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Le pèlerin déchaussé, Jean-Paul Comtesse

Editions Racines du Rhône

jeudi 8 septembre 2011 par Alice Granger

Dans ce nouveau roman de Jean-Paul Comtesse (avec aussi des nouvelles) comme dans ses livres précédents, il y a toujours cette idée du départ, du déracinement, pour aboutir à une sorte de commencement éternel, qui prend le visage d’une rencontre amoureuse, d’une femme. Un départ pour un retour, avec cette étrange certitude de retrouver ce qu’on a perdu, de refermer le cercle, quitte à vivre la répétition d’amours, de visage de femme en visage de femme. Jean-Paul Comtesse écrit : « Mon pèlerinage aboutira à un commencement ! » Retrouvailles matricielles ! Une certaine idée de la femme. « La main ouverte d’Aurélie lui offre aujourd’hui la douceur de sa peau comme un hommage des temps sans fin. » Des temps sans fin ! Retour à une gestation éternisée. Effacement possible de l’effrayante mise dehors, de la naissance, ce départ, ce déracinement ? « De son côté, le pèlerin était braqué sur son souvenir de la nuit effrayante passée à cet endroit même. » Importance, dans l’écriture de Comtesse, de la femme matricielle, qui permettra de fermer le cercle, de consacrer le grand retour au bercail originaire. Il y a dans cette écriture toute la symbolique qui va avec. Le filet d’eau claire qui jaillit du rocher, certitude des bienfaits de cette eau. La jeune rivière. « Aurélie trempa ses mains dans l’eau. » Aussi, le chien Saint-Bernard comme un symbole. Le Saint-Bernard sauveur d’une image idyllique de la femme ? Qui va la sauver au col ? Et ainsi, sauver aussi l’homme qui va pouvoir retrouver son giron ? Tout tourne toujours autour de ça dans l’écriture de Jean-Paul Comtesse. Le départ, le grand déracinement, sans lequel il n’y aurait pas, à l’autre bout, le ré-enracinement définitif. Avec le surinvestissement d’une région idéalisée, et celui de la femme, quitte à ce qu’il y en ait plusieurs, au rythme de la recherche, du pèlerinage, avec cette sensation involutive très forte. Cette certitude d’y retourner.

Le troupeau de moutons. « … le troupeau semblait un flot ondulant comme la marée montante les jours où la mer est calme. » La marée amniotique montante. La mer calme comme la certitude, comme la mère calme, sûre, puissante, sans les spasmes de la mise dehors. La mer mère est calme. Les flots ondulent, bercent.

Comme étrangère au beau rôle matriciel, émigrée loin de sa Lisboa natale, la femme du café a un « très beau visage aux yeux tristes ». Plus loin, Aurélie, par contraste, prend toute sa puissance fraîche et joyeuse, en femme à laquelle l’écrivain pèlerin redonne le rôle unique, idyllique, sacralisé, indexé à la mère rejointe comme non quittée. Dans le café, une dispute matrimoniale attire l’attention de ce pèlerin… Comme si l’entente matrimoniale ne pouvait se faire, à ses yeux, qu’en indexant la femme à la mère. La dernière nouvelle met en scène une mauvaise femme, qui finit par faire euthanasier le chien de son mari défunt parce que son amant ne l’aime pas. Une femme qui n’a jamais porté le deuil, tellement elle aspirait à une vie nouvelle. Symbole de la femme qui met dehors, donne à la mort, déracine, mais à l’horizon pointe l’amant, le marginal avec lequel l’amour a une saveur incomparable. Cette nouvelle double l’aspect idyllique de la femme matrice, la femme retrouvailles, la femme en laquelle se ré-enraciner à jamais, par ce qu’elle désire en échange : cette saveur incomparable, que seul un marginal saura lui donner. Une sorte de donnant donnant… Sinon, le chien est euthanasié… Le chien…

« L’écrivain me soufflera à l’oreille : ‘Si vous aimez une femme et un pays, votre pèlerinage terrestre est béni des dieux et si vous mourez ensuite c’est sans importance’ » Femme, pays, mort.

« Lucas, sac au dos, besace en bandoulière et bâton au poing, reprit son pèlerinage. Il ne savait pas – pas encore – qu’il allait vers la rencontre qui changerait tout. » Ces symboles : la besace, le bâton… En perspective : le bâton dans la besace ?

« On est toujours conduit vers l’eau. » Eau amniotique… rencontre de la femme en train de faire boire son chien. Elle dit, à propos de son Saint-Bernard : « Jamais personne ne m’a regardée avec une telle confiance. »

Première phrase du roman, en conclusion : « Je suis Lucas-le-Pèlerin, je pars voir le monde ; c’est l’occasion n’est-ce pas ! Il y a des pèlerinages qui ont pour but un lieu saint dans des élans de dévotion. Le mien est une fin en soi et aboutira à un commencement. Le monde est plein de traces, vous savez. » Ce pèlerin s’en va en évoquant, bien sûr, un déracinement, cette « Gladys n’aimait pas la vieille maison vigneronne que j’habitais. Elle trouvait exécrable l’odeur de la cave avec son petit pressoir… » Bref, il faut bien des femmes qui mettent dehors, pour que d’autres femmes puissent prendre le visage idyllique du commencement retrouvé, pour que le pèlerinage trouve son rythme et la certitude de son but. Il peut cependant arriver qu’une femme ne cautionne pas cet hymne à la femme-mère marée montante aux flots ondoyants… Une histoire déjà toute écrite, est-ce que cela peut à ce point satisfaire ? Est-ce qu’une femme, c’est une mère, la possibilité de revenir au commencement matriciel ? Est-ce que c’est pareil, femme et mère, ou bien ne reste-t-il pas à écrire l’inconciliable différence entre elles ? Toute la question de la naissance d’une fille… Qu’elle puisse, elle-aussi, sortir ? Mais l’écriture de Jean-Paul Comtesse ne vise que ce retour, ce commencement sans fin… Une version de garçon… rêvant à sa besace…

Alice Granger Guitard



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