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Journal d’une calligraphe - Catherine Denis
jeudi 13 février 2014 par Jean-Paul Gavard-Perret

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Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2014.

L’absolu selon Catherine Denis

Dans la calligraphie existe une circulation particulière des formes sur le papier. Catherine Denis en étire des intervalles, relâche ou précipite la tension. Sans occulter, sans appauvrir. Au contraire. Des crêtes et des jabots « artificent » des courbes. Y vont et viennent des idées blanches, des idées noires dans une dévotion à la fraîcheur du geste. Elle ponctue les transcriptions, montre ce qu’on ignore.

L’artiste invente des temples, des dos, des dômes. La nuit tombe, l’aube renaît. Dehors grandit dedans, en devient l’érudition primitive. Presque (le presque est important) abstrait le calligramme « plie » pour inscrire une remontée. Et si la main contraint l’énergie c’est pour l’allonger.

Catherine Denis dans son journal montre comment la calligraphie appelle une forme de diaphanéité et une fragilité de la matière comme du geste. Sur de larges feuilles ses imposantes constructions sont moins des vestiges que des « pierres d’attente » pour un futur plus ou moins immédiat qui fait passer d’un fugitif à une forme d’éternité.

Face à la luxuriance chaotique du monde s’impose l’abstraction d’éléments graphiques qui participent à la création d’un ordre par tout un travail de recueillement. Ce temps précède le moment de la création où l’artiste fait le vide en elle afin d’atteindre le libre cours de l’énergie. Passant du dehors au dedans, le geste crée des éléments tirés du rythme du corps. Celui-ci devient le vecteur d’échange avec le monde dans un acte majeur de partage au sein d’une expérience autant spirituelle que plastique.

L’artiste explique dans son superbe texte le passage de la forme à la matière, de la matière à la forme. La liberté de la création se produit au sein d’une dynamique vitale. Elle permet au calligraphe d’échapper autant au symbole qu’à la métaphore. D’où la sophistication de l’art là où il atteint une simplicité qui en reste l’objectif capital.
Catherine Denis reste une artiste du dépouillement. Ajoutons - mais on l’aura déjà compris - que si son œuvre s’inscrit totalement dans les problématiques de l’art contemporain elle n’en épouse pas pour autant les modes. L’artiste explique dans son journal comment parvenir à cette synthèse absolue dans un art de célébration dont la texture et le graphisme s’extraient du temporel et de l’anecdote afin de rejoindre un monde d’universaux. La matière devient actrice de la transmutation et de la présence. L’éphémère n’en finit pas de rejoindre une transcendance en un dévoilement de l’indevinable dans des lieux d’impénétrables proximités.

Jean-Paul Gavard-Perret



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