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Le visage délivré de Pierre Zehnacker

Nouvelles nocturnes, recueil paru chez Homme Libre Créations

dimanche 18 août 2013 par Françoise Urban-Menninger

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Poète, nouvelliste, plasticien, Pierre Zehnacker vient de concevoir un ensemble de nouvelles ou courts récits dont il affirme singulièrement qu’ils sont des "gravures en prose". Ces "gravures" cisèlent avec finesse et intelligence une série de portraits qui semblent nous observer à la dérobée derrière le miroir sans tain de notre inconscient que nous n’avons de cesse d’interroger quant à nos peurs et à nos désirs les plus secrets.

Car c’est bien l’autre versant de nous-mêmes que Pierre Zehnacker tente d’explorer. A l’instar de son recueil de poèmes "Paysage des hommes", l’auteur investit les limbes, les méandres, de l’autre côté de cette raison qui nous fait nous tenir debout dans son carcan de convenances et sous la lumière artificielle des apparences.

Les personnages multiples qui traversent ce recueil parlent tous à la première personne du singulier dans ce "je" qui nous désigne et nous entraîne au cœur de notre entité. Sous les mots, la folie affleure, elle déborde le rêve manifeste et nous entrons alors dans un rêve éveillé où l’absurde mène la danse jusqu’à imploser sous notre réalité quotidienne.

Au cours de cette lecture, on songe à la pensée de Pascal : "Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou". L’obsession des insectes qui resurgit ici et là entre les pages, l’image récurrente du père qui joue aux échecs nous renvoient, à n’en pas douter, à Kafka. Quant aux oiseaux qui posent leurs ailes noires au détour d’une phrase, ils nous remémorent encore et toujours ceux d’Hitchcock !
Les références explicites à la psychanalyse et à ses médecins caricaturés et jugés "impénétrables" répondant aux noms improbables de Faust ou de Zwang, témoignent d’une critique farouche quant à l’efficacité de cette thérapie aux prises avec nos angoisses existentielles.

La seule réponse plausible au désespoir est, comme chacun le sait, l’humour qui en est l’exquise forme de politesse. Et Pierre Zehnacker en use et en abuse pour notre plus grand bonheur ! Il en use jusqu’à la loufoquerie qui donne le ton à ce petit recueil à nul autre pareil.

Les phrases font mouche et nous piquent au vif de l’esprit par leur ironie mordante : "Laissez-moi retrouver le chemin qui mène hors du monde", "Toujours cette crainte de me réveiller dans le rêve d’un autre", " En vérité ma chambre est vide, et je me sens horriblement vide dans ma chambre".
Chaque récit se fait l’écho d’un autre fragment comme si le livre entier devenait une chambre de résonance où l’on s’entend penser.

Des portes s’ouvrent, des images étranges à la Bunuel surgissent du tréfonds de l’inconscient pour mettre en scène des personnages qui ne sont autres que des composantes de ce "je" que nous ne connaissons pas et que nous appréhendons avec crainte.

Voilà bien tout le talent de Pierre Zehnacker qui réussit à soulever sous les mots ces "obscurs objets du désir" (pour parodier Bunuel) qui nous hantent dans "la forêt qui pleure". Mais dans le dernier récit qui a donné son titre au recueil "Le visage délivré", c’est peut-être la voix du poète que l’on perçoit "Tout un pan de ciel sortira de nos blessures", elle nous éclaire et nous invite à méditer sur le "pouvoir des mots".

Françoise Urban-Menninger

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