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Les vacances de Christine Angot
lundi 8 octobre 2012 par Serge Uleski

Après celle de Monsieur Hulot, ce sont les vacances de Christine Angot qui nous sont proposées (1) mais… en lecture celles-là ! Vacances courtes (148pages), une semaine, pas une de plus ; un mot magique "Inceste"(scène primitive d’Angot au traumatisme fondateur), le tout servi par une typo pour aveugle... sans oublier le soutien des médias (des femmes en particulier - critiques et journalistes)... et tous les espoirs sont à nouveau permis pour Angot qui n’a plus de lectrices et son éditeur Flammarion adepte du flamenco...

Olé ! Par ici la monnaie !

Torché en deux semaines côté auteur, destiné à être lu en deux heures côté lecteurs, on l’aura compris, avec "Une semaine de vacances" (2), le sujet du roman d’Angot n’est pas l’inceste mais... comment retrouver des lecteurs et comment renflouer des caisses vides. Christine Angot est en perdition : elle ne fait plus recette ! Aussi, Angot et son éditeur ont-ils décidé de remettre le couvert et de retourner aux fondamentaux (son fonds de commerce ?) : l’inceste en général, et plus particulièrement le sien qu’elle nous demande d’observer sous toutes les coutures depuis 15 ans, retouche après retouche.

Qui peut l’en blâmer ?

Ce sont les femmes qui font vivre le roman ; et tout ce qui touche à l’inceste, au viol, à la maltraitance, tueurs en série, monstres... fait vendre. De là à penser que les femmes violées et victimes d’inceste, sans oublier celles qui les ont redoutés et les redoutent encore... se comptent en dizaines de millions, ici comme ailleurs...

Pendant ce temps-là, l’homme guerrier et prédateur se repose, vautré devant son grand écran - match de foot, un pack de bière à ses pieds -, ou bien en lisant la dernière compilation signé Attali, et seulement signé Attali, la 3è de l’année, comme ça... juste pour faire intelligent... en attendant de reprendre sa chasse qui donnera une fois de plus du grain à moudre à tous les Angot de la littérature.

Ah ces mecs alors ! Jamais ils ne renoncent !

***

Un physique austère, voire ingrat, aussi avenante qu’une porte de prison (avec une telle coupe de cheveux, Angot pourrait être votre marchande de fruits et légumes, là, tout près, juste au coin de votre rue, si si !Un rien coincée mais pleine de bonne volonté quand il s’agit de satisfaire la clientèle, et plus si affinités... qui sait ? Pendant que son mari ferait la sieste après s’être levé à 4h du matin, direction Rungis par exemple ; mari gros ronfleur et gros dormeur ce qui n’arrange rien) Christine Angot pourrait être n’importe laquelle de ses lectrices.

Privée de langue et de langage, drapée dans un « j’écris pour celles qui se sont réfugiées dans le silence » - comprenez… silence de la honte, celui de l’inceste -, tout auréolée du prestige des sacrifiées sur l’hôtel d’une nature humaine qui ne cesse de nous surprendre chaque jour, redoublant de perversité et d’imagination - Mister Hide and Papa Jekyll -, tout semble vouloir interdire à qui que ce soit de jeter un regard critique sur les écrits d’Angot, reléguant quiconque s’y risquerait au rang de "salaud insensible" et plus encore s’il est un homme.

Quelques partouzes ici et là, histoire de faire branchée, un livre pour nous en parler et puis un autre consacré à sa relation avec un has-been du show-business quasi débile, Christine Angot a grandi à Châteauroux, et si son dernier né porte un titre de roman de gare c’est sans aucun doute pour n’effrayer personne et attirer un maximum de lecteurs et autres chalands et voyageurs de passage.

Certes, Angot dérange, provoque la colère ou bien anesthésie tout jugement critique (surtout du côté des femmes) ; elle ne laisse personne indifférent mais... si demain vous demandez à un porc ou à un chien de nous écrire une petite bafouille avec son museau et que vous publiez le résultat... il y a fort à parier que l’on vous demande aussi des comptes : qu’avez-vous fait de la littérature et de votre jugement quant à ce qu’est l’écriture, un auteur et une oeuvre ?

Sans l’emploi d’un seul juron, les écrits d’Angot sont d’une vulgarité peu commune, de celle qui ignore sa propre grossièreté - définition même de la vulgarité qui n’a donc rien à voir avec la grossièreté d’un Céline, d’un Rabelais ou d’un Sade. Dans un dénuement total, d’une indigence rarissime, sans bagages et sans héritage, avec Angot, c’est toute la littérature qui s’affaisse, courbe l’échine puis renonce enfin. Pour cette raison, Angot est à la littérature ce que le 11 Septembre est à l’architecture : un véritable effondrement... effondrement que l’on retrouve dans la musique et dans l’art contemporain fossoyeur de l’Art moderne.

Manifestement, ce sont bien les mêmes qui font tous les mêmes choix : producteurs, éditeurs et commissaires d’exposition.

Qu’il soit ici permis de rajouter ceci : ce que l’on pourra difficilement pardonner à cette femme, c’est de n’avoir aucune manière d’être ce qu’elle est... sans doute autant par ignorance que par mépris pour le genre humain, même inconscient. Quant à ceux qui l’ont promue au rang d’auteur qu’il faut avoir lu, ils sont définitivement sans excuse !

Faites le test : demandez donc à tous ceux qui n’ont jamais écrit une ligne de coucher sur le papier leurs émois les plus intimes ou plus simplement leurs souvenirs les plus salaces… et vous aurez du Angot ; un texte sans écriture ni métier.

Certes, mal traités dans leur enfance, une fois adultes, les victimes devenues alors bourreaux ont la fâcheuse habitude de se venger sur des innocents. Aussi, Angot semble avoir pris pour cible tout ce qui de près ou de loin touche à l’écrit, le livre et l’édition : on pourra toujours se rassurer en pensant que la littérature en a vu d’autres et qu’elle lui survivra contrairement aux êtres humains touchés par des actes irréversibles, qui ne peuvent qu’avoir eu lieu à jamais, pas toujours à même de survivre à l’ignominie qui leur est faite, n’empêche... la maltraitance est bien là.

Tout de noir vêtue, telle une prêtresse, le regard droit sur son auditoire, les lectures publiques d’un texte d’Angot tourne vite au cours de catéchisme pour petites filles aux fins de les alerter sur les dangers qui les guettent, l’homme étant un loup pour la femme, et plus encore lorsque cette femme à l’âge d’une enfant ; lecture sous la menace, pour les plus indisciplinées d’entre elles, d’un panpan-cucul dont on pourra redouter le pire si d’aventure l’objet de toute son attention devait se porter sur un jeune garçon.

Qui, en effet, confierait à Angot ses enfants, ne serait-ce qu’une heure ?

Quant à la résilience d’Angot, quel chemin empruntera-t-elle ? Car pour l’heure, nous avons bel et bien affaire à une victime passée dans le camp des bourreaux : maltraitance et abus de nous tous qui sommes encore capables de discernement : ce qui est juste parce que frappé du bon sens et de l’intelligence contre ce qui relève d’une bêtise crasse indescriptible jusqu’à l’explosion d’un rire, celui de la colère et du désespoir.

A propos du roman d’Angot, d’aucuns ont évoqué une crise du jugement en général et du jugement littéraire en particulier. Certes, l’inceste est un sujet bien trop sérieux pour être laissé entre les mains (le stylo) de gougnafiers qui n’ont pas idée et dont Angot fait bien évidemment partie, mais ne nous y trompons pas : c’est bien toute une époque qui nous est présentée là.

Redisons-le ! Cet effondrement ne touche pas simplement l’écrit mais aussi, la musique populaire (la variété d’expression francophone) et l’art contemporain.


1 - Les auteurs chez Flammarion ont donc droit aux congés payés ?

2 - Vacances que l’on pourrait épeler comme suit : v.a.c.u.i.t.é.



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