, refusant de perdre sa noblesse d’âme, tout comme Alain qui, par son regard, dit que personne ne peut leur prendre leur dignité ! Un migrant malien se révolte, est lacéré par le fouet qui s’abat sur lui, puis est abattu comme un chien devant les autres migrants sur ce marché aux esclaves, exemple devant les dissuader de toute rébellion ! Sembouyane est terrifié à la pensée d’appartenir à un autre individu, et se raccroche désespérément à la voix de son grand-père, toujours là en lui, qui lui promet que tout sera bientôt fini ! Et en effet, comme une merveille dans ce malheur de plus en plus abyssal, les trois amis, Idy, Alain et Sembouyane sont vendus à un vieil homme, à un prix forfaitaire ! Ayant, eux, survécu jusque-là, cet homme peut leur faire la preuve que, comme pour Georges Semprun à son arrivée dans le camp de Buchenwald il y eu un homme pour leur donner la vie sauve en leur évitant d’aller dans la file destinée à la chambre à gaz, il restait toujours un brin d’humanité au sein du mal absolu ! Maguy, par exemple, n’avait pas eu cette chance !
Leur nouveau maître les conduit vers Tanger. Un voyage certes encore dans le désert, pendant lequel des insectes les tiennent éveillés par leurs piqûres, et le vent d’Est terrible semble une mâchoire se refermant sur eux. Mais le vieil homme est un ange gardien, dans cet enfer, qui les éloigne du camp d’esclaves ! Au bout de 24 heures de voyage, ils découvrent les couleurs méditerranéennes de Tanger ! Le doux murmure du vent les accueille. L’architecture de la ville raconte que dans son histoire, elle a été un carrefour des civilisations ! D’une terrasse, ils peuvent même apercevoir les côtes d’Espagne ! Pourtant, ces trois migrants ne peuvent évidemment pas se croire être des touristes, puisque le but de ce voyage, achetés par le vieil homme, est… le travail ! Le vieux Salim, s’il est très gentil et humain avec eux, veut qu’en échange ils soient serveurs dans son café, et que leur travail soit bien fait, dans le respect des clients ! Cette mise au travail forcé, qui semble une ignominie, est pourtant pour eux une chance inouïe ! Car Salim, qui les a achetés, a œuvré toute sa vie pour les démunis ! Lui aussi est la rencontre qui, une nouvelle fois, leur redonne la vie ! Il est paradoxalement connu des réseaux clandestins de trafic d’êtres humains comme l’un de leurs plus fidèles clients ! En fait, en achetant des esclaves, il leur offre un traitement de faveur qui va les sauver, bien sûr provisoirement ! Dans son café, les migrants achetés trouvent un gîte et du travail, sont tirés de l’esclavage, traités humainement. Salim est appelé « le protecteur des nègres » ! Il lutte contre le racisme, là contre l’esclavage si ancien des Noirs par des Arabes ! S’il fait fortune avec son café devenu le plus connu de Tanger, grâce à l’aide de ses serveurs spéciaux, s’intéressant aux Noirs parce que sa grand-mère venait du Sénégal et mariée à un Marocain elle avait beaucoup souffert du racisme, il a sûrement à l’esprit le jour où il aura donné à ces migrants les moyens d’atteindre l’Europe rêvée ! En attendant, chaque soir, l’écrivain Alain prend l’habitude de raconter une histoire, ce qui entraîne chacun à raconter à son tour l’Afrique de leur enfance. Encore une parole qui redonne vie aux autres paroles, qui vont se ressourcer dans l’enfance. Chacun d’eux fait renaître le paradis de son enfance. Même si Sembouyane sait bien que son enfance n’avait en vérité rien de paradisiaque ! Ce sont les épreuves traversées qui donnent de la beauté à cette enfance, comme si la vie recommençait à son début en ce lieu où le vieux Salim leur donnait littéralement la vie sauvée, qui avait son futur en train de s’ouvrir ! Pour tous ces marginaux qui avaient en commun de n’avoir aucune place dans la société, la migration, le voyage, avait été la seule voie pour s’en sortir !
Après le travail, Sembouyane, souvent rejoint par Idy et Alain, vient écouter les vagues de la Méditerranée, et il lui semble curieusement que les rêves d’Occident s’éloignent ! Il se sent oiseau migrateur qui n’a pas encore quitté son nid, comme si le vieux Salim était un père protecteur. Mais Alain veille sur lui comme un grand-frère, et lui rappelle l’écriture ! Et à sa question, il lui répond que tout ce qu’il veut, pensant fortement à son grand-père, à ses paroles à propos de Paris et ses écrivains, c’est aller à Paris et écrire ! Il voudrait tant dire à ce grand-père qu’il a réussi ! Voir de ses yeux ce qu’il lui racontait, et qui avait tracé comme de la littérature son destin ! Il veut faire revivre par l’écriture l’histoire de ceux qu’il a aimés, l’histoire de l’odyssée des oubliés ! Il veut écrire que personne ne veut d’eux, même s’ils ont bravé le désert et ses terribles épreuves, pour arriver en Europe ! Surtout, par cette écriture, il veut témoigner de l’importance de ces paroles humaines inespérées, qui le long de ce voyage laissant tant de cadavres en route, ont redonné la vie, faisant la preuve de garder toujours foi en l’humain. Il veut témoigner de ce surgissement inattendu de l’humain, même au cœur du tragique. Comme Khalil Diallo a brillamment réussi à le faire avec son roman !
Au bout de trois ans, Salim a donné à chacun de ses trois migrants serveurs une belle somme, en guise de salaire, qui leur permettra de payer un passeur pour la traversée jusqu’à l’Espagne. Et ensuite, trouver un moyen de rejoindre Paris ! Plus que jamais, ils rêvent à l’avenir doré, à ce demain qui porte l’espoir, mais l’attente suscitant encore une inquiétude intenable ! Ils avaient raison d’être inquiets, ces migrants ! Cet argent lui-même, leur salaire chez le vieil homme, a encore plus transformé ces migrants en objets de convoitise pour de faux passeurs, trouvant là un juteux fonds de commerce, les entassant sur de simples radeaux en les endormant avec des mots comme des caresses évoquant le rêve qui enfin commence. Lorsqu’ils découvrirent que l’embarcation n’était pas le cargo promis mais un Titanic au naufrage quasiment assuré, mais des brutes empêchant toute fuite et forçant à s’y entasser, c’est Idy qui donna le signal de l’insurrection ! Les quatre brutes que le faux passeur avait engagées pour empêcher que les migrants fassent marche arrière furent lynchés ! Mais soudain, ces brutes tirèrent, et, au final, Alain l’écrivain sera le seul survivant des trente migrants du départ. C’est lui, l’écrivain, qui reste pour témoigner de la violence humaine qui reste en ce monde la plus forte, tandis que la Méditerranée qui devait être l’étape la plus courte de cette terrible odyssée, est devenue le cimetière de Sembouyane et Idy !
C’est l’argent nécessaire à la migration qui rend si vulnérables ces migrants, car il attire ceux qui font de très juteux commerces sur leur souffrances, misères, en exploitant cruellement leur rêve d’Europe ! Cette odyssée des oubliés, qu’Alain alias Khalil Diallo raconte pour que ses amis disparus ne soient pas oubliés, échoue en Méditerranée à cause de cette convoitise de l’argent, choc frontal fatal avec la violence humaine suscitée par l’appât brutal du gain, et tout s’achève dans la tuerie qui noircit la Méditerranée, cimetière de tant de migrants ! Ce qui est oublié pour ces malheureux humains, et qui est dit entre les lignes de ce roman, c’est l’indifférence générale sur le risque le plus grand qu’ils courent, en même temps que la traversée du désert, celui qui est lié au fait qu’ils doivent avoir de l’argent pour migrer, d’où la convoitise du profit le plus grand sur leur dos, attirant aussi les terroristes qui se financent ainsi ! Leur rêve insensé leur fait trouver de l’argent pour partir, et les met sur ce chemin dangereux où ceux qui convoitent cet argent vont briser leur rêve et le plus souvent leur prendre la vie ! Ce roman témoigne de cette vérité horrible, pour que les migrants eux-mêmes le sachent, et aussi l’Europe, Paris, qui suscitent le rêve, celui qui, en fin de compte, intéresse tellement ceux pour lesquels la migration devient un juteux fonds de commerce ! Cette tragédie occulte, et le roman en témoigne en faisant froid dans le dos, combien au cours de ce voyage aux épreuves infinies, pourtant les humains et leurs paroles généreuses, les rencontres inespérées, redonnent sans cesse la vie ! Car la violence humaine semble malheureusement être encore la plus forte !
Alice Granger



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