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Le jongleur de Maurice Carême

Recueil de poèmes posthume publié par la Fondation Maurice Carême aux Editions de l’Age D’Homme

lundi 16 avril 2012 par Françoise Urban-Menninger

Eternel jongleur de mots et d’images, Maurice Carême nous revient par-delà les étoiles et l’au-delà nous ravir et nous émerveiller dans un recueil sans pareil mais où son âme nous joue une musique si familière que le poète nous semble plus proche de nous que jamais.

Maurice Carême nous le dit "la vie est bleue" et nous le croyons sur parole tant la magie opère car le poète a le don instantané d’éveiller en nous l’enfant qui, telle la Belle au bois dormant, n’attend que le "baiser" d’une plume plus légère que l’air pour émerger sur les bords de sa conscience.
Le philosophe Gaston Bachelard déjà nous le prédisait, chaque homme dans la deuxième moitié de sa vie s’en retourne sur les pas de son enfance...Mais Maurice Carême, comme tous les poètes authentiques, n’a eu nul besoin de renouer avec son enfance car celle-ci ne l’a jamais quitté. L’enfant connaît le bonheur de rêver qui sera plus tard celui du poète. Et là encore de citer Bachelard qui affirme dans La poétique de la rêverie qu’ "un excès d’enfance est un germe de poème".
Avec Le jongleur, Maurice Carême devient cet enfant funambule qui, à la lisière du monde des vivants et celui de l’indicible, "joue", s’amuse", en un mot "jongle" au bord du vide mais à l’orée de tous les possibles.
On songe ici au récit anonyme du XIIe et XIIIe siècle Le jongleur de Notre-Dame, aux ménestrels allant de château en château dire des vers. On se remémore le fameux jongleur italien Rastelli qui inspira en son temps bien des poètes et eut droit à des funérailles royales. Si on évoque la longue lignée des jongleurs de la batellerie au Moyen-Age, en passant par les troubadours ou les trouvères, jongleurs de tropes, aux jongleurs de nos cirques, voire aux jongleurs de mots, c’est bien pour affirmer que dans la poésie de Maurice Carême on retrouve, mêlés pour le plus grand plaisir des lecteurs, cet esprit festif où savoir et saveur animent chacun de ses poèmes. "Mon coeur est l’oeuf qui danse" et le poème tout entier se met à danser, l’oeuf et le coeur jonglent sur le papier mais aussi dans notre imaginaire où il rebondissent comme des balles lumineuses. Les mots se font écho, courent entre les lignes du texte, s’envolent, le poète les rattrape au bond, nous les renvoie dans un calembour, un jeu de mots inattendu où les sonorités nous surprennent et nous entraînent dans une rime qui a tout de la ritournelle mais dont la profondeur et la gravité nous ramènent toujours à l’essentiel, dans cette profondeur de l’être où se cache notre entité.
L’ours danse sur une échelle, dévore les nuages mais qu’à cela ne tienne, même si personne n’y croit, Maurice Carême nous offre l’image éphémère d’une "échelle de lumière" qui ouvre une brèche dans notre inconscient et parle à l’enfant qui rêve toujours de décrocher la lune.
Une pomme entre par la fenêtre, le roi la dévore et, avec le poète, on passe de l’autre côté du miroir où dorment debout toutes les histoires de notre enfance. On se remémore, dans le même temps, la faute de cette Eve qui croqua le fruit défendu, cette pauvre Blanche-Neige empoisonnée par la vilaine marâtre et bien sûr, dans le poème de Maurice Carême, tout s’achève comme dans les contes qui ne sont autres que les miroirs déformants de notre vraie vie :"Mais que voulez-vous ! C’est le sort/ De ceux qui jouent avec la mort".
Car derrière le jeu dont le philosophe Eugen Finck prétendait qu’il était "le symbole du monde", la mort n’est jamais loin. La vie présente toujours un miroir à double face quand ce n’est pas un miroir aux alouettes...
Ainsi n’est-il pas recommandé de jouer un tour au diable car celui-ci se fera une joie de nous ouvrir les portes de l’enfer !
Pour trouver le vrai bonheur, Maurice Carême nous le répète à l’envi, il faut chercher la simplicité. Mais cette simplicité, par un tour de passe-passe, un glissement textuel malicieux, nous renvoie à Dieu que nous sommes un peu ! Rien de plus simple..."Dieu ? Je le suis un peu.Mais oui !/ Lorsque mon bonheur est parfait/ Je le suis même tout à fait".
Cet humour exquis, cette politesse du coeur et de l’âme ne peuvent que nous séduire par leur finesse et leur délicatesse. Mais sur le fil de l’invisible et de la rêverie, le poète de nous avertir :" Ne vous fiez pas à mes tours" et de préciser "car à jongler, le temps s’amuse"...
Puis dans un dernier pied-de-nez à la mort que Maurice Carême convoque à la marge de chacun de ses poèmes, l’auteur nous octroie un testament de lumière qui irradie par-delà les mots.
Emily Dickinson nous enseignait que "Les poètes allument les lampes", Maurice Carême non seulement répond parfaitement à cette définition mais la prolonge :" Mais le poète, à la poterne/ Encore givrée par la nuit/ Allumait déjà sa lanterne/ Parmi les cerisiers fleuris".
Et le poète jongleur de nous éclairer sur nous-mêmes et de nous mettre en garde "Ne tombez pas ainsi des nues/ A propos de tout et de rien". Car l’écrivain nous le rappelle "Tout est miracle pour qui tient/ Sa pomme rouge bien en main".
Autrement dit, il suffit d’ouvrir les yeux, de voir les choses telles que nous les voyions enfant, Bachelard parle "d’antécédence d’être", pour renouer avec le sens du merveilleux et réenchanter le monde sans oublier "que le seul tour/ Qui vaille d’être joué/ C’est d’être aimé". Mais pour être tout simplement heureux, faisons nôtre l’injonction de Maurice Carême "tu jongleras jusqu’à la fin".

Françoise Urban-Menninger



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