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Anna - Patricia Dao
jeudi 1er janvier 2015 par Jean-Paul Gavard-Perret

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Patricia Dao, Anna, Tim buctu éditions, La Colle sur Loup, 280 p., 15 E.

La Calabre de Patricia Dao propose une présentation du monde qui ébranle l’être sur ses bases, ses fondements et ses croyances. La romancière explore des états vacillants et toujours menacés de l’être : soit intérieurement soit par les conditions sociales et politiques. La fiction dénonce l’écart irréductible qui sépare la femme des "maîtres" selon un ordre primitif et violent. L’intelligence de la romancière ne lui empêche pas - au contraire - de faire passer des émotions majeures à travers cette histoire de l’Histoire.

Le roman se constitue autour d’une suite d’ouvertures et d’anéantissements, d’affirmations liées à la négation. Une méditation pratique sur des situations paroxysmiques et (hélas) naturelles suit son cours en divers temps où si les maîtres changent, le processus "mâlin" reste constant. C’est pourquoi même lorsque la romancière semble se placer du côté du négatif c’est uniquement pour déplacer les choses. Ce choix fait d’elle une créatrice anti-nihiliste, antifasciste. Elle propose des coupes franches où les êtres apparaissent dans leur mélange de passivité et d’abandon assommé qu’ils sont par les maffias et le soleil.

Sous ses apparences de "lieu d’unité" la Calabre est montrée dans son étau broyeur des femmes dont le noir est la seule couleur. Mais "Anna" devient le modèle de révolte sourde face à toutes les oppressions de l’Histoire. Elle impose pas à pas et se tenant toujours debout tel un point de lumière dans l’obscur, une part d’ombre apaisante face au soleil trompeur. Le roman reste - au-delà de la Calabre - au cœur des interrogations du temps et crée une dimension critique face au réel, ses déchirures, ses béances et ses indicibles.

A l’inverse de l’enfant Rimbaud pour qui le monde signifie une expérience de l’isolement et de la perte, Anna ose se lever afin de forcer le passage des femmes et de déplacer les lignes de fracture. L’intensité de son approche est suggérée par la réitération d’images simples recherchées pour leur force particulière de jeux des contrastes, des paradoxes ou autres oxymores qui n’ont jamais rien de simple couleur locale.

Patricia Dio prouve sa capacité à créer par son héroïne l’éveil et le malaise en montrant ce que cache toute société. Celle de la Calabre semble plus primitive et sourde que la nôtre. Mais ne nous trompons pas : la romancière le dit en filigrane. "Anna" accède ainsi à une valeur universelle. La fiction représente une fenêtre qui permet de comprendre ce qui se cache derrière. Par sa “ surface ”, apparaissent les devenirs où la femme n’est plus attente. Elle devient l’organisatrice d’un devenir qui permettrait de réconcilier existence et liberté.

Jean-Paul Gavard-Perret



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