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Valérie Pavia - 15 Film(s)
vendredi 23 mars 2012 par Jean-Paul Gavard-Perret

MARGES ET PARAGES DE VALERIE PAVIA

Valérie Pavia, "15 Film(s)", label Lowave, Paris.

Pour Valérie Pavia l’extraordinaire commence au coin de la rue. Partout où son itinéraire s’arrête provisoirement l’obligeant à une quête d’est en ouest et qui s’étend à chaque étape. Dans le bruit des trains, le vacarme des villes, la poussière des no man’s lands chaque fois son pouls se remet à battre animé de tous ceux que l’artiste porte en elle et dont ses vidéos permettent l’éclosion dans le triomphe de la lumière sous divers types de superpositions en abîmes.
L’image reste en attente, en assise, en instance de désir. Rien ne s’y passe, mais tout peut s’y passer. Ou presque. Mais le presque demeure, semble tout emporter sur son passage, tel un typhon. Mais, en même temps tel un barrage. Face à l’éblouissement ou à l’inverse devant la nécessité fatale du réel, demeure un travail de résistance. C’est pourquoi l’image « de reportage » se transgresse, passe par la bande. Il existe un « crime » (métaphorique) perpétré contre la simple représentation et le reportage. Parfois Valérie Pavia montre moins, annule les effets de réel pour permettre de voir mieux en filmant ce qui entre de la nuit, de l’air, des villes, des routes, des visages jusqu’à ce que tous les ingrédients habituels à la suture et à la saturation cinématographique disparaissent.

Dans chaque vidéo existe un éternel retour mais aussi une avancée. Tout progresse au sein d’un canevas général dès que chaque film est en chantier. Valérie Pavia reconstruit des histoires. Elles prolifèrent organiquement. L’artiste filme, visionne les rushes, voit si cela fonctionne. Dans le cas contraire, elle recommence. "Un chorégraphe travaille de la même façon" souligne-t-elle. Ses avancées sont corporelles, sensorielles et mentales tout autant : " Pour le savoir, dit-elle, il faut sentir, sentir qu’on est passée à l’intérieur, de l’autre côté... ". L’artiste crée donc la généalogie géographique de la condition humaine. Elle l’étend à divers systèmes politiques, bref à ce qui se passe dans le monde.
S’intéressant aux êtres, à leurs clones (poupées, statues, images) comme à leurs lieux la vidéaste présente de l’architectural en mouvement. Le corps - anonyme ou non - est saisi en fragments ou en totalité et ramène chaque fois à une actualité et à une présence. Il est autant miroir que spectre dans divers camaïeux de couleurs. L’image crée des transferts. Ils mènent de l’obscurité à la lumière, et dégagent des décombres de l’histoire. Par le rouge ou le bleu l’artiste invente des hymnes à la vie là même où elle fut ou est saccagée.

Par le monochrome qui souvent “ teint ” l’image, l’artiste déconstruit les éléments sémantiques et formels du code cinématographique et du reportage. Lieux " naturels " d’exploration humaine, ses films font leur miel du secret et de l’intime mais par fragments de repères géographiques et politiques. L’artiste invente des harmonies particulières, des clairs de lune en plein jour. Il y a parfois des bleus à la Giotto sur les « jambons » mal cuits, des rouges cuivrés sur des collines au demeurant laiteuses. Il y a des deltas d’ombre et des douches de lumière à l’infusion étrange entre des loques publicitaires ou des blocs d’immeubles.

L’artiste répond ainsi à la définition de l’art selon Walter Benjamin “ une image est ce en quoi l’Autrefois rencontre le Maintenant, en une fulguration, pour former une constellation neuve ”. Le filmique selon Valérie Pavia " dit " qu’il n’y a pas du réel, pas plus que son fantasme. Il faut forcer l’un et l’autre et donc casser l’image qui se contente par effets de miroir de feindre de montrer. Il faut en conséquence montrer aussi son mensonge par une sorte de récit évidé.

Reste alors le dépouillement, pas le nu. Demeure - si l’on veut - la pornographie de la pornographie ambiante, acceptée. L’image devient la « petite pute » au sens où Duras l’entendait : celle qui montre où et comment le bât blesse. Non une évidence mais un évidemment par effraction, interstice et dévoilement déplacé. On ne peut donc plus mariner dans le bain amniotique de l’écran. Chaque vidéo reste en suspens (pas du pas). Elle passe par une autre « musique », et sort de son extase embryonnaire. Elle est autant un centre, qu’un rebord. Elle crée un vide pour perdre le voyeur dans le lieu de sa voyance.

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