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A l’ombre de Lalla Chafia - Driss Bouissef Rekab
lundi 4 février 2013 par Abdelali Najah

Driss Bouissef Rekab : L’écriture carcérale.

L’écriture carcérale, textes déclinés sous différentes coutures, peinture, poésie, dessins, récits, romans, par celles et ceux qui ont enduré les affres de la prison pendant les années de plomb auront la parole entière pour apporter chacun son témoignage sur cet épisode douloureux de l’Histoire contemporaine du Maroc. Thérapie, restitution crue ou romancée du passé ou encore acte de pardon, cette écriture atteint-elle à l’exigence littéraire ?

Driss Bouissef Rekab qui est un représentant par excellence de cette écriture, met en exergue les contours d’une littérature tatouée d’une grande expérience carcérale de plus de 13 ans, dans le fin fond des prisons marocaines, et plus « spécialement » la fameuse prison de Kenitra. Il conte sa propre expérience avec l’écriture à travers ses romans comme « A l’ombre de Lalla Chafia » (1989), écrit en prison, et qui est un témoignage sensible et personnel sur l’enfance, l’adolescence et les études du jeune militant. Il interpelle des moments forts de la scène politique marocaine des années 60 du siècle dernier vu et analysé par les camarades gauchistes de la prison. Ainsi que son roman « La Tyrannie » (2002) qui est un choix de lettres de prison échangées avec sa famille, avec ses amis et avec les défenseurs des droits de l’Homme, à leurs tête Amnisty International.

Driss Bouissef Rekab nous rappelle que l’écriture était pour lui un moyen de comprendre le mode de fonctionnement de l’institution pénitentiaire, concluant ainsi que le système pénitentiaire n’est qu’une image miniature du fonctionnement du système sociétal, après une étude doctorale sur le système pénitentiaire à l’époque franquiste.

Driss Bouissef Rekab a été un militant de l’organisation « Ila Al Amame », un mouvement politique marocain d’inspiration Marxiste-léniniste qui est né dans les années 70 d’une scission avec le PLS (Parti de la Libération et du Socialisme) ex-parti communiste marocain. Il était très implanté dans le milieu estudiantin, et notamment au sein de l’Union nationale des étudiants du Maroc. Parmi ses fondateurs on comptait, l’opposant au régime : Abraham Serfaty et le poète Abdellatif Laâbi, ainsi que Raymond Benhaïm. Ce mouvement proclamait notamment le droit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental s’opposant en cela de manière frontale au dogme officiel.

Il a été très durement réprimé pendant les années de plomb de règne du défunt roi Hassan II. Il compte parmi ses martyrs Saida Menebhi, morte en prison des suites d’une grève de la faim en décembre 1977, Abdellatif Zeroual mort sous la torture en novembre 1974, ou encore Amine Tahani mort sous la torture le 6 novembre 1985. Ila Al Amam s’est muté en parti politique « La Voie démocratique ».

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