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Seul le silence- R J Ellory
samedi 11 août 2012 par Ange Philippe

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« La Mort vint ce jour-là. Appliquée, méthodique, indifférente aux us et aux coutumes ; ne respectant ni la Pâque, ni la Noël, ni aucune célébration ou tradition. La Mort vint, froide et insensible, pour prélever l’impôt de la vie, le prix à payer pour respirer. »

Une douce foi en les anges. Le magnifique titre original aurait juste être traduit en français. En effet, ce roman est avant tout l’histoire d’une espérance, d’une foi insurmontable au point de défier et de vaincre tous les obstacles et l’adversité qu’aura affronté le narrateur. D’une noirceur absolue qui fait pâlir de jalousie Le dalhia noir de James Ellroy, ce sublime roman de Roger Jon Ellory vous hantera longtemps, dixit Michael Connelly himself.

Je pense ne rien apprendre si je vous dis que l’écriture d’Ellory évoque Truman Capote, notamment dans le passionnant De sang froid. Ce livre est un docu-fiction, une sorte de plongée dans un univers fictif relatant des faits fictifs sur une toile de fonds réels. Cependant, ce livre présente aussi une particularité singulière et idyllique : celle de l’anecdote fictive qui devient réelle. Cette anecdote est pourtant un élément important du livre : la narration de cette histoire est celle du roman fictif du personnage principal, Joseph Calvin Vaughan, à savoir Une douce foi dans les anges. A quiet belief in angels en anglais. C’est aussi le titre original du roman réel. Du coup, l’histoire fictive et l’histoire réelle se croisent et fusionnent. Dans le roman, A quiet belief in angels est un best-seller ; c’est aussi le cas dans la réalité. Le paradoxe se trouve là dans ce superbe roman : le lecteur ne sait plus où se termine la fiction et où commence la réalité. A noter qu’il s’agit d’une spécialité d’Ellory qui avait déjà manié avec art le savoureux cocktail réalité-fiction dans Vendetta.
Emerveillé par ce roman, j’ai découvert une plume, un talent, un certain art de la mise en scène et une vision scénaristique épatante. La précision dans la description de l’environnement est indissociable de la réalité. Choisir le Sud des USA avec son conservatisme paradoxal est une idée ingénieuse. Les plaines de Géorgie sont présentées de façon réaliste et les mentalités pour chaque décennie sont dépeintes de façon idéale. Le choc culturel, le changement de mentalité brutaux lors du voyage vers la Big Apple sont aussi détaillés parfaitement. Deux mondes différents, deux univers radicalement opposés et deux ambiances différentes que l’auteur réussit à retranscrire. Une ambiance réaliste et amère dans le Sud-Est et sa jumelle idyllique et douce dans le Nord-Est. Mais la grande force d’Ellory, c’est le récit d’une histoire longue et interminable, une innovation dans le monde du Polar. A titre personnel, je ne pense pas que l’histoire du tueur du Zodiac aurait du être mieux retranscrite et pourtant les faits sont les mêmes : un tueur en série régulier dans sa tâche sur des décennies, des macchabées à n’en plus finir, une enquête qui tourne en rond, une paranoïa accrue de la population menacée. Le récit d’Ellory dans ce contexte est plus que transcendant : une fresque de trois décennies retraçant les grands évènements de la biographie d’une homme depuis son éveil à la vie (en rencontrant la Mort pour la première fois) jusqu’à ses heures plus sombres. Le tout sur fond des trois décennies les plus importantes du XXe siècle de l’histoire américaine : la conquête de l’Europe par L’Allemagne, l’entrée en guerre des USA, la fin de la guerre, la lutte des droits civils, l’assassinat de Kennedy, Martin Luther King, la guerre du Vietnam. Loin de ces considérations politiques, l’histoire personnelle du personnage principal est pourtant autant fournie de rebondissements et de meurtrissures.

Le plus somptueux dans cette réussite, est sans aucun doute la composition psychologique de ce personnage qui m’a épaté. Accablé par ses cauchemars sombres et incohérents, il semble accumuler les malheurs et semer la Mort sur son passage. Une composition sans doute classique mais assez particulière sur un point : Joseph Vaughan semble sombrer dans la folie puisqu’il est le seul à voir des Anges.



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