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Album de famille avec Colette
vendredi 3 octobre 2014 par François Le Guennec

UTL , Université du Temps Libre d’ 0rléans

Rédigé, en vue de l’auditoire tout ouïe dehors , par le conférencier François Le Guennec – année 2014 soit tout juste 3 ans après la s0rtie du livre par-delà le bien et le mal ? Colette nous aidera à Y répondre

Article s’inscrivant plus globalement dans le cycle des c0nférences p0rtant sur l’Ecriture-femme qui va de de Marie de France à Renée Vivien

En passant par Fanny C0si : la littérature était une petite fille rieuse, Mon Petit Editeur, 2012

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Album de famille avec Colette

Mon Petit Éditeur publie un essai de Stéphanie Michineau – Cosi : Colette par delà le

Bien et le Mal ?

Cet ouvrage constitue le dernier volet d'un Triptyque consacré à la « Sainte du style », les deux autres étant déjà parus : L'Autofiction dans l'oeuvre de Colette, sa thèse de doctorat, chez Publibook en 2008 et Construction de l'image maternelle chez Colette de 1922 à 1936 chez Edilivre en février 2009.

Michineau s'interroge sur la vindicte dont l'Église poursuivit Colette jusque dans la mort, refusant à sa dépouille des funérailles religieuses. Ce qui l'amène à questionner la place de la morale (le Bien, le Mal) dans les jugements esthétiques du premier tiers du XXème siècle. Puis à se demander ce qu'est la morale pour Colette. Et à analyser la démarche colettienne, une philosophie de la sexualité et de la sensualité. Stéphanie Michineau choisit pour cela trois romans caractéristiques : un roman de la débutante, Claudine en ménage (1902) ; le roman de la rupture, La Retraite sentimentale (1907) et une composition de la maturité, La Seconde (1929).

«En tout cas, écrit Michineau, les relations homme-femme chez Colette sont toujours conflictuelles.» et ces conflits ne sont pas décrits objectivement : nous voyons à quel point de vue Colette place sa lectrice (ou son lecteur) et quelle est sa stratégie. Elle adopte le point de vue d'une femme ; quant aux hommes, ils ne sortent pas grandis de l'examen ; médiocres, suffisants, il n'est pas certain qu'ils sentent ni qu'ils réfléchissent. Pourtant les chances ne sont pas égales au départ : les chaînes sont décrites, qui entravent les héroïnes dans leur couple et dans la société : convenances, dépendance financière, peur de la solitude et, quasi-masochiste, la tentation toujours vive de la servitude volontaire.

Dans le deuxième chapitre, une ouverture se dessine : la femme se rebelle, montre qu'elle peut, même pour un temps, «une période de transition, vivre sans homme ». Michineau étudie comment les personnages sont marqués par le parcours de leur créatrice. Les divers avatars, par exemple, de Renaud, ne sont pas cohérents ; c'est qu'ils traduisent les rapports de Colette avec son premier mari, et ceux-ci vont beaucoup se modifier entre 1902 et 1910, année du divorce.

Heureusement, il y a un troisième chapitre, dans lequel l'essayiste suit Colette à la recherche du sens : « cinq autres sous-sens s'aventurent loin de lui, qui les rappelle d'une secousse ». Après avoir contemplé (avec un soupçon de voyeurisme) l'homosexualité, le lesbianisme, l'hermaphrodite, et même une beauté masculine caractérisée par une « profonde féminité », Colette a construit le sentiment d'une unité. « Théorie des correspondances » dit sagement Michineau. Elle constate, avec une Colette devenue semblable au dieu Pan, que « désir de Renaud » et « beauté des forêts fresnoises » s'équivalent ; et que « Claudine est plus à l'aise parmi les règnes infrahumains, animal aussi bien que végétal ».

Stéphanie Michineau démonte patiemment les mécanismes du style colettien. Son grand mérite est de « coller » au texte, qu'elle analyse avec rigueur. Ainsi l'auteure en détaillant « l'immoralité et l'amoralité » < titre premier de la recherche> de son modèle mais aussi l'efficacité de sa stratégie d'écriture peut-elle apporter réponse aux deux questions qu'on pose à propos de la Grande Colette : pourquoi tant de haine ? pourquoi tant d'admiration ? L'auteure de cet essai l'a fait précéder d'une longue préface où elle met en regard des formes diverses de critique. Intéressée depuis ses débuts par l'autofiction,

Collection particulière Vaillant, Nice

elle réclame le droit pour la critique « de faire fructifier le récit, de féconder l'imagination dont il est la trace vive ». Dans ce dessein, et pour rappeler cette idée de bon sens que les « écrits [des bons auteurs] nous donnent des repères pour avancer dans la vie », que « lire est un bon moyen de faire un travail sur soi-même » et que des liens se sont tissés entre elle-même, son modèle, sa sœur Fl0 fl0, sa mère Mad0 (Marie – Madeleine), s0n neveu Nin0, ses défunts : s0n ……… , son père, elle a constitué tout un paratexte composé de photographies, de reproductions d'oeuvres d'art, de témoignages, qui font du livre un peu comme un album de famille. Tant il est vrai qu'une écrivaine avec qui on a passé des années et à qui l'on a consacré trois livres fait entièrement partie des vôtres.

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