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Plongeon intime de Dana Shismanian

Recueil de poèmes paru aux Editions du Cygne

samedi 26 juillet 2014 par Françoise Urban-Menninger

D’emblée nous sommes immergés dans un puits sans fond avec le poète qui s’écrie depuis les bords de l’infini :"mon corps est un puits/ j’y glisse/ y puisant ma mort/ inépuisable". La margelle de ce puits n’est autre que le poème qui affleure à la surface de ce corps mû par le désir et par son âme qui "s’échappe aux embouchures/ du corps tout le temps".

Dana Shismanian ramène de cette plongée dans l’intime des fragments de lumière arrachés en-deçà des mots, à cette chair de l’esprit dans laquelle est taillé le corps même de l’humanité.

Avec l’auteur, nous voilà littéralement embarqués pour un voyage au plus profond de notre entité où viennent nous tarauder les questions que notre société paralysée et muette a coutume d’éluder. Et Dana Shismanian de se promener sous la peau du monde connu, "là où s’embouchent les flux/ de vie et de mort", dans un ailleurs qui n’est autre que celui de notre monde intérieur.

Ce plongeon dans l’intime abolit toutes les frontières, voire même les notions d’espace-temps car le poète se fait violence et nous l’avoue avec une sincérité bouleversante quand elle écrit pliant ton être jusqu’au néant. Car l’auteure en parlant d’elle à la deuxième personne du singulier nous tutoie dans le même temps, faisant ainsi corps et cause commune avec son lecteur qui va à son tour chercher "son âme/ dans des mots perdus".

Mais cette plongée dans l’intime finit par faire se pencher le poète sur un puits inversé comme s’il venait observer du dehors. Et c’est cette lucidité qui transcende tout ce recueil tiré des eaux noires de l’inconscient et de ses confins, lui octroyant son irradiante beauté dans des images à couper le souffle.

Et Dana Shismanian de rappeler encore et toujours à son lecteur que cette descente dans l’intime est avant tout le fruit d’une douloureuse introspection dont elle nous dit :"Vous ne savez pas/ ce que me coûte de vous sourire/ la quantité de désespoir/ que je mâche entre mes dents" ou encore "la profondeur du puits/ dont j’extrais l’eau/ qui goutte sur cette page".
Nul ne peut sortir indemne de cette lecture et voilà pourquoi il n’y aura pas de dernier poème "en fait tu devines son absence/ maternelle" et d’ajouter "tous les espoirs s’y fourrent/ tous les désespoirs"... Car après la mort de la mère, le poème cherche une autre mère et quel plus bel hommage que ce poème manquant à l’adresse de la mère disparue. Cette mère irremplaçable, seuls les mots peuvent l’appréhender dans les eaux sombres mais combien lumineuses de cette plongée en soi où notre origine et notre mort confinent et où parfois le poème nous jette quelques miettes.

Françoise Urban-Menninger

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