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Mousseline et ses doubles - Lionel-Edouard Martin
samedi 11 octobre 2014 par penvins


Puisant dans son univers intime, Lionel-Edouard Martin invente le personnage d’une tante qui ne veut pas voir la mer - être la mère – jusqu’au jour où… un Albert brisera le couple qu’elle forme avec son neveu.
Le titre intrigue « Mousseline et ses doubles ». On en aura sans doute l’explication dans cette remarque de la directrice de l’agence matrimoniale (Mousseline elle-même), celle qui réussit merveilleusement à « coupler » et qui ne se sent elle-même qu’à moitié seule :

...car vivre avec un mort, ce n’est pas vivre seul, c’est lui dédier à chaque instant nos gestes, nos paroles, se dédoubler en échos, faire les demandes et les réponses.

et les morts ne manquent pas autour de Mousseline jusqu’à ce qu’elle rompe définitivement avec son neveu. Son neveu qui est aussi l’écrivain qui raconte cette histoire et qui fait les demandes et les réponses !

Le roman est essentiellement fait d’un dialogue entre le texte en train de s’écrire de Michel, le neveu devenu écrivain et sa lectrice Mousseline/Marielle/Marie, sa tante qui, alors qu’il s’est retrouvé orphelin, formera avec lui durant trente-quatre ans de vie commune une sorte de couple incestueux. Mousseline ne dit-elle pas : et que tu es mon neveu, presque mon fils, insistant sur le presque mon fils. Situation dont elle aura mis du temps à se défaire, elle qui reste attachée à son premier amour, son Joseph, rencontré au Père-Lachaise !

La Chose, la mort, est très présente, mais à y regarder de près la vie prend ici sa revanche, le message est clair, Mousseline a rencontré Albert et de Michel, elle dit :

Ca t’irait bien, son [de Joseph] fantôme : tu vis comme les morts dans le noir, de nuit comme de jour, trainant tes chaînes – mais tes chaînes, je ne les ai pas forgées, tu en es l’unique forgeron, mon neveu, l’unique forgeron...

Mousseline, elle, est partie, elle a fui tout ce qui la rattachait à ses doubles et en partant elle a laissé l’écrivain face à lui-même, responsable de son identification au fantôme de Joseph. Mousseline qui a l’image de son père voyait dans le visage de son neveu le portrait de Lise, sa mère.

Je me suis rendue sur la tombe de Joseph, et Joseph m’a souri. il faut expliquer aux morts, les morts comprennent [...] Je pouvais partir le cœur léger. Bretagne, la mer - mon initiation marine…

Mousseline est partie à la mer – devenue la mère ? - fin du deuil.

Il faudrait relire l’œuvre de Lionel-Edouard Martin, avec en tête la conclusion de ce roman. Sans doute, dans cette lecture chronologique, verrions-nous à quel point ce texte, dont on sent bien par ailleurs qu’il appartient plus que les autres au genre du roman, marque une rupture d’un autre ordre comme si l’auteur s’invitait lui-même à quitter ses doubles.

Voilà ce que m’a inspiré ce Mousseline et ses doubles, j’ai sans doute un peu dévoilé la conclusion, mais il ne s’agit pas d’un roman policier et ce texte, par sa qualité, supporte une lecture avertie, une relecture qui ne manquera pas de dévoiler encore et encore ce qui, sans doute, se cache derrière cette construction minutieuse et ce style qui n’en finit pas de fasciner.

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